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F
ESSAI
SI H I.KS
iNSTiTiTiuNs iMiLiTiyiKs. hki.hiikises, économiques et sociales
1>K
LEMPIRE DES INCAS
^^0^0*0^^*0*^^^^0^0^0*0*0*0^0^0*^^0^^^0^m
VERSAILLES. CERF RT FILS, IMPHIMEURR I)K L'aSSRMBLÉE NATIONALE. 59, HUE DU PLEP8IS.
ESSAI
SUR LES
INSTITUTIONS POLITIQUES, RELIGIEUSES,
ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
DE
L'EMPIRE DES INCAS
PAR
CHARLES WIENER
XBICBRE DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAI8K d'aHCHÉOLOOIE ET DE NUMISMATIQUE,
DE LA SOCIÉTÉ PHILOLOGIQUE DE PARIS,
PROFESSEUR AU LYCÉE CONDORCET.
TTOVO;
[Â7i cpoêwv xpartaTo;
Sophocle. PhUociète^ vers 863 et M4.
•^wmmmm^imitf^
PARIS
LIBRAIRIE MAISONNBUVB (3c C"
QUAI VOLTAIRE,. 15
1874
MoNsiEUK LÉONCE ANGMND
■
Ancien Ck)nsul général et Chargé d'affaires de France
en Bolivie et dans rAmérique centrale
HOMMAGE RECONNAISSANT ET AFFECTUEUX DE L AUTEUB
I
AVANT-PROPOS
Une œuvre vraiment historique ne saurait être qu'une
compilation de faits certains, sur lesquels Thistorien peut
baser le jugement philosophique, l'appréciation personnelle.
A moins de s'appuyer sur de nombreux témoignages
d'hommes compétents et dignes de confiance, qui ont étudié
les faits sur les lieux mêmes^ on ne peut guère raisonner sans
divaguer, sans trancher à la légère les questions les plus
graves.
Les vieilles raisons, devenues proverbiales, qui servent à
étouffer toute controverse, peuvent devenir la cause d'un état
stationnaire dans la science. Une* bonne citation suffit parfois
pour renverser ces digues vermoulues.
Qu'on ne s'étonne donc point de trouver réunif^ dans la
partie descriptive et chronologique de ce travail, les faits ra-
contés par ceux mêmes qui m'ont paru les plus dignes de foi.
— Des hommes sérieux ont prétendu, que tout ce qu'on peut
dire sur l'ancien Pérou n'est qu'une fable déplaisante ; la re-
lation véridique qu'ils trouveront dans cette page un peu effa-
cée, mais non perdue de l'histoire, leur prouvera qu'ils se sont
trompés. Rien n'est inventé dans ce que nous avancerons. —
Tout ce dont je fais mention dans mon travail, a existé, ou
repose au moins sur des hypothèses vraisemblables.
J'ai dit « mon travail »• (Malgré les nombreux auteurs *
dont j ai tâché de tirer parti, cette thèse est mienne. Larchi-
tecle, ce me semble, a le droit de prétendre qu*il a bâti la
maison, quoiqu'il n'ait point taillé les pierres ni façonné les
briques.
« y uir le* bâyiofrcphitf
INTRODUCTION
* Hitic iêm icibû hc guid iiê.
Térbnck, II, S*4.
L'ethnographie est la science de Thomme intellectuel et social dans ses
rapports avec le monde physique.
L'étude de cette science est donc le fondement de toute philosophie pratique,
et quiconque veut connaître le milieu social et se connaître soi-même, doit
avant tout savoir ce qu*est Thumanité.
La science du globe terrestre ou la géologie, l'étude des milieux^ l'ar-
chéologie et la physiologie nous amènent naturellement à expliquer les
variations infinies de notre nature si complexe^ à définir les effets des migra-
tions et de l'acclimatation des races; en un mot à constituer la science
ethnographique.
La science de l'homme, mène à la connaissance de sa nature physique et
morale, et plus que toute autre étude, elle est un moyen assuré pour le pro-
grès de l'humanité.
La famille est l'élément premier de la nation, comme la pierre de taille
celui de tout édifice solide.
Les conditions naturelles de l'existence des êtres issus d'un même sang,
les dispositions intellectuelles du générateur, en déterminent le sort.
Si, poussée par des instincts heureux, telle tribu a été conduite au bien,
mettons son expérience à profit. Si, au contraire, sa marche a été traversée
par des mécomptes, il s'agit d'en pénétrer, d'en discerner les causes et d'en
éviter les dangers.
La multitude des tribus qui forment l'humanité, et qui depuis la création du
monde, ont façonné le bonheur à leur taille, ont senti la liberté avec toutes
ses nuances, l'esclavage sous toutes ses formes, la lumière et lorabre ! Car
tout s'est produit, on a essayé de tout, on est revenu au point de départ pour
recommencer la route déjà parcourue.
' Cette parole s'applique aux théories, aux principes gouvernementaux.
Elle n'est donc pas aussi absolue qu'elle peut paraître tout d'abord. Le cercle
2
/
y
— 10 —
Ticieux dont nous parlons, ne s'applique pas à la iiace humaine, dont nous ne
méconnaissons pas la perfectibilité intellectuelle.
' Quant à la perfectibilité morale, elle existe dans l'individu; mais l'état
actuel des masses prouve suffisamment, que les facultés morales améliorées
ne sont pas héréditaires .
Les mômes désirs, les mômës cràlnteë qtli ont agité l'homme d'il y a qua-
rante siècles, nous les ressentons aujourd'hui.
Ce qui de nos jours parait un idéal, et pourrait n'être qu'un rêve irréali-
sable, est de fait un mirage ou plutôt* une réminiscence.
Le communisme, qu'on met en avant comme une forme nouvelle, un garant
du bonheur social, fondé sur la justice, sur l'équité, le communisme dans
son épanouissement le plus complet, dans sa formule définitive, doit être
compté parmi ces phénomènes.
Il ne s'agit pas ici de Tanarciiie enfantée par l'envie la plus brutale et la
ffltis mesquine^ par la pratique la plus effrénée de théories malsaines. Nous
parlons ici de la commune paisible, d'une société, où régnerait l'égalité des
biens à côté de Tégalitë des droits et des conditions .
Je me propose donc de prouver l'incompatibilité de ces principes : La liberté
et V égalité absolues s'excluent mutueUetnent ; V égalité de drvit exclut Véga^
Mé de Inen; légalité de condition est la négation de la société.
Les adversaires convaincu», n^is peut-être trop doctrinaires du cottimtt-
flisme, Tont Jusqu'à prétendre que la paix et l'ordre ne sauraient coexistet»
avec lai.
Mais bientôt, peut-être, deviendra-t-il évident pour tous, que leS partisâilll
fle cette théorie sont, dans certains cas, désaronés parle fait.
Il erxiste un pays, où le socialisme a réglé pendant cinq siècles la tie d'tltie
nation. D a présidé à tous les actes d'un peuple, issu, comme nous, du foyer
liuttineax de cette Asie primitive, cette vieille et féconde mère-patrie du genre
humain.
L'origine asiatique des Qquichuas, habitants du Pérou incasique, est un
fait démontré aujourd'hui ; dans le courant de mon travail, J'aurai l'occa-
sion de revenir sur ce point important.
Pourquoi donc cette branche puissante â*un tronc aussi majestueux, aussi
plein de santé, de vigueur, s'e8^elle arrêtée avant d'atteindre son dévelop-
pement normal ? Pourquoi cette race était-elle déjà desséchée et stérile,
lorsque les Espagnols sont venus substituer leur puissance à la
sienne ?
Faut-il en accuser le sol? Il était riche et fertile ; et nous verrons, en étu-
diant la géographie et la topographie du Pérou, combien cette région est
favorable au développement de la civilisation.
L'essor que le système actuel de gouvernement a su imprimer à la répu-
blique Péruvienne, est une preuve nouvelle de cette richesse spontanée du
- 11 -
pays, gai n'attendait pour faire éclater sa puissance^ que Timpulsion d'une
main ferme et généreuse.
C'était donc le milieu moral qui empêchait ces natures si bien douées
d'arriver i leur maturité.
Dans l'atmosphère politique, comme dans l'air que nous respirons, se
trouvent fatalement réunis aux éléments de la vie des miasmes morbides.
Il faut donc analyser cette atmosphère, connaître les sources de la vie des
nations, afin de pouvoir définir leur existence ; ou en d'autres termes, ici
comme partout :
En premier lieu, il est nécessaire de nous rappeler la position géogrj^^
phique, la topographie, les conditions climatériques du pays. Car on a beau
dire qu'il soit indigne de faire de l'histoire morale des peuples, une histoire
naturelle, en motivant tels penchants ou en excusant tels vices par les disr-
positions particulières du milieu, on ne saurait douter que le caractère natior
nal, cet assemblage si étrangement complexe de faits et de sentiments, soit
une chose presque indépendante de la volonté individuelle.
En second lieu, il s'agit de bien counaitre les chefs de ce peuple, de sond^?
avec soin leur esiJrit et leurs aspirations. Si un char s'engage dans un oerQ)^
vicieux, ce n'est pas aux chevaux et aux voyageurs qu'on doit s'en prendre,
c'est au guide.
Enfin, nous observerons ce peuple, nous nous pénétrerons de ses droits e|
de SCS devoirs, et nous comprendrons alors ce singulier axiome fondamental
de la société Qquichua : Que Vhonimc, ainsi que l'arbre^ en était arrivé à
n'avoir plus que le devoir de produire, sa^ns avoir le droit de jouir de ses
productions.
Cet essai sur le Pérou politique, étant basé sur des faits bien établis, aura
un caractère d'authenticité, et prouvera cette vérité difficile à concevoir à
priori : que la conséquence inévitable des principes communistes dans leur
application est une sorte de végétation humaine, semblable à celle que l'em-
pire des Incas a vue se développer.
Cependant si le mot science veut dire ce qu'on sait, cette conception
semble bien étroite lorsqu'on l'applique aux antiquités Péruviennes.
S'il veut dire ce qu'on peut apprendre, ce seul mot nous ouvre un do-
maine illimité, plein de promesses et d'espérances.
Il me semble, que la science véritable, c'est-à-dire la vérité, sauf son appli-.
cation mathématique et physique, n'est pas encore de notre compétence.
Notre siècle, essentiellement scrutateur, présente le caractère d'une accu-
mulation de convictions, motivées, il est vrai, mais par des expériences de
détails, qui deviennent souvent suspectes par des exceptions trop nom-
breuses.
En philosophie surtout, les problèmes qui se présentent sous tant de formes
énigmatiques à l'esprit du chercheur et à l'œil du profane, correspondent à
— 12 —
un nombre infini de thèses diverses et séduisantes, dont pas une cependant
ne peut échapper à la controverse et même au démenti.
Or, cette contradiction apparente est dans la nature môme des choses ; car
une thèse n'est après tout que la formule provisoire d'une conviction pro-
fonde et sincère, qui se manifeste forcément sous une forme quelconque.
Chacun croit être dans le vrai, personne n'y est d'une façon absolue. Je
guis donc loin d'attribuer à ma thèse une importance supérieure à la valeur
que peut avoir un travail de ce genre. Cependant en la restreignant, en limi-
tant mes observations fondamentales à l'empire des Incas, j'éviterai le vague,
sans pour cela, je le sais bien, pouvoir combler toutes les lacunes.
Ancune région ethnographique ne paraît être aussi bien définie que l'an-
cien Pérou. Aucune n'offre ce caractère frappant d'originalité et de bizarre-
rie. Nulle part la nature humaine n'a été plus factice, plus conventionnelle.
Rien n'a brisé l'élan de l'homme, rien n'a avili ses instincts, annihilé sa
volonté, comme le communisme paisible qui y régnait en maître. Ne pou-
vant pas élever le niveau, il a rapetissé et enchaîné une nature généreuse,
il a anéanti l'initiative. Avec la prétention d'établir un niveau moyen, il a
abouti au niveau infime, à la dégradation complète^ à l'extinction du feu
sacré.
Bref, ce que nous espérons prouver, après avoir donné pour base solide à
nos raisonnements, des faits acquis et guère discutables, c'est que le com-
munisme déforme les cœurs, comme il a pendant tant de siècles déformé les
erAnes *, cette enveloppe de la pensée.
' Voir chtp. nr : Déformation des crânes chez les Indiens de rAmériqqe.
ESSAI
SUK, LES
INSTITUTIONS REU&IEUSBS, POLITIQUES, ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
DE
L'EMPIRE DES INCAS
CHAPITRE PREMIER
Géographie, topographie et climatologie du royaume
primitif de Guzco et de l'empire des Incas.
Salv€y fnagna parent frugum^ Satumié UUuê,
ViRGXLS, GéorgiqmSt liv* u.
« * Avons-nous besoin de développer ici ce que Humboldt dans le Cosmos,
Montesquieu dans VEsprit des lois, et Thomas Buckle dans l'Histoire de la
civilisation en Angleterre, ont si parfaitement établi : à savoir que le déve-
loppement des sociétés commence d'abord par la lutte des hommes contre
les éléments, pour satisfaire à leurs besoins naturels ; que chaque climat
impose à ses habitants un genre de vie particulier et par suite leur donne un
caractère tout spécial; qu'il crée les différences de races en donnant à cha-
cune une énergie différente pour le travail ; que non-seulement les aptitudes
sont ainsi essentiellement variées, mais encore que les besoins sont partout
distincts ; que l'existence du riz dans l'Inde, de la datte en Egypte, du maïs
au Pérou *, permettent de se rendre un compte exact de la création des ci-
* Plan d'une retue. G. Hubbard.
* On 1 souvent attribué à la Banane un rôle bien pins important que celui qu'on peut lui
reconnaître au Pérou. Elle n'entre dans Talimentation des Indiens que pour une partie ielative-
ment très minime sur la côte et dans les terres chaudes de Tîntérieur. Presque toute la population,
des paysqai ont obéi aux Incas, était réuqie dains la région montagneuse. Leur alimentation se corn-
— 14 —
▼ilisations indiennes, égyptiannos et péraviennes, de la distribution des ri-
chesses, de la division par castes, et des coutumes stationnaires qui ont ca-
ractérisé ces civilisations ; que la fertilité du sol règle le profit obtenu par
une quantité donnée de travail, alors que le climat agit, comme nous l'avons
Ait, sur rénei^ie et la constance ^aaa le travai) même ; enfin que la cons-
titution physique de chaque pays exerce sur les facultés de l'esprit une ac--
tion décisive, ici en surexcitant l'imagination par la manifestation de phéno-
mènes en présence desquels l'homme se sent impuissant et découragé ; là
au contraire en limitant cette mâme ii|iaginatk)|i ^t en permettant aux facul-
tés de l'esprit de vaincre des besoins physiques peu développés, et de saisir
plus facilement les lois générales auxquelles la nature est soumise.
Si les faits sont là pour démontrer que toutes les conditions, climat, nour-
riture, sol, aspect général de la nature, infiuent puissamment sur le carac-
tère des hommes, sur leurs facultés de travail et d'accumulation, n'est-ce
point par une peinture exacte de chaqujB contrée que doit commencer l'ap-
préciation des institutions religieuses, politiques, éppiu)miques, qui convien-
nent à la nation qui l'habite t »
Cependant, en abordant les quatre points principaux de ce chapitre, nous
n'avons pas à nous préoccuper de ce qui, dans tout aperçu de géographie
moderne, serait la chose principale.
Nous n'avons pas à oonsi^^rer, en parlant du territoire des Incas, sa posi-
tion centrale, qui semble prédestiner le Pérou du XIX® siècle à un avenir
brillant et certain. Il ne s*agik pas, dans ce chapitre, de ce foyer nouveau
de la civilisation, qui au ncMPd de l'Amérique méridionale, va former le nœud
entre l'Orient et l'Occident ; qui d'un côté, par l'isthme et l'Amazone, se
met en rapport avec l'Europe, pendant que de l'autre côté, ses navires vont
au Japon et en Chine, pour en ramener, ce qu'il y a de plus précieux dans
on état adolescent» des hommes^
Rien de tout cela ne saurait entrer dans nos considérations, car la taletur
, du terrain, par son emplacement, était nioofinne alors.
L'empire des Incas existait par lui et paur lui . Il ignore le monde et il en
est ignoré. Il se resserre dans ses limites naturelles, et ne s'assied, que lors-
qu'il a trouvé une région, où la nature a créé le rempart protecteur à la
construction duquel les Chinois ont dépensé un temps considérable et des
efforts si gigantesques.
Paz Soldan ^ iait bien ressortir, comme les forêts vierges opposent à l'invfr*
posait en majeure partie de féculents tels que la pomme de terre ou ses analogues et surtout le maïs
auquel Zarale aecôrde la priorité dim» sa longue description des fêtes annuelles célébrées ans
diflerentes époques de l'année, auxquelles correspondent les phases de la végétation de ce pain
de rindien, page 16 et suivantes (traduction. française). ^
Gomàra dans mu Hiftoria général de las Iméias, Cap. 16, iolio 22, R\ tt Cap. 18. folio ^ B®.
é4it. Àoyera, t^54, en parle également et ajoute beaucoup da détails. Cap^ 142, foUo 1M ,R^. U feÀi
mention de la pomme de terre .
* Paz SqLPAN, Qeografia del Peru. Cap. I paasim.
— i5 —
sioii, àUsst bien qu'à des efforts tsoVés de colonisation, 8es obstacles insur-
montables. La nature exubérante du versant de l^Ésl de la chaîne otieioïate
des Andes reproduit, avec une vitesse prodigieuse, ce que l^omhie détruit,
delà est si vrai, que de nos jours les limites entre le ferésîl et le Pérou, axée*
par le méridien du pape Alexandre, sont connues géographiquement àv^c
toute Texactitùdë désirable, cependant, elles ne peuvent 'être retrouvées en
fiSàllté. Là frontière seihbie à jamais perdue dans Tolmbre des forêts.
Oûelle est donc cette arène si bien circonscrite t
M. Arthur M'ôréiet, Téminent haturaliste, ôite dàhs flhïroduction, à Éâl
Ifoîslèhie sérié cohchyliologique ^ au sujet de la climatologie des ÂJideà, ùh
passage tiré d*un travail inédit de son ami M. L'éonce Xhgràiid , chaîné
d'afltkires dé France en Amérique. Ce savant voyageur a deviné en traits
d'une netteté remarquable, le tableau gigantesque de celle région du gïobè,
tableau, queYious allons reproduire textuellement dans les pages èliivàntès.
♦ En partant des bords du ï^acifique pour s'élever sur là 'Cotdîll'ère, on tra-
versé plusieurs zones de climats qui correspondent à des altitudes diïfërétttés,
et que Tusage local a cllassèes sous des dénominations précises^.
En premier lieu se présente la côte, la costà, comprenant toute îâ 'rêgidÈ
maritime, depuis les bords de l'Océan jusqu^à une altitude moyenne de l,8ï(è
mètres, hauteur, où les montagnes, après s*ôtre élevées graduellement, à par-
tit* des preniières ondulations, qui eh bordenl le pied, commencent à prehdïé
des formes un peu plus accentuées. Quoique soumise dans son ehsemble II
des influences physiques analogues, cette région li'en oâre pas moins àes
jparticularités assez saillantes, pouf 4ue les habitants liaient subdivièôè èà
deux zones, celle du littohil et celle des vallées. La zohè dû littoral où costà
hajdy consiste en plateaux arides, tet'inihés par dés talàîSes e'scàrjp'ééà, sou-
vent três-haùtes, et qui domihént parfois déplus de âôOmèfe^es lé ïiïvteàù àé
la mer ; aussi n'y voit-on qu'un petit nombre dé ptelèès, Wrèmèht 'mirëëà-
geuses, presque toujours situées à l^embo'ùchuré des riViêf^'à, a'uiçuélîèfc
elles doivent leur formation *.
Entre cette rivière, et la zone des vallées, d'ùhé largeur moyenhé dé Quatre
à cinq cents lieues, se prolonge, sous le noln de loinas, une sérié de côtiî-
^ A. MoRBLBT, Série* conehylicloçiçntes,^ U\T&iBoiit avril 1863, pag. 134 À 149.
* Gi^GttAso. ComMdriot N«A». L. I, G. 8, Déscripckm cM Pera> p. V là 12> Ce« anteifrjfterà^
très-utile a consulter dans tout ce qui touche À la géographie à la famiUe royale et à l'esprit des lois.
' Voir aussi Paz Soldan, Geoçrapkia à$l Peru, Idea geheral, ^ftg. 1 et sttivahtiiifs.
Lui et beaucoup d'autres géographes ont considéré d'une façon aussi complète les Andes dans*
leur développement du Nord tu Sud. Je ne connais aucun tableau représentant comme celui de
M. Aogrand la coupe transversale de la Coîdillèi^, -^ MieMa tient i en que lé MtyttA à éttf liait
fiHr les deux auteurs au point de vue tout spécial de VhèHtat de TbommB et ^eis éttteftut.
^ Voir pour les divisions du pays : l^HnrERO bt 'Dm^utyi, Jt9tigiéeêaée$ Pm 'i H rtMm, ehlp. I'
]Niff. 73 à 75 :
V Alckdo, DieeûHutHo §tc$rafieo~histor%co de las IhéHae oeciâenhln, toih iy, pirg. 164 1 19S : Ait.
Peru,
3^ MKifEi«>iz, Manual de gwgraH del Pwn, D^scripcion genefti» p»g. Il et
— 16 —
nés détachées, indépendantes de lachatne-mère, dont elles bordent les pre-
mières pentes. Ces collines, aux croupes arrondies, séparées par de molles
ondiilations, appartiennent encore à la costa baja , elles se revêtent en hiver
(juin, juillet et août), d'une végétation courte, mais abondante, qui se déve-
loppe spontanément sous l'influence des brumes et d'un épais brouillard *.
Le climat de la zone du littoral, ou costa baja, présente cette particularité,
que la température y est infiniment moins élevée que dans la plupart des
autres contrées tropicales, situées au môme niveau ; elle est môme inférieu-
re à celle de la zone contiguô qui s'étend, à partir des lomas, le long du pied
de la Cordillère. Cette circonstance tient à l'action persistante des vents du
sud-ouest, qui dominent pendant toute l'année sur la côte, et aux courants
d'eau froide qui, partant des régions circumpolaires, la baignent du sud au
nord, depuis l'île Chiloé jusqu'au cap Parima •.
C'est également au refroidissement des couches atmosphériques, produit
par l'action combinée des vents et des courants, et de plus, à un ensemble
de conditions particulières au versant occidental de la chaîne maritime, qu'il
faut attribuer le manque total de pluie sur la côte péruvienne, phénomène
qui est un des traits les plus remarquables de la constitution physique du
pays. De là est née la division naturelle du sol en valles et despoblados,
c'est-à-dire en lieux arrosés et fertiles, et en lieux privés d'eau, par suite
inhabités. Les vallées^ en effet, sont fécondées par les rivières torrentueuses,
qui s'échappent des versants de la chaîne maritime, pour aller, à travers des
lomas, se déverser dans l'Océan. Sur leur trajet, la vie renaît et se dé-
veloppe avec une activité surprenante, que l'on doit attribuer à la douceur
constante d'une température, dont les variations sont comprises entre 12 et
28 degrés. Les despoblados môme sont parfois doués d'un sol éminemment
fertile, mais réduit à l'état de poussière aride par la sécheresse, à laquelle ils
sont condamnés ; aussi, quand par l'effet d'une circonstance exceptionnelle '
cette terre calcinée vient à être humectée suffisamment, on la voit aussitôt
veirdir, et se parer d'une végétation abondante.
Le cotonnier, la canne à sucre *, le maïs et le saule d'Amérique sont les
plantes qui caractérisent plus spécialement la côte ; ni les palmiers, ni les
fougères arborescentes ne croissent spontanément sur le versant occidental
de la chaîne maritime^.
A la zone du littoral, comprenant les lomas, succède celle des vallées, au
pied de la Cordillère {voiles, pied de la Cordillera), suivant le point de vue
* Paz Soldan, Rivero et Tichudi, Menendez, et d autres.
* Unanua i été un des premiers à observer et à expliquer ce fait rare et singulier dans 8«i
Obsertfacûmes toàre el elinux de L%ma (passim) .
* Par exemple, l'établissement de canaux d*irrigation comme les Indiens en avaient praiiqués
»ur plusieurs points avant la conquête, ou môme la durée d'un hiver plus humide que de coutume.
* TscHUDi, trad. anglaise, 5Vai»^/« mi P«n(,page238.
* HuMBOLDT. Vue des Cardillires et voyage aux régions éguinowiales.
— 17 -
sous lequel on la considère. Elle est formée par les premières ondulations
des Andes ', qui présentent une base compacte, médiocrement accidentée,
mais entrecoupée de vallées profondes, inclinées vers la mer. Abritée par les
crêtes qui la dominent contre les vents froids delà montagne, et, par les lomas
contre les brises du large, cette zone, malgré la diflTérence du niveau, jouit
d'une température plus élevée que le littoral ; aussi emploie-t-on quelquefois
la qualification de tierra catiente, pour désigner certaines de ses parties *.
Si Ton compare la végétation des deux zones, on remarquera que celle du
littoral, avec un climat tempéré, n'en produit pas moins des plantes tropica-
les, telles que le cotonnier qui y croît spontanément; tandis que celle des
vallées, dont la température est plus haute, ne possède qu'un petit nombre
des végétaux qui caractérisent ailleurs les terres chaudes *.
La tierra caliente, dans l'acceptation propre du mot, n'existe donc pas
sur le versant occidental de la chaîne maritime ; pour trouver un climat brû-
lant et une nature véritablement tropicale, il faut franchir la Cordillère, et
descendre dans les plaines immenses qu*arrosent l'Amazone et ses affluents.
Cette région, connue sous les noms de pampa et de tierra caliente, est plus
particulièrement désignée par les habitants de la côte ef de la Cordillère,
sous celui de montana , elle correspond au Pérou intérieur des géogra-
phes*.
A partir de la zone des vallées, qui, unie à celle du littoral, constitue la
région de la côte, commence à 1,500 mètres environ au-dessus de l'Océan,
celle des quebradas ou des gorges, formée par les premiers contreforts de
la Cordillère. Ces anfractuosités généralement resserrées par des escarpe-
ments, où la roche se montre à nu, sont dominées par des crêtes stériles ;
mais elles cachent, dans leurs profondeurs, une végétation riche et active,
qui s'étale partout, où les inégalités du sol permettent à la terre végétale de
s'accumuler. On y récolte le m^ïs avec succès. Le molle, ainsi que Vagave
y croissent naturellement. C'est par les qicebradas que s'échappent les eaux
torrentueuses de la Cordillère, qui forment plus bas des rivières, auxquelles
les vallées de la côte doivent leur fertilité *.
Peut-être convient-il avant d'aller plus loin, de dire un mot de la Sierra,
cette vaste étendue de pays comprise entre les deux Cordillères . La Sierra
* Ces ondulations sMlèvcnt en quelques endroits presque aux portes des villes telles que Lima
séparée de la mer par la plage et les falaises.
* Le climat de villes telles quePiura, Truxillo, Lima, Âriquipa et autres, est d'une douceur pro-
verbiale.
^ HUMBOLDT.
* Les villes situées sifr la limite des localités comprises sous cette dénomination de Tierra
Caliente, telles que Jauja et celles des vallées avoisinantes sont recommandées par les médecins du
pays pour certaines maladies dont la guérison exige une température égale et douce.
' Les principales sont la rivière de Piura, celle de Ëten, de Chicama, de TruxiUo. de Santa,
de Huaura. le Himac dans la vallée de Lima et une multitude d'autres qui débouchent dans VOcéan
sur la côte méridionale.
.- 18 ~
commence à la limite supérieure des quebradas, là où se soudent entre eul,
les rameaux inférieurs des Andes, pour former le grand massif de la chaîne
mtrittme ; elle s'étend jusqu'à la région correspondante sur le versant orien-
tal de la grande chaîne. A cette élévation d'environ 2,500 mètres, on voit ap-
paraître le feuillage caractéristique de Taune (a^i^o), ainsi que diverses es-
pèces de cactées, notamment le cierge du Pérou. Le maïs mûrit déjà difficî-
leiiieBi> excepté sur quelques points abrités ; il est remplacé par l'orge et phf
le blé, eaÛA la terre froide s'annonce, et les pluies, que les vents du large re-
foulei^dane l'intérieur, commencent à tomber avec plus ou moins d'abon-
dance ^
La tierra fria succède donc à la région des quebradas ; elle s'étend, efr
moyenne, jusqu'à la hauteur de ^,500 mètres ; au-delà, l'orge ne mûrît pH»
et la végétation* arborescente s'arrête. C'est à cette limite que commeàce la
jnma *, caractérisé d'une manière toute spéciale, par la présence de Yioïm,
de la toUt et de \à:yareta, plantes herbacées cpii couvrent de Vastes esitau^es^
et dont kl verdure grisâtre et uniforme concourt à la monotohie de cette ré-
gion '. C'est aussi le domaine des variétés d« genre Umna *, que la nature a
axées dans ces hautes solitudes, où elle pourvoit à leurs besoins en ieur don-
nant Yichuti les lichens, dont elles se nourrissent exclusivement. Au-dessus
de la pimay s'élèvent les glaciers ou nevados, dont le pied, tantôt à décoiï-
vert, tantôt enseveli sous la neige, et battu parla tourmente, porte le nom
de puna brava. Cette dénomination s'étend, au reste, à touteis les sommités
de la puna , situées au môme niveau, lors même qu'elles ne sont pas dans le
voisiAage des glaciers. En effets sur un grand nombre de points, la j^una est
constitoée par des crêtes, entrecoupées de déchirures, qui appartiennent awx
chaînes intermédiaires, et atteignent presque la hauteur des neiges perpé*
tuelle8«
Ces solitudes ofii^ent tantôt l'image de plaines ondxdées, d'où surgissent ^
et là, des pics isolés, tantôt celle d'un indescriptible chaos, où les roches
bouleversées, les fondrières, les précipices se confondent à distance et pren-
nent une apparence planiforme qui trompe l'œil de l'observateur.
Le trait le plus saillant de ces régions, parfois d'une grande étendue, est
de n'offrir que des inégalités d'altitude très-brusques, il est vrai, mais tour
^ Les Tilles^ l68 phi0 célèbres de la Si^ra sont : Caxtmaica où Athahualpi fut mis à mort ;
Pasco, fameuse pour ses mines d'argent ; Tanna ; Huaneavdica^ riche en mines de mercoref;
Ajracucho' où se décida le sort du Péroa moderne, enfin le Cnsco, Puno, la dernière ville sur la
frontière de BoliTie.
* Mot qquichua, qui veut dire terre froide,
* VIehu est une graminée du genre Stipa, la Tola une espèce de Baecharis, enfin la Yareta est
une ombellifère signalée pour la première fois au Pérou par Joseph de Jussieu et décrite par
M. Weddel dans le voyage de Castelnau sous le nom de Bolax Grlebaria (A. M.)
Voir aussi Wbddel, Voyage dans le Nord de la Bolivie, page 292.
^ Lorsque les auteurs espagnols de Tépoque de la découverte de TAmérique parlent des mou-
tons du pays, il faut toujours sous-entendre qu'il s'agit du Llama et de ses congénères.
— 19 —
jo^jre coviprUes eal^e des Milites coBstantes et assez rajjkproeJiéts. Aussi
4^8 leur nudité ontreUes un caractère de monotonie lugubre, qui ne se re-
{produit da^s aucune autre partie de^ Andes. G*esi là, et seulement là, que
l*on reocontredapsla Cordillère le désert absolu, car l'Indien n*est ^s en-
core parvenu à y fixer sa demeure '. Le vol du Condor ne s'y soutiendrait
pas, et la vigogne elle-même fujitces lieux inhospitaliers, où la raréfaction de
Tatpiospbère modifie profondément les conditions normales de l'existeace.
Quelquefois ces tristes parages olTreot des plateaux assez étendus (pa-
ramps)f où le climat est encore plus rude, s'il est possible, que sur les points
accidentés de la puna brava. Les tourmentes y alternent avec des vents
glacés, dont le souffle desséchant, joint à Faction pénétrante d^ rayons
soUires, qui traversept, s^s les échauffer, les couches excessivenieat yt-
pues de r^tmosphère, exercent une influence tuneste' sur rorganiagiB « au
point de t^rfir même les sources de4a vie.
Il est vrai que les paramos sont une exception ai^i Pérou, et qu'Us n'y cons-
tituent pas une régiox^ bien tranchée, comme sur les Cordillères de U Nou-
velle-Qrenade et de TEquateur *; toutefois, il £^ut en tenir compte, comme
d'un accident remarqi^able.
L^ ligpe de démarcation entre la puna brava et les nevados est assez
difficile à fixer d'une manière absolue ; cependant, on peut dire, qu'en gé-
néral la région des glaciers ne commence qu>u-dessous de 9,000 ffnâtres,
surtout du côté oriental de la chaîne principale, et que partout où cette lin^te
est inférieure, c'esft par une exception, ^résultant de rexppsitipn ou de la
configuration du sol. L'altitude moyenne de la puna brava ser^t donc
comprise entre 4,500 et 5,000 mètres *.
Nous allons examiaer maintenant les divisions qui corresponde^ti ^W 1^
versant oriental de la grande chaîne, à celles que nous avons tracées $i$ur le
versant occidental de la chaîne maritime ; plus tard nous ret^ouv^fPA8, ^ur
* Ulloa, tom. I, pag. 36, [trad. française], parle de son passage par ces contrées. Il a vu
mourir ses compagnons autour de lui et se sentit atteint lui-même d'un mal étrange accompagné de
YomiB«0meot8 Tioleats. — Ce mal etrt connu dans le payo souy )e nom de Sowoehé ou 9«l«.
Voir surtout Tschudi (Trad. anglaise), cap. 12, pag. 359, où l'auteur raconte un épisode teniUe ii«
ses propres voyages. Il parle dans ce même chapitre de l'affreuse maladie des yeux causée par la
révnrbération du poleil sur les neiges. Cette affection porte le nom de 9tirumpe,
Cliva, Histoire du Pérou, pag. 15, dit : l'air y est tellement subtil que les Européens sont pris
de nausées et de douleurs d'estomac semblables au mal de mer.
' Le phis terrible de tous ces déserts glacés est celui de TAzosy. Voir : Uuiuolot, Vm des
Cordillères, tom. n.
OsGULATK* Chap. 2 et 3 dans son Bsplorazione delU Begione Boumoriali^ 1954.
ViLi.^yiGBNCio, Gêogrufia de la Mfuhlica del Feuudor, pag. 34.
' A ces hautours, on ne trouve plus d'habitations ; le point le plus élevé de touto la région tropi-
cale des Cordillères où l'homme ait fixé sa demeure, est le seul hameau de Ancomarca par 17 degrés.
27 minptes de latitude S. et à u^e hauteur de 4,780 m. au-dessus du niyeau de lu mer ; et encore les
habitants sont-ils obligés de l'abandonner pendant les mois *les {dus rigoureux de Tannée. (Voir
d'O^iftHT, L'homme américain f tom. i, pag. Vê^
— 20 —
I
!
les versants intérieurs, la même distribution que sur ceux du dehors.
En descendant la chaîne orientale ou Cordillera real \ on reconnaît, que
les conditions du sol et du climat ont subi des modifications importantes.
Quoique la puna soit en réalité moins stérile de ce côté des Andes que sur
les versants intérieurs et môme sur la chaîne maritime, elle offre, néanmoins,
un caractère d'uniformité et môme de désolation plus frappant.
Cette circonstance tient à la configuration du sol, dont les pentes, moins
rapides et moins accidentées, sont battues uniformément par les vents, qui
n'y laissent croître qu'une végétation courte et grisâtre, de l'aspect le plus
monotone.
Cependant, on peut remarquer, à mesure que Ton descend vers la plaine,
qu'en général les limites supérieures des différentes zones que Ton traverse
atteignent ime altitude plus considérable que sur le versant occidental. Cette
différence, comme nous le verrons plus loin, tient à des conditions topogra-
phiques, qui sont particulières à cette partie des Andes.
Au sortir de la puna, on entre presque sans transition dans une région
relativement tempérée, constituée par les crêtes des premiers rameaux qui
se détachent du massif de la Cordillère, et par des anfractuosités déjà pro-
noncées qui précèdent les qiœhradas. Le climat de ces hauts vallons est
presque doux, tandis que les crêtes, désignées dans le pays par le nom
d'altos, sont exposées aux vents glacés des nevados. Bientôt ces anfractuo-
sités se resserrent et deviennent des quebradas, pour s'élargir de nouveau
un peu plus bas, et former les têtes des grandes vallées (cabeceras)y qui
n'en sont réellement que la continuation.
La température adoucie par les vents d'Est, qui traversent les plaines
brûlantes, et par des pluies chaudes, qui neutralisent, jusqu'à un certain
point, l'effet de l'altitude, est beaucoup plus agréable dans cette partie du
versant oriental, que sur les points correspondants du versant maritime ;
aussi les limites inférieures des différentes régions, comprises entre les
nevados et la pampa sont-elles, en général, plus élevées ; on peut évaluer,
en moyenne, la différence à 200 mètres.
Les altoSy comme nous Tavons vu, succèdent à la puruty et forment une
région intermédiaire, dont la constitution, très-variable , offre néanmoins
plus d'analogie avec les terres froides, qu'avec toute autre partie de la
Cordillère. Mais ici les quebt^adas, dont le développement est borné, ne
constituent pas une région, comme sur le versant occidental, où leur éten-
due est beaucoup plus considérable; elles ne sont qu'un accident, établissant
une limite naturelle entre les altos et les cabeceras, et en môme temps une
' Real veut dit royal. Ce nom lui vient donc de sa grande élévation; mais on ne l'applique en
réalité qu'à la partie de la chaîne qui s'étend depuis le pic de Sorata (7,222 m.) et mênxe depuis
llUimani (6»765 m.) jusqu à la solution de continuité par où l'Apurimac se fait jour dans la
plaine.
— 21 —
barrière, qui protège les terres inférieures contre les vents froids des
nevddos.
Après la région des cabeceras commence celle de la montana (la forêt)
qui s'étend, indéfiniment, en s'abaissant vers l'Est, à partir d'une altitude
moyenne de 1,700 mètres *.
La montana se divise, de môme que la région de la côte du versant mari-
time, en deux zones, les vallées • et la pampa, qui n'est el)e-môme que le
prolongement du versant. '
Les vallées des versants orientaux, quoique dotées de conditions physiques
à peu près analogues à celles des vallées de la côte, ne présentent pas dans
leur configuration, des caractères aussi tranchés. L'inclinaison générale de
la chaîne est bien moins prononcée de ce côté, tandis que son développe-
ment, au contraire, est plus considérable ; les ramifications, qui s'en déta-
chent sont moins accidentelles, moins abruptes, et les espaces qu'elles laissent
entre elles, moins profondément encaissés. L'humus, n'étant plus entraîné
par la rapidité des pentes, mais s'accumulant partout, on voit la végétation se
développer avec une incomparable vigueur.
Aussi de ce côté des Andes, où toutes les inégalités du sol disparaissent
sous répais manteau des forêts, la dénomination de valles s'applique-t-elle
uniquement aux vallées, que le défrichement a mises à découvert, et qui ne
tarderaient pas à s'effacer de nouveau, si la main de l'homme cessait d'en dis-
puter l'empire à la puissante activité de la nature.
Quoique la pampa soit comprise, dans la langue usitée au Pérou, sous la
dénomination générale de m^ontaHa. elle n'est pas toujours et nécessairement
couverte de forêts ; on y voit aussi des savanes (sabanas), lieux découverts,
sans arbres, revêtus d'une abondante végétation herbacée. — La pampa
n'est elle-même, que le prolongement du versant oriental des Andes, commen-
çant au bas de la partie accidentée, à une hauteur moindre de 600
à 800 mètres.
A la naissance des quebradas, c'est-à-dire à 2,900 ou 3,000 mètres d'alti-
tude, on trouve déjà le cierge du Pérou et bientôt le shimis molle, ainsi que
plusieurs petites espèces de bambousées, dont une, presque rampante, four-
nit aux mules et aux chevaux la seule nourriture substantielle, que ces ani-
maux puissent se procurer à une telle élévation. Bieijtôt on aperçoit le saule,
et, peu après, l'agave, qui fieurit de ce côté des Andes, jusqu'à une hauteur
* La civilisation européenne a pénétré jusque dans ces gorges et y a fondé de nombreuses
cultures et même quelques centres de population. — Les plus importantes sont celles de la vallée
de Santa-Anna, dans le voisinage du Guzco, où Ton récolte la plus grande partie de la Coca qui se
consomme au Pérou et dans la Bolivie; dans les vallées de Tipuani, dans les Yungas« riches enlava>
ges d'or au milieu des forêts qui produisent le quinquina.
' Zo$ ValUê ; dans le langage créole du Pérou« c est la région des fi>allé9S chaudes. Employé au
singulier, sans article, le mot est en quelque uftie adjectif, et devient synonyme de terre ekauit,
exemple : ês valU : ce lieu est terre chaude.
— 22 —
di» 2,^ à 2J800 mètres. jËnfia, 9ua&4 ]^s {^e^tes des vaUéie^ ont déjà pris cds
formes adoucies, qui annoncent le voisinage de la plaine, on comfl^il^ijMA
l^nconirer des plantations de caiélers •
Situés d'abord sur les points Les mieux abrités, elles ne tardent p^ à gar-
nir les pentes découvertes jusqu'à 2,000 et 2,200 mètres. Ce n'est qu'un peu
pluj^ bas (1,800 à 2,000 mètres) S que ^ canne à sucre prospère^ bien qu'ielle
soit déjà coUiv^ée, sur quelques points des quai|)ra4as, à la môme ti^x^uj: que
la coca. L'ananas sauvage et le cotonnier marquent Ijes limites d^e xvejtte wjolQ ;
loais la ^e jtrjOf i/cale ne commence réelle^nl à établir son empira; ^ u'à
Textr^ité inférieure des vallJé^s, quand les monit^gnes, sei;Lsib)B9^ent abais-
sées, laissent e^tre elles de vastes espaces, qui déjA semblent gipp^rtenir ^ la
{daine.
lA ^ mojajtrent les cinchpnaj^, puis )les fougères arborescentes, et enQ^i les
. palwjjer;^. Là commence à régjOLer, ^vec les plaides sai^ ^orjies, jco^nues SQi^s
)^ njom de pampf^y cette merveilteuiie végétation de 1^ zpne tpwde, qui
trauspori^ l^e voyageur, ijijesQendu de la Cordillère, dans un monde aussi
brillant que nouveau.
PeyeuQj^ à ^'irpmeuse région, comprise entre les deux chaînes princi-
pales, et qifi constitue Jj^ Sierra proprejn.ept djteou rjutérieur de la Sierra *.
P^ous dirons, mais seulement en passât, pour ne pas nous écarter 4e i^otre
sujet, que la Vjéritable ricbesse du Pérou s'y trouve concentrée ; qu'elle en
est la partie la plus peuplée, e\ j(j[u'|Blle joujt, sous un climat séyère, d'une Sja-
Jubrité reponnue.
La Sferw, 4ont ^e niveau se maintint généralemeujt à upe élévation consi-
dérabje, règne sur toutp l'iétendue du Pérou et de )a Bolivie, depujs }es t^Qfds
du Maranon, jus^'au grand ma^ffif du nqsif^ ide Pprco ou de Potoj^i; sa Ipp-
gueur est de |500 lieues, et sa largeur très-inégale ' , en effet daps toute la
partie bolivienne, comme dans Je sud du Pérou, efle occupe plus de trois
degrés tandis qu'ailleurs, par exemple au nœud du Pasco, elle se réduit ^ 5^
ou 3P lieues .
Le climat de la Sierra est froid et méine très-rude sur les hauteurs^ mfi^
î c'est hiQn moins l'intensité du froid que sa durée, jqinte à l'absence de toute
i{ chaleur un peu vive, ainsi que la persistance et la sécheresse dévorante du
vept, (jui y arrêtent l)f v.égét^lion dans sop essor. Toutefois elle jouit sur cer-
tains points, d'une température, qui se rapproche de celle des lieux Jes plus
favorisés. Il est donc impossible d'établir rigoureusement pour la Sierra une
succession de zones climatériques, douées de caractères uniformes, sur toute
* W^o^i*! iop- cit., p4g. 519, clitau9 d^s^es Yimg^ toutçs Içs montagnes sout couvertes de
plantations de C^ jusqi^'à une eltiti^de sup^eure à ^yW mètres.
Paz Soldax, passim.
1' Voir partiçulîjirQment la carte de Dussieu ( Am^ue m^idignfle) reiBarqufJ)!^ pf r la netteté
desligAQs e^ des chaînes de montagnes. — Leç différents ncçudsyoï^t fort niçn deçsjnés jleliçonà
faire ressortir les systèmes de bassins intérieurs.
réteMue du Pérou et de la Éolivie, — ce n'est qu'eïi étudiant pâfMléttiéftf
cette région, et en asâignant à chaque fraction les caractères des zones ^"i-
qu'es, qu'il est possible d'introdniï^e un peit d'ordre dans la compRcafton dte
leur régime clitoatérique. ,
Au surplus les nœuds, qui unissent le^ grandes, chaînes, et quî fôMeôf
dâHs le système des Andes, une série de bassins aussi mai^qués que disséhi*^
blables, nous fournissent une base pour établir ces divisions.
Ces nœtidà, pow la poi^tioh de ïa Cordiilèire', dont nous noti^ 6ccuïw)lis,
sont, â partir du sud, le nœud de ï^orco, q^ui rtiatque le passage d^ systéMé
des AÈdés chlKeniies à celtti de*la Éolivie ; le nœud de Saiità-ïtosa, st^pitë
attdsi Nceica au Cu2fcô ^ (ou plts exatîtetfrent d^ Viîcanôta'), qui ^^ttë
les Andes boliviennes de l'immense massif du Pérou central, enfirf W liiàélMf
de >asco ou dé Hfuaras, à partir duquel les CôrdilîèréSf, un in^nt i*^lïnites,
se divisent de ntWiteau en trois bt*anches, ^our forniéf le système du Ifeiif-
Môrahon, qtd Sfe tewhhief Bta nctetW dié Loja, littiîte d*' Péi*6ù vers M*
Nord.
Là Sierra se trouve ainsi partagée en ti*ois gi^àtiùs béssfti&, entiérerWftlt'
séparés î et tôuis différents les uns des autres; le bassin bolivien, compf^
ttànt la pfbvince péruviientte dé PÛno ; lé i^yîrtètaé debà^îiîf d^iPéAMideBtrt*
d'où naissent rApwimâc et ses ifflueits, enfin le« bassins pât**llëè* dtt Iftiâ^
liitga et du Tunguràguâ* ou Maratton *.
Là Sierra de Bolivie Consiste en uii iftmenis(e plateau, IMhié détotttf àôt^
par uiie barrière de hautes mbntàgnes, dbrlt lés ékvLt se d^ve^sent dais trtf
système twique dé lacs, coihhiuhiquattt entre eu-x?, ittaisï nùlléôienf âV^
rObéâtt '. Ge plateau, ou pfetôt ces* plateaux, ôohnus'sbu^ \é ifMA *^
Llamos de Bolivia, sont situés à une hauteur moyenne dé 4,00fr à* 4,40(> ïhé-
ftfeà 4. te grand plâleaii, ((cA s'étend du hcjeud de Porco ou de Potosi à éëïui
de Cozcô; est le ritbiiis éteVé ; mlais le petit plktfeau, qui i^ègne le lon^ de là
clMltne marifïnie et porte Ite nôiii ^ Llà^os (TAncomatcà, défiasse le gracri*
^ Le Cuzteo, fotidé âtt t021 ptr Mueo-Gtfpac sur les bords de là petite rivière de Huattmy pior
13 degrés 30 minutes de latitude Sud et 74 d. 24 m. lon^tude O. de Greenwich, se trouve à
Î,l6fef lûètres dé hauteur àu-dëdstts du niveau de la mèr. (PgN'rt.AN'D, Map of Titicaca^ld^ne).
Plaoé^ ou milieu dés moBtegne» doBB m'pE du grand plateau, auqudi cette ville a donné son nostr,
elle jouit d W climat beaucoup plus doux que ne pourrait le faire supposer au premier abord Falti-
tôAé qilë nous venons d'indiquôf ; d^flSIlears cette ville est eritouréé de tous ct^tés. mais surtout ait
Ssd êLk TBst, de riches vallées a froe é e e par la magnifique rivière d*Urubamba, appelée amU
Yucay ou Vilcanota.
Là {Sfddbdtioiis du plateau sont ceUes des terres tempérées, les productions de^ vallée presque
celles des terres chaudes. Une des causes principales decephéuomèiteest la protimité des versaHitt
orientaux, de la grande chaîne où se trouvent tes produits les plus riches de la zone tropicale. Paz
Sôihkii, pag. 40G à 406, passim.
C'est par ce système de bassins et des grands fleuves qui en sortent, que la République du
Pérou a conçu de très justes espérances de voir bientôt étabUes des communications régulières avec
l'Océan Atlantique et TEurope.
n n'existe du moins aucune communication connue .
* D'Orbiqnt, Carte de la Bolivie, Paris, 1839, et Onoarïa, Mapa de la BépuMicù de
Bolivia, 1859.
— 24 —
d^environ 400 mètres en moyenne ^ . La Sierra bolivienne est donc entièrement
comprise, comme altitude, dans la région de la puna : elle en a d'ailleurs
tous les caractères, puisque sur plusieurs points son climat participe de celui
des terres froides. Ainsi, les plantes cultivées dans les lieux les plus favo-
risés se bornent à peu près au quinica, à l'tUltcca, la pomme de terre, le
chou, auxquelles il faut ajouter, à titre d'exception, quelques céréales, telles
que l'orge et une sorte de blé très-rustique*.
Une des singularités les plus frappantes du climat de la Sierra bolivienne^
c'est la sécheresse de l'atmosphère qui persiste en toute saison, malgré
l'énorme quantité d'eau qui y tombe. Il en est ainsi, du reste, sur tous les
points de la Ck>rdillère péroubolivienne, dont l'altitude dépasse celle des
quebradas.
Après le nœud de Santa Rosa ou de Guzco commence la Sierra du Pérou
central. Ici, 11 est impossible d'établir de classification en dehors des som-
mités glaces qui dominent le système. Le sol est tellement accidenté, ilpré-
sente des contrastes si tranchés, que chaque localité a son caractère propre,
dépendant de conditions qui lui sont inhérentes. U en résulte qu'à l'excep-
tion de la puna, dont le domaine est encore assez considérable, on ne distin-
gue plus dans la pratique par régions ; on ne dit plus la terre froide ni la
terre clumde, mais les terres froides et les terres cJumdes.
n n'y a donc lieu dans la Sierra du Pérou central, qu'à constater des
catégories et nullement des régions ; et si Ton veut spécifier les conditions
climatiques d'un lieu, on doit, en le désignant par son nom, y joindre la qua-
lification de la région dont il dépendrait, s'il était situé sur un des versants
extérieurs de la Cordillère ; on dit alors : tel endroit est terre froide ou
chaude^ puna ou vaUe.
Enfin, la troisième grande division de la Sierra est celle qui règne vers le
Nord, à partir du nœud du Pasco. Non-seulement les chaînes y sont moins
élevées, mais elles s'écartent beaucoup plus les unes des autres ; en outre
elles ne sont liées par aucune de ces ramifications transversales, qui donnent
au Pérou central le caractère d'un pays exclusivement montagneux*
La chaîne maritime oSvq les mômes particularités physiques, et la même
végétation au nord comme au sud du nœud du Pasco ; on peut, dès lors, la
partager, dans sa hauteur, en régions correspondantes à celles qui ont été
décrites, en observant, toutefois, que les pics neigeux sont plus rares et
moins élevés dans la portion septentrionale, que dans celle qui s'étend au
sud du nœud dû Pasco '.
La chaîne centrale ou de Patas, moins haute, moins abrupte que la Cordtt-
* D'Orbiont, L'homme américain'
• Wbddel, uH supra, page 147 et 154.
' Balbt, abrégé de géographie y pag. 936-
— 25 —
1ère maritime, se rapproché, par l'ensemble de ses caractères, des terres
chaudes et tempérées; les cimes, même d'après leur altitude moyemie,
pourraient rentrer dans la catégorie de ces dernières, si les perturbations
atmosphériques, auxquelles elles sont exposées par leur situation, ne les
réduisaient à la condition de punas, à une élévation où le climat devrait
être moins rude et la végétation plus florissante. Cette chaîne ne pré3ente
donc, en réalité, qu'une succession de régions moyennes, sans caractère
bien tranché, comprises entre la limite inférieure des terres chaudes et celles
des terres froides ou même de lapima.
Enfin la chaîne de Muna, la plus orientale de toutes, est ^encore moins
élevée que celle de Patas ; garantie, d'ailleurs, des vents du large, par les
deux branches intermédiaires, et environnée de terres chaudes qui lui
envoient leurs émanations vivittantes, elle est presque entièrement couverte
de forêts. Quant aux vallées immenses ou bassins duTunguragua et duHual-
laga, qui s'ouvrent entre ces trois embranchements de la Cordillère, elles
offrent une succession non interrompue de climats, correspondant à ceux
des régions, que nous avons fait connaître, depuis celui de la puna brava, où
ces fleuves prennent leur source, jusqu'aux limites extrêmes des terres les
plus chaudes, où ils confondent leurs eaux. LAinfluence de la zone torride se
fait sentir à une assez grande hauteur dans ces bassins presque entièrement
fermés, en sorte que les limites des divisions climatiques s'y élèvent un peu
plus que sur les versants de la grande chaîne ^
Le résultat de tout ce qui précède se réduit à quelques généralités, fon-
dées sur un examen circonstancié des détails. Le Pérou et la Bolivie étant
soumis, sur toute leur étendue, aux mêmes influences générales, il suffit de
considérer l'altitude, le relief et les conditions physiques de chaque localité,
pour en déduire les concordances, qui permettent de les classer par grandes
régions climatiques *.
Or, comme ces régions correspondent à des moyennes d'altitudes cons-
tantes, on peut diviser le sol des deux contrées de la manière suivante, en
partant du niveau de POcéan' :
* Ratmondi, Apnnteê sobre la proeincia Ut oral de Loreto, passim ; in geografia dél Pt¥u ptr
Paz Soldan, Appendice.
* Uexisieuce d'un peuple policé au milieu des âpres déserts où nous trouvons lôs preuTes
irrécusables et grandioses de son séjour prolongé, est un fait historique d'une portée tout exoep-
tionnelle ; fait d'autant plus étrange à tous les égards que, pour retrouver avec des éléments sem-
blables l'explication possible d'un pareil état de choses, il faudrait peut-être porti r ses regards
jusque sur les immenses plateaux de ces chaînes de montagnes, dont les glaces éternelles de
l'Hymalaya couvrent le vaste soulèvement. L. Angrand. Lettre à M, Daly sur les antiquités de
Tiahuanaco pag. 2. Voir la Revue d'architecture et des Travaux publics, tome 24*.
^ Voir Planche I.
♦A
— 26 —
^ „ r <x {IM Costa baja, le littoral, eomprenant\ V
LAC!osTA.Lac^te 1^,^^,^ (>à600
ou r gion - jj^ pampaet la MontaHa brava, savaneslmètres.j à
ntime. ^ et forêts. ) [ 1,500
iLos Vallès, comprenant le pied de la Cor-J Imètres.
dillère. [isoe* ^^^
Los Vallès ou tierra calienie (terresf "^
chaudes). ^aôtres.j
Las Quebr\dâs et Las Cabeceras. Les gorges ou région des terres tempé^
rées . I,£i00 à 2,500 mèftf es".
La Tkrra pria ou la région des terres froides. 2,500 à 3,500 mètres.
La Pona, région des terres glacées où cesse toute
Végétation arboresceirte . 8,500 à 5,000 mètres.
Les Nevados, région des neiges perpétuelles. 5,000 mètres et au-
dessus.
Dan» notr.6 chapitre des migrations, nous verrons apparaître sur la scène
q^ noiur venon» d'esquisser, les premiers acteurs de ce drame si long, si peu
mouv^aaenté et pourtant si intéressant, qui s'y est déroulé pendant tant de
siéotes.
Dans notre aperçu légendaire et historique sur le gouvernement des Incas,
noua verron» s'étendi'e la puissance de ce sceptre sur les vastes contrées,
déerites dans ce paragraphe.
Nous savons, que la richesse métallurgique de ces pays était telle qiie,
lorsqu'elle futi transportée en Europe, les principes économiques de oe conti-
nent s-€n trouvèrent ébranlés, et bientôt entièrement changés ; nous savons,
que l'Espagne a été littéralement noyée dans Tor sud-américain.
Nous venons de voir que le sol et le climat offrent des variétés infinies
de productions diverses; que le climat ne ressemble en rien à celui des pays
légidéW» où les besoins rendent les hommes égoïstes. Quoique situé presque
sous l'équateur, il n'exhale point ces chaleurs effrayantes, qui expliquent et
e:(eusent laparesse et l'indolence des habitants.
Le pays n'est donc pour rien dans le dessèchement national, que nous
aui^ns à considérer et à définir dans la suite de notre travail.
^ PLVTABQ9I, Fié de Démoitkènê, chap. 11.
CHAPITRE II
Origine commune' des Indiens de FAm^
autres races humaines.
I. — Gonsidéritions générales.
II. — L'Amérique a-t-elle eu des rapports avec rancien continent avant Chriftopha Galomb ?
III. — Légendes américaines sur les migrations des tribns.
IV. — La trace chinoise, et par suite Texistence du Bouddhisme en Amérique.
V. — Des castes primitives des Pirhuas, rapprochées de celle de l'Inde ; des Mythes du Mexi-
que et de leurs ressemblances avec ceux de la Grèce.
VI. — Rapports linguistiques de Pidiome Qquichua avec la souche Aryenne. — Écriture
perdae.
VII. -— Bassemblancas de Tarchitecture Qquichua avec rarchîtecture Pélasgiqae; de romeni«i«
tatioB des bfltiinfints Mexicains avec ceUe des bâtimepts Etrusques, et de Tanalogie
de certaines statues retrouvées au Yucatan avec d'autres existant à Java.
VIII. — Ressemblances de certaines coutumes des Thébains et des Qquichuas.
IX. — Conclusions sur l'origine asiatique des Américains. — Imporlanee de cette origine pouf
notre thèse.
I. — Considérations générales.
L'origine des Indiens a donné lien aux hypothèses les plus hasardées et
les plus bizarres, aux fables les plus étranges et les plus imprévues.
L* Amérique a été pendant près de deux siècles regardée comme un monde
nouveau, ou plutcH comme une terre ayant surgi plus tard que l'ancien
continent.
Cependant, les études géologiques, auxquelles tant d'esprits éminents ont
contribué, et qu'a si bien résumées M. Morelet, ont prouvé que la structure
géologique de ces prodigieuses montagnes ne diffère pas essentiellement de
celle des grandes chaînes de l'Europe.
« Le granit en constitue la base : sur cette roche repose le gneiss, en
couche supérieure le schiste micacé, répandu avec profusion dans les Andes;
la roche calcaire grenue se montre par couches plus rares ; enfin les crêtes
sont partout recouvertes de porphyres et de basaltes, qui de loin présente^t
. l'aspect de ruines immenses. » C'est seulement par Tépaisscmr, ainsi que par
— 28 —
rétendue des roches schisteuses et porphyritiques, qu'elles se distinguent
plus particulic^rement, suivant M. de Humboldt, de celles de nos paj'S.
Il est donc évident que l'Amérique est aussi ancienne que l'Europe. Quant
à la race qui l'habite, rien ne porte à croire, qu'elle s'y soit établie autre-
ment que les races asiatiques dans notre continent.
Nous sortirons dans ce chapitre des limites que nous nous sommes tracées
dans le reste de notre travail.
Au lieu de parler seulement de l'origine asiatique des races soumises à
l'empire des Incas, nous serons obligés de ressaisir les fils rompus, de re-
trouver les traces perdues des migrations, qui ont peuplé le grand conti-
nent de l'hémisphère occidental. 11 est évident que là, où une tribu a
passé, des nations entières ont pu trouver leur chemin. Notre argumentation
sera donc indirecte avant d'être directe.
Nous l'avons dit : la légende nous paraît une source peu limpide de la
vérité. — Nous citerons donc la légende; mais nous n'attacherons une
importance véritable qu'aux faits bien établis.
Si un certain nombre d'auteurs prétend que l'empire des Incas peut avoir
eu une origine asiatique, nous sommes loin de réfuter cette théorie. Mais
nous disons avec M. de Castelnau ^, que ceux qui se sont livrés à l'étude des
anciens âges de ce continent, se sont beaucoup trop attachés à ce qui con-
cerné cette dynastie, comptant à peine six siècles d'existence. D'après ses
propres traditions, elle s'est contentée de faire revivre les anciennes cou-
tumes du pays, et d'imiter les constructions antiques. Jusque dans les der-
niers temps, les Incas conservaient le souvenir d'un peuple étranger, qui
avait parcouru les côtes du Pacifique '.
II* — L'Amérique a-t*elie en des rapports avee l'aneien eonlinenl mvaat
Christophe Colomb.
Bergeron, dans son histoire de la navigation \ rapporte que l'Amérique a
été découverte longtemps avant Colomb.
Mariana, Alderète et Geronimo de la Conception, affirment, à leur tour,
que Colomb avait reçu des informations positives sur l'existence du nouveau
monde par un certain capitaine de navire, Alonzo Sanchez, de Huelva. La
tempête aurait poussé ce navigateur sur les côtes du pays, appelé plus tard
l'Amérique.
Ce malheureux, recueilli par Colomb, serait mort chez lui, emportant son
secret, dont il était le seul dépositaire. Garcilaso admet le fait comme positif;
• Castelnau. Icc. cit., TM el 251.
* Voir le chap. des Incas.
' BiROBRON, ub supra. Pag. 107.
- 29 —
Laët et Georges Horn le traitent de fable. Acosta, Pellicer, Herrera et Solor-
zano le nient faiblement ou éyitent de se prononcer.
M. Gaffarel S Tintelligent scrutateur, a réuni toutes les traces de décou-
vertes antérieures à celles de Christophe Colomb, et le nombre en est bien
plus considérable qu'on n'oserait le croire.
Après avoir énuméré ce qui, dans les traditions des Juifs, des Phéniciens,
des Grecs et des Romains, rappelait l'Amérique, après avoir comparé les
coutumes et les langues, il considère la possibilité des rapports entre l'Amé-
rique et l'ancien monde du moyen-âge.
Il n'ignore point les difficultés de la navigation à oette époque, mais il
expose les divers motifs qui portaient les marins à devenir navigateurs.
Il raconte ce qui, dans les légendes chrétiennes, touchait à l'existence d'un
monde inconnu, caché dans les brumes de l'occident. Il rapporte les voyages
de saint Brandan et discute la position de l'île baptisée du même nom . II
énumère les îles fantastiques des Sept-Cités, Antilia, de la Man-Santa-
naxio, l'île Bracil, Maïda et Verde ; il discute les traditions et les prétentions
nationales des Celtes, des (rermains, des Africains, des Arabes, des Basques,
des Irlandais et des Gallois, qui tous disent avoir fait des voyages en Amé-
rique.
Cependant, si Torquemada, Garcia, Eguiera, Siguenza, Clavijero, Betan-
court et Bustamante prétendent que saint Thomas, apôtre des Indes, a porté
l'Evangile en Amérique ; si les savants du moyen-âge, les Roger Bacon, Vin-
cent de Beauvais (1200 à 1264), Albert-le-Grand (1195 ou 1205 à 1280), Pierre
d'AiUy (1350 à 1420), Toscanelli (1391 à 1492), Beheim et même le Dante
(1263 à 1321) ont parlé plus ou moins vaguement d'un nouveau continent,
Qela est remarquable ; mais on ne saurait attribuer à ces rêves, même après
leur réalisation, plus d'importance pratique qu'ils ne méritent. Cependant,
ils indiquent une sorte de divination, et l'on sait que la divination n'est
souvent qu'un vague souvenir. Sans nous arrêter à cette considération, et
tout en affirmant que les : Velho Cabrai, Pinçon, Jean Cousin, Ramalho, Cor-
tereal, Jean de Kolno et Barthélémy Colomb, intrépides voyageurs, ont très-
probablement devancé Christophe Colomb, on ne saurait nier le peu d'utilité
de ces découvertes* Pour notre thèse elles ont pourtant une incontestable
importance. Ajoutons, avant de conclure, un fait capital peu connu, et qui se
trouve mentionné par Navarette ' : Dès 1501, Alonzo de Hojeda, gouverneur
d'une partie du Venezuela, constatait la présence d'Anglais sur la partie
occidentale de la côte, depuis quelques années.
Ayant ainsi acquis la certitude, qu'avant l'illustre Génois, le pays a été
découvert par les Européens, nous pouvons déclarer que l'Orient a certes
' M. P. Gaffarel, Stude sur les rapporta de l'Amérique $t de Vantitn çpn^nent ^vant
Ckristopke Colomh'
* NaVamttb, III, p, 41, 86, as 543, «t 845.
— 30 —
pji ^çpia^pUv ce que rOcclden^ a 3u effectuer; surtout lorsqu'on se rappelle
que l'Asie de Textréme Orient a été inflniment plus ayancée sous beaucoup
de rapports, que l'Europe fin plein moyen-Âge.
Si les possibilité» des migrations asiatiques du moyen-âge ne paraissent
ofi^ir aucun doute, on n'en saurait dire autant des migrations aux premières
époques de Texistence du genre ^mmain. Ecoutons donc 4'abord les légendes
a^Tiéricaines.
II|U r^ p^gpmhtm aoiéitailAes svr les intgrsH#M des Mbas.
Montésinps parle de l'arrivée des géants ^ et des Chinius, venus par mer
sur les côtes d^ l'Equateur, à Santa-Elena, et au Pérou jusqu'à PoLChacaiiiac,
pendant le règne de Ayartarco-Cupo, 12? roi Pirhua.
1^^ gé^nt^ S3 retrouvent dans toutes les iégendps nationales. Celui qui a
été vaincu ne se dit jamais : j'ai été trop faible, mais : mon adversaire a été
trop fort.
C'est i|insi que pour s'excuser on grandit ia taille de l'ennemi, et par
la suite des temps, l'orgueil filial s'accordp, après la défaite, la satisfaction
n^^pi^le de ne pas avoir été vaincu par des hommes ordinaires, mais par
< fies géants \ »
Montésiuos parle plus loin * de • populations pacifiques venues par les
l^d^s orjei^tales k la même époque où le Pérou avait été envahi^ sous le
règne du 55^ roi du Cuzoo, Huilcanota-Amaula. Les nations du Sud, arrivées
par le Tucuipaii# avaient fait soudain irruption dans les domaines Pirhuas.
En général» on peut afiSrmecque les migrations pacifiques seules pouvaient
ef gropr H^e influence durable sur la rac^ et la forme de la civilisation.
I^e sys^me de douceur et de persuasion mène en ménage, en fait 0e gou-
vfirnem^nt et de rapports internationaux, aux résultats les plus étonnants.
Ç^ex pour le moment, c'est commander dans l'avenir; s'accommoder
instan|{|néinent aux désirs et aux habitudes d'autrui, est presque toujours
l'à-compte d'une revanche d'influence. Le glaive terrasse sans convaincre;
c'est un despote craint par les lâches, dangereux pour les faibles seulement.
L'aflàbilité est une arme de tyrannie tout autrement redoutable ; comment
montrer les dents à un demandeur souriant et débonnaire ? On défend fkci-
iement ce qui est requis avec des menaces, mais comment ne pas céder à
iiiio prière ou à un raisonnement? Et certes l'habitude de ne rien refuser —
c'est la dépendance.
Montésinos signale successivement : l'arrivée des Atumurumas sur les
* MoNTBRiNOP, ithi supra, ch. 9, pag. 74.
' MoNTBSiNOB. ubi supra, chap. 13, pag. 103 à 105.
— 31 —
plateaux du Cuzco, venant d'Arica, des Andes et du CoUao, sous le règne de
Manco Capac, 2® roi du Cuzco *. L'arrivée sur les plateaux de Quito de po-
pulations venant de la terre ferme et par mer >*. Nous avons ici affaire frôs-
probablement à la môme tribu que l'auteur espagnol appelle Atumurumâs •.
Sous le règne de Sinchi Cozque, 4*^ roi de CuzcOt ou peut-être sous Manco
Cozque, d'autres tribus sont venues des îles du Vent et de la terre ferme *.
Les Atumurumâs embarqués au Pérou sur TApurimac lors de leur inva-
sion, sous Manco-Capac, et revenus vers le Nord ^, justifient en quelque
sorte la théorie de quelques autefurs qui voient dans 4 le Sud » le point de
départ des migrations américaines.
L^explication qui résulte des dbnnées de Monllésinos nous permet de con-
clure que le midi de l'Amérique méridionale n'a jamais été qu'une station
des tribuB voyageuses.
Lorsque nous discuterons l'origine des Indiens, nous n'aurons donc plus à
nous préoccuper de cette question, qui nous parait vidée.
En d'autres endroits ^ Montésîrios parle de l'invasion- de nations trèff-
férocei^, venilesrpar le Brésil et les Andes-, sons le ()4® souverain du Cuzco.
Quoique victorieux tout d'abord, ces barbares ont été anéantie plus ou moins
promptement
Il0 onï laissé peu de traces ethnographiques. iFs troublent la paix de l'em-
pire, mais bientôt ils se dispersent ou se fondent avec les peuples des pla-
teaux 7. Les barbares du Sud se dispersent aussi après la vlctoira*.
Les traces qui s'effacent le plus vite sont les traces de salng. Sî elles ne
disparaissaient point, du sang versé de nouveau couvrirait les teintes plus
fccltonete par des teintes nouvelles.
Le prdmier acte d'un peuple, c'est la guerre, coinme' la première marque
de l'existence de l'homme, le cri, dès soir apparition dans le iHonde.
Nous drôyons bien faire de résumer dans le tfltbleau suivant là théene-dés
migrations- américaines, que nous a communiqués M. Angrtind^ et dont il*a
donné l'indication dans son travail sur Tiahuanaco. Les positions géogra-
phiquei sont jusqu'à nouvel ordre trop peu déterminées pour être indiquée»
autrement que par les grandes divisions telles que : Amérique Nord-Est,
Nord-Ouest, etc,
* MoiTTSBiNOS., Chap. 3, pag. 24.
' Jhid,, Chap. 3, pag. M.
' Tbid., Chap. 5, pag. 41.
* Ihid.y Chap. 24, pag. 109.
* Ihid., Chap. 3, pag. 23.
* Ihid,, Ch. 13, pag. 108 et ch. 14, pag. 109.
^ Ihid,, ch. 14, pag. 110 à 112.'
* Chap. 22, pag. 174.
— 32 -
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— 33 —
IV. — La trace chinoise, et, par suite, l'existenee da BoiuMIiiaBia
en Amérique.
Les habitants du village d'Eten, dans la province de Lambayique, dépar-
tement de la Libertad, semblent appartenir à une race différente de celle
des contrées environnantes. Ils vivent et s'allient seulement entre eux, et
parlent un langage que les Chinois, amenés au Pérou pendant les dernières
années, entendent parfaitement * .
Voilà un fait incontestable. On est induit à se demander, pourquoi une
seule race asiatique aurait trouvé le chemin en Amérique, pendant que les
autres auraient été arrêtées par l'immensité du Pacifique, ou les rigueurs des
régions de Behring. Le père Acosta, se renfermant dans la tradition bibli-
que d'une seule et imique création, ne comprend pas comment les plantes
et surtout les animaux domestiques et le^ animaux nuisibles, ont pu être
transportés d'Asie en Amérique *. Les Indiens, très-bons et très-hardis
marins, n'étaient pas navigateurs, dit-il, et ne pouvaient l'être, faute de
connaissances suffisantes '. L'hypothèse de tempête et de naufrages est
donc complètement inadmissible *. L'itinéraire terrestre est le seul qu'admet
Acosta. Il mentionne dans le courant de son travail * des populations pri-
mitives, arrivées en Amérique à l'état barbare, vivant de chasse. C'étaient,
dit-il, des migrations presque insensibles, venues de l'ancien continent ; soit
que ces peuples se fussent égarés, soit qu'ils eussent été poussés par des for-
ces supérieures. Selon lui il faut écarter toute idée fixe, tout projet formé à
l'avance.
Tous ces propos sont singulièrement vagues, mais l'autorité de l'auteur
donne, surtout à la dernière partie de notre citation, une importance qui ap-
puiera les preuves de détail, que nous allons apporter. ^
Nous venons de découvrir en Amérique une première trace chinoise —
qui n'est pas la seule.
Les Cuitlecas, arrivés dans l'Anahuac à une époque inconnue, mais cer-
tainement antérieure à l'arrivée des Chichimecas. fondateurs du royaume de
Tezcuco, se sont établis au S. 0. de Mexico, dans la contrée voisine de
Tetela del Rio. D'après les traditions de ce peuple, passant à l'état de légende
de père en fils, leurs ancêtres venus du pays de« Chinois, avaient été jetés
tur la ccte d'Amérique *^.
* Paz Soldan, loc. cit., pag. 222,
* Acosta. Historia uati'.i'al y moral de las Indias, cap. 20 pajf. 60.
* Acosta, ibitl., chap. 1G, pag. r»l.
* Jbid, chap., 20, pag, CO.
* Ibid., Tom I, lib. i cap. 24, pag. 73.
'• ArBiN, Mr'unth'e si't' lo*j)ti}i1i're didarfû/ife. Note à la page 74.
5
— 34 —
Nous ne saurions donc être étonnés de lire dans le Meihodist de New-
York, que le professeur Cari Neuman de Munich, qui a consacré plusieurs
années â YéXnie des antiquités chinoises, a trouvé dans les archives du Cé-
leste Empire, le fait bien établi, qu'une bande de prêtres bouddhistes ait de-
vancé d'un millier d'années le célèbre navigateur génois. Ces prêtres coura-
geux ne purent être arrêtés, ni par les neiges, ni par les tempêtes, qu'ils du-
rent atfronter après leur départ de Chine, et pendant qu^ils traversaient les
Ues Aléoutiennes, ils entrèrent sur le continent Américain par la presqu'île
d'Aliaska, explorèrent dans tous les sens et avec intelligence les bords du
Pacifique, et pénétrèrent dans la terre de Fusung (the land of Fusung), ainsi
qu'ils appelaient le pays des Aztèques, ou Mexico *.
M. de Guignes père ' a essayé de démontrer, que ce pays de Fousang,
visité par les bouddhistes en 458 de J. C. , était TAmérique.
I^oici ce qu'en disent les grandes annales de la Chine, intitulées Nan^sm
(histoire du midi) * :
Après la destruction de la dynastie de Tsin (490 de notre ère), la Qiiiie
fut pleine de troubles ; de là résulta rétablissement de deux empires, Tim
dans les provinces septentrionales, l'autre dans celles du midi. Dans la pre-
mière des années young-'youan, du règne de Ff-H de la dynastie méri-
dionale des Thsi (499) un chamen (prêtre bouddhique), nommé ffoëi-^hiny
aririva au pays de Fou-sang à Ring-icheon, ville importante^ située sur la
gauche du grand Riang. Pour arriver au Fùu^ang les Chinois donnent dtevx
routes dont toutes les étapes sdnt parfaitement fixées.
L'itinéraire maritime est donné par l'historien Li^ott^icheatê :
Partant du district de Lo-lioig, sur la côte occidentale de la Corée, (m
contournait cette presqu'île, et après avoir parcouru 1,200 li, on «rivait à
quelque point de la côte du Nippon. A 7,000 /( de là, vers le nord, on rencon-
trait le pays de \Ven-c?dn,ei à 5,000 li de cetîe dernière contrée (vers l'Orieiit)
on trouvait le pays de Ta-han. Wenchin se trouve sur lllede Téso. Là
vivaient en effet,, et vivent encore de nos jours, les TFw-e/tl», ou peuples
tatoués. Le Tahan est le Kamschatka.
Rappelons maintenant l'itinéraire terrestre donné d'après la mètne source,
par Si. de Guignes*. Partant du cours supérieur du ffotmg-ho, au Nortl
de la Chine, il passait par le pays actuel des Ordos, ou Ho-iao^ traversait
le désert de Grobi, arrivait au principal campement des Turcs HocURhé, sitté
sur la rive gauche de rOrchon, non loin de ses sources. C'est le point, où
fut plus tard Kara-Kormn, De là on gagnait le lac Baïckal ; on traversait le
pays de Kou-lUhan (ancien pays de Kirhis ou Kirghiz), puis, en se diri-
* Clavubro, Storia antica del Messico. Tom I, lib. i § 1. pag. 32.
^ Voir pour Vensemble de cette argumentation, M . d^£ÉiCETHAL, Btttdi fur Ut aripnet èùtut^
ékiûves de la eipilisatio» américmne, pag. 6 et suivantes*
' D'EiCBTBAL, uH iupra»
— 35 —
géant vers Test, celui des Chy-weï. Les Chy-weï les plus méridionaux habi-
taient dans le voisinage de la rivière de Onon, affluent de droite de F Amour,
supérieur. En marchant quinze jours à Test, c'est-à-dire dans la direction
de l'Amour, on trouvait les Chy'WCï'Youtché, vraisemblablement le môme
peuple, que d'autres auteurs chinois appellent Youlchy. Nous avons à faire
ici aux Djoudje, ancêtres des Mandchoux actuels. De ce dernier point, enlin,
on s'avançait pendant dix jours vers le nord, et on entrait dans le ta-han,
entouré de trois côtés par la mer, et appelé aussi Lteou-Kouet *.
On voit donc, que les deux itinéraires aboutissent au même but. L'Amé-
rique Septentrionale se rapproche tellement de l'Asie, que le détroit qui
sépare les deux continents ne saurait être regardé comme un obstacle infran-
chissable, surtout lorsqu'on jette un regard sur les trois documents de la
plus haute importance, cités par M. d'Eichthal * : Les retiseignements sta-
tistiques et ethnographiques sur les possessions /nisses à la côte PWrU-
ouest de l'Amérique, par le contre-amiral Wrangell; une analyse de Voit-
vrage du Pè^y* Wenjominow s?fr les îles (Aléoutiennes) du district
d*UnalaS'Ra, par F. Loewe; enlhi 4'analyse d'un mémoire de Maury, sur
la facilité du passage entre 1rs côfrs nord-est de l'Asie et les côtes nord-
ouest de V Amérique, — Tous ces documents, dit M. d'Eichthal ', s'accordent
à démontrer la facilité de cette communication, et la possibilité d'un établis*
sèment sur la côte nord-ouest de l'Amérique : le climat de toute cette région,
môme sous la latitude la plus élevée (vers le 60® degré) est relativement trèg-
doux. La chaîne des îles Aléoutiennes et de la presqu'île d'Aliaska forment
eomme une barrière, devant laqtielle viennent s'arrêter les influences dt
pôle. D'un autre côté, le grand courant chaud de l'océan Pacifique, observé
par les navigateurs modernes, y élève notablement la température.
Et plus loin notre auteur rapporte le fait pour ainsi dire contemporain de
la conquête que les Russes ont faite des îles Aléoutiennes (1760 à 1*790).
Les indigènes de ces îles, nombreux et relativement fort civilisés qui con-
servaient, soit dit en passant, la tradition de leur origine asiatique, se trans-
portaient facilement d'une île à l'autre dans leurs canots de cuir, ou baïda-
res. Une perche leur sert de gouvernail ; une branche d'arbre, garnie de ses
rameaux et de son feuillage, est dressée cm l'air pour servir de voile. L'équi- j
page qui se compose ordinairement d'un homme avec sa femme et ses en- 1
fants, saisit le moment où le vent souffle vers le but qu'ils veulent atteindre ^
et les voilà, cinglant sans crainte en pleine mer, avec une vitesse de sept à
huit kilomètres à l'heure *.
* Klaproth, p. 62 à 64. De Guignes, p. 508 à 510.
M. D'Eichthal. ubi supra,pa^. 12.
* Ibid. pag. 13.
* Maurt, d'après d'Eichthal.
.'<
- 36 -
La roate une fois tracée, de Guignes et d'Eichthal ajoutent de nombreux
détails sur Torigine bouddhique de la civilisation américaine, les ressem-
blances frappantes dés croyances et des coutumes de certaines tribus in-
diennes (surtout les Mandans) avec les Chinois, dont la croyance bouddhique
est un fait parfaitement démontré.
Ajoutons à cette argumentation minutieuse Tavis de M. de Charencey, qui
fait mention d'une circonstance, facilitant singulièrement la migration amé-
ricaine des peuples asiatiques.
Il est vraisemblable, dit notre auteur *, que le Kouro-Siwo, ou fleuve
noir, et le courant de Tessan, lesquels partent des côtes sud du Japon, et
vont aboutir aux rivns de Californie, jouèrent un grand rôle dans ces migra-
tions d'un continente l'autre. Ce sont eux qui, de temps en temps, entraînent
les jonques japonaises jusqu'aux environs de San-Francisco.
On peut juger, par ce qui se passe aujourd'hui, de ce qui dut nécessaire-
ment avoir lieu en des temps plus reculés . Grâce à ces fleuves marins, les
communications sont bien plus faciles entre les deux rives opposées du Pa-
cifique, qu'entre celles de l'Atlantique.
La possibilité de communication une fois établie, rien ne nous empêche de
nous ranger à l'avis de ceux qui font partir d'ASIE les peuples d'Amé-
rique.
Scherer prouve que le courant des peuples américains a pris naissance
en. Chine; il prétend que la disparition deKaraïtes de l'Asie se trouverait
ainsi expliquée d'une façon satisfaisante. Ils seraient venus « avant l'ouver-
ture du détroit de Behring », > peuplant l'Amérique du nord. Le Pérou, selon
lui, aurait été peuplé par des Chinois venus par mer '. L'Amérique orien-
tale, par les naturels de V Afrique occidentale \
. Cette dernière assertion est, selon nous, tout à fait fantaisiste. Il est vrai
que les Carthaginois, excellents navigateurs, appartenaient à la race rouge,
dont les tribus autochthones de l'Amérique faisaient probablement partie,
comme nous allons le voir dans la suite de notre travail ; mais pour coloni-
ser l'Amérique en deçà de la grande chaîne de montagnes, il ne suffît guère
de quelques grandes barques et d'une troupe d'individus hardis. — Une mi -
gration seule explique la colonisation de ces immensités. Nous repousson.s
énergiquement ces hypothèses commofles, qui portent préjuclico y la science
Ote4i méconnaissent le fomlemont.
>t'
* De CllAHliNCEV, Mythe dr Vntan-, pug, loG.
ScHEREn, Recherches liisiorif^ues ft (jf'Oiji'aphioHcz 6tic Ir n>)t(ve<m monde. Paris. 17TS. fh. ?,
* Ibid.^ ubi svpfa, ch. -i. Passlm, pag. 18».
* Ibid.y ubi atfjjra. ch. \, pajr. Vil.
* /i>iH , vbi fvprn, rh» "•, pag. 13*2. '
»
t
''•ÏM
.♦
— 37 —
T. — Des easlM primitives des Plrliau, nipproehées 4e\eelles de nmâe % dM
mythes du ■exiqne et de ses ressemblaiiees avee eevx de la Grèee.
Montesinos fait partir. d'Arménie les premières tribus qui peuplèrent le
Pérou, et date cette émigration de Tan 500 (après le déluge), car, € Men que les
Indiens assurent que leur origine remonte à une plus grande antiquité^ »
nous professons comme article de foi que cela est contraire à ce que nous
enseignent les livres sacrés sur le déluge. Ces peuplades arrivent sous la
direction de quatre frères :
Ayar-Manco-Topa,
Ayar-Chaki-Topa,
Ayar-Aucca-Topa,
A yar-Uyssu -Topa .
Et de quatre sœurs :
Mama-Huaccah,
Mama-Gora,
pirca-acun,
HiPA-HUACCAN .
L'explication philologique conduit M. Lopez à une interprétation pbiloso^
phique des plus ingénieuses «.
Ayar, du sanscrit ajar ou ajr (radne aj), signifie le chef primitifs
Mani signifie croire ; manca est au pluriel ; ils croient, qui se traduit par*
notre substantif : croyances ou religion, croyant ou prophète.
Ayar-Manco-Topa équivaut à : trii>u primitive des prêtres de la lumiè-
re ou du feu '.
Chaki est pied, marche, marcheur nomade : Ayar-Chaki-Topa signifie :
les tribus des campagnes, les ?ionuides ;
AuccA signifie guerriers, soldats ; Ayar-Aucca^Topa est la caste primitive
des guerriers ;
Uyssu ou UsHi: signifient charru£, labourage^ agriculture ; Ayar-Uyssc-
ToPA est la tribu des laboureurs.
Nous avons donc quatre castes comme dans l'Inde : Mancos, prMres :
CiiAKis. voyagevrs ou nomades; Auccas, guerriers; Uyssus, agricidleurs.
Los quatre sœurs sont :
Mam.v-Huaccan, la mère, religion o\x croyance;
* Lopez. 39ii et 300.
* Topas en sanscrit : chaleur, feu, lumière soleil, doù Hmpvc^ jet têmplum en latin. Saint-
AicorR, La Langue latine, pag. 157, note C.
é
- 38-
Mama-Coba, la rnère campagne ou la terre végétale ;
PiRCA-AcuN, Y architecture ou maçonneHe ;
HipA-HuAGCAii, \k divinité du maïs.
Ainsi à Manco, prêtre correspond, Mama-Huacc an , la religion; à
Chaki, nomade ou pasteur^ ]J(Iama-Cora , la t^égétation terrestre; à
AuccA, les guerriers, Pirga-Acun, les murailles de pierre; à Uyssu,
la charrue, Hipa-Huaccan, la divinité o\i\di bénédiction du maïs. Quatre
professions j donc quatre f/nftM^ ou quatre castes, comme aux Indes.
M. de Charencey» recherchant les origines du mythe mexicain de Yotan,
rappelle les légendes indiennes de Phra-Ruang, de Pyu-Tsautï, de Nga-
KwÉ. Il fait toucher du doigt la ressemblance de toutes ces légendes avec
celles de Thésék, et trace Y itinéraire de ces croyances.
C'est dans le royaume Gréco-Asiatique de Bactriane et les régions avoisi-
nantes, dit-il, que le travail de fusion entre les mythes helléniques,' et ceux
de rOrient semble s'être accompli sur la plus vaste échelle.
Quoique vers le milieu du second siècle avant notre ôro, cet empire ,eut
succombé sous les coups des Parthes et des Scythes, l'influence de la civilisa-
tion occidentale, tout en cessant d'être prépondérante, s'y fit sentir quand
même. Sur une monnaie d'Azès, prince d'origine Scythe, qui succéda de
très-près à la dynastie Hellénique, nous trouvons le dieu Siwa, figuré avec
les quatre bras et entouré d'une légende grecque *.
M. de Charencey dit avec beaucoup de justesse: c C'est très-probablement
de ces contrées que la légende de Thésée, ainsi que plusieurs autres, se ré-
pandit en traversant le Thibet et le grand massif de l'Himalaya, jusque sur
' les rives du Mé-Kong et de l'Irrawaddy. De là, elles purent, sans trop de
difficulté, s'étendre jusques en Amérique. On s'explique, par ce moyen, l'affi-
nité plus grande de certains mythes de la Nouvelle*Espagne avec ceux de
l'Iran, qu'avec les mythes indiens correspondants. Du reste, les légendes du
déluge et de la tour de Babel se retrouvent chez presque toutes les tribus
américaines*.
VI. — K»|»pov|« ltof|pi«||qiie« de l'idiome ^nlciiua avcr la souciie aryenne.
— Éeritnre perdue*.
Le Qquichua ' n'ayant pas été écrit par les indigènes, a été altéré d'une
* Jùymal des savants, «nnée 1836, pag. 205. Notice sur quelques médailles grecquss inédites dts
Soie de la Perse et de VInde par Raoul Rochette.
* Chab^kcet, Mythe d'Imos, traditions des peuples mexicains.
' Il nous parait nécessaire d'expliquer les deux consonnes que neus mettons parfois au com-
— 39 —
façon déplorable par les auteurs espagnols. lis ont recueilli les sona de eette
langue, aVec une délicatesse d'oreille plus ou moins marquée, et ils ont ima-
giné une orthographe de fantaisie, qui rend toujours imparfaitement Fhar-
monie naturelle de cet idiome.
Le langage, dit Volney * est une indica'tion des races.
Qu*on se rappelle les louables efforts des philologues allemands, tàcbAAt
de remonter au-delà du sanscrit, et essayant de reconstituer Tidiomo aryett.
Ce qui frappe surtout l'observateur de ces tentatives curieuses, c'est la simpli-
fication des racines, lesquelles se réduisent à leur expression primitive; en
d'autres termes, aux lettres de l'alphabet, c'est-à-dire aux sons que produit
l'air qui passe entre la langue, le gosier, le palais, les dents et les lèvres^ ce
que les grammairiens appellent les voyelles, les liquides, les linguales* les
palatales, etc. Les médecins prouvent que la constitution générale du corps
des races américaines, ne diffère pas essentiellement de la nôtre. Il est donc
évident que, si, en principe, les premières racines qquichuas ne différaient
guère des racines aryennes, ce ne serait que fort naturel*.
Cependant, M Lopez va plus loin. Il a trouvé non-seulement des racines,
mais des radicaux communs au^ deux langues ; d'autres encore fui se res-
semblent d'une façon frappante. Poui* ne citer de sa longue série de comparai-
sons, que le nom môme du pays qui a donné lieu à de si nombreuses explica-
tions et à des fables si dérisoires : Pérou veut dire en sanscrit, arientf la
mer, le soleil, les montagnes (Vor. Il désigne, par conséquent, le pays situé
à Test de l'Inde, avec tous ses caractères principaux. Aussi le même radical
se rencontre-t-il plus ou moins corrompu * sur tous les points du continent
sud américalh : Paraguay oti Para-Huày, Parla, Parina, Èrazil ou
»
Para-Sil. Les tribus venant en Orient s'attribuaient lé nom de Purhuas
ou Pihhuas, le\îir dieu et leur chef s^appelait Pirhua, Pira-Hua, etc. *.
Unregartljeté sur les ouvrages grammaticaux et lexicographiques cle
i&entet(i6At deA mots qqaichuaâ et qu'Aubin appeUe les détonnantes. Ce redoublement doit indi-
quer la force extraordinaire que ces lettres ont, lorsqu'elles sont bien prononcées. Ces efforts don-
nent à la langue qquichua parlée par les indigènes, un caractère fort saccadé. La phrase est sim-
ple ; nulle terminaison, nulle flexion n'interrompent la suite des radicaux. S'il est peroaîi de se
»«r¥ir d uA terme de musique, ]è Comparerais ces effets au staccato j il s'en suit us isokufenl a^l-
labique, qui fait de la phrase qquichua un ensemble entièrement différent de œltri de U pht(8«
analytique des langues à flexions.
' VoLNBT. Voyagt M Egypte et «» SyrU. Tom. 1, ciiap. 6, pa^. 74.
' Exemple : La iquide m est produite par le mouvement des lèvres. Le premier acte dtt Paii-
fant nouveau né est de sucer la mamelle (acte labial). Le premier radical ^'il trtitukrft iWÉ né-
cessairement labial : icA*
' Voir pour le rôle des voyelles dans les idiomes pfîmitiis de l'Asie : C!h. B. x»S ujFAfttf »s
Mbz6-I(ovb8D ; Migrations des peuples , et en particulier celtes des races T<mr0mêmséw Paris
Maisonneuve et Cie.
^ LoPBZ, pag. 336.
— 40 —
TschudI, de Figueredo ^ et Torres-Rubio \ de del Canto », Gonzales
Olgin *, Markham S etc., suffit pour nous convaincre que Tidiome qqui-
chua est une langue agglutinante.
L'agglutination, selon M. Littré •, est le procédé par lequel un ou plu-
sieurs mots, étant dans un rapport de dépendance avec un autre mot, s'in-*
troduisent à Taide de certaines modifications, dans le corps du mot dont ils
dépendent, ou se joignent à lui de manière à composer avec lui im mot
unique.
Il n'entre guère dans le cadre de notre travail» d'énumérer toutes les raci-
nes asiatiques des mots qquichuas. Il nous suffit de constater qu'un nombre
considérable de ces racines existe. M. FiderVicente Lopez en a retrouvé, à
force de recherches assidues et minutieuses, une liste fort longue. Sur la foi
du grand ouvrage de cet auteur, nous déclarons que la différence de langage
ne saurait être regardée comme preuve d'une différence de l'origine des races
américaines et asiatiques. Le contraire est plutôt la vérité. Nous irons même
plus loin.
Il est fort possible que les peuples antérieurs à Tère Incasique aient connu
récriture. M. de Humboldt ' cite une inscription dans une caverne, près du
village d'Uruana ou Urbana, dans le Venezuela, près de la rivière de Caura.
Cette inscription a été découverte et communiquée par le père Ramon
Bueno, qui prouve que c'est dans tous les cas un assemblage de marques
ou de signes, ayant un sens plus ou moins fixe.
Gisneros aussi, dans le Mercurio Peruano, parle d'iiiéroglyphes péruviens.
M. Angrand a expliqué minutieusement dans l'ouvrage cité plus haut, le
caractère hiéroglyphique des ornements du grand monolithe de Tiahuanaco.
Hontésinos S dont la bonne foi égale la sagacité, nous dit que les peuples
habitant le grand massif du Cuzco, à une époque de civilisation fort avancée^
mais antérieure à la décadence qui précéda la renaissance Incasique, ont
connu une écriture qui a été perdue plus tard. Nous ne saurions, en résumé,
que nous ranger de l'avis de M. de Humboldt * qui affirme que les figures
entaillées ou gravées sur des rochers, observées sur tant de points dans
l'Amérique du Nord et dans l'Amérique du Midi doivent, dans la plupart des
* FiouBRXBO (Ptdre Inànde),^rr0y voeabulario d$ la hngua Quiehua gênerai d$ îos Indûn dtl
Peru. Lima. 1754 «
* ToRHSs Rukio, Arttdê la Ungua QqucJfm coa pocalmlario Qquicha.
» DblGauta, Pr^/". ArU y 90cabmlaHù)h la Ungua gênerai del Peru llamada Qauickua,
Lima. iai4.
* GoNZALSS, Olgin.
* Markhâic, Coniributûmttowards agrawmarand iietionary of Quiehua*
* Ivmà^Dietionntbire de la langue françaiee, toI. I. pag. 77. col. S.
^ HiniMLOT, Tom. 1, page 183.
MoNTBsnfos, ubi supra, Ch. 7 page 60.
* Tom I, page 175 à 1S5 et 213 à 214.
— 41 —
cas, avoir eu une signiilcation symbolique ou une valeur figurative *. Si
ces hiéroglyphes ne peuvent être considérés comme des caractères alphdbé--
tiqices/\\ j di absence complète de preuves établissant que les peuples de
TAmérique n'aient jamais eu, à aucune époque, connaissance d'un alphabet*.
Le plus irréfutable de tous les arguments n'a été donné à notre connais-
sance par aucun des auteurs que nous avons étudiés. Les Incas avaient
DÉFENDU l'écriture 5, or OU ne défend que les choses qui existent, et le plus
fin des despotes ne s'est jamais avisé dé supprimer une invention avant
quelle n'eût été faite.
Tll. — Ressemblances de rarehlteeture Qqaielioa avee l'arehlCeetare Pelasgl^
qae, de ToraeiuenUitloii des bâtiments mexicains avec celle des bâtiments
Étrusques, et de certaines statues retrouvées au Toucatan avec d'autres
existant â Java.
L'archéologie, dit M. Beulé *, redresse le témoignage des hommes par le
témoignage indirect, mais incontestable des monuments ; elle est le complé-
ment de l'histoire. L'art qui exprime le plus puissamment le génie d'un peu-
ple, c'est l'art de bâtir.
M. Fergusson * constate, et les ruines,, témoins muets et pourtant si élo-
quents, sont là pour appuyer ses assertions :
1** Que dans la série des monuments péruviens, nous avons des modèles
de tous les degrés intermédiaires de l'architecture, depuis le palais, auquel
ou donne le nom de Manco-Capac et les Tambos, qui reproduisent, avec une
rare exactitude, les progrès par lesquels a passés Tart du Latium et des au-
tres parties de l'Europe, possédant des monuments antiques de maçonnerie
cyclopéenne ou pelasgiqtie.
2° Que cette identité va si loin, que les vues des ruines péruviennes,
recueillies par M. Pentland, pourraient passer pour des planches originales
de la description de Tltalie antique, par Dodwell, et que ces dessins, à leur
tour, pourraient servir d'illustration aux monuments sud américains.
2^ Que la solidité du mur, étant en rapport constant avec la contrariété
des lignes et le plus grand nombre des angles, qui s'emboîtent l'un dans
l'autre, les constructions qquichuas (par blocs polygonaux) sont plus solides,
plus difficiles à construire, et beaucoup plus rares dans l'architecture que
les blocs quadrangulaires dont on se sert généralement.
^ Hu^BOLDT fait toucher du doigt Tanalogie, que les Etrusques, les Egyptiens, les Thibétaitt
et les Aztèques offrent dans leurs édifices, leurs institutions religieuses, leurs divisions du temp»
leurs idées mystiques et leurs cycles de régénération. V^ues des Cordillères . Introduction, pag. 17*
* Voir planches III et IV.
* Voir le code Incasique, chap. IV.
* Beulé, Revue des Deuw-Mondes, Tom. I.XI (XXXV Année, T série), î liv., 15 ma» \WS^
page 312.
* Fbrgusson, Bandbook of architecture, Lib, III, cap» 3.
- 42-
4* Que ch€$z lesTéruvlens, comme chez les Pélasges, le style côiislrte
dans la forme pure de l'appareil, et ne présente jamais la moindre ti'ace dé
moolare ou de sculpture.
Ydilà ce qui en est des monuments publics ; quant aux maisons qtll abri-
talent les familles, elles étaient faites en briques. Or, d'après MM. de Castel-
nau * et Wilklnson 2, qui se sont occupés de cette question, les Egyptiens et
les Babyloniens faisaient des briques séchées, de môme que les Péruviens.
L'ornementation des murs, dite étrusque, consiste en bas-reliefs d'ûttë
grande régularité. C'est un labyrinthe à angles droits. Ces dessin* se trou-
vent reproduits sur les nombreuses ruines de l'ancienne Mexique^ et sur un
pan de mur du, grand Chimu, près de Truxilio*.
ir
Il existe au musée du Louvre un buste en bronze antique, présentant des
caractêl^eisr de tête Mi analogues à ceux des indigènes de l'Améfique, et le
savant éminent, M. Egger, croit y avoir reconnu un des Indiens dont parle
Pline et dont la tète aurait été moulée alors *.
Un dé ndé. amis, très-compétent sur toutes les questions qui regardent
l'ÀiiIffriqué, nôiis a fourni une remarque extrêmement curieuse. Voici le
piàsâ^è* de ta lettre qui se rapporte à ce sujet :
« On voyait, en 1862, dans la collection céramique du musée Campana,
loî^qull fut exposé dans son entief au Palais de l'Industrie, trois vases en
terre noire et à goulots étroits et longs, qui se distinguaient de ceux au
ïàiiièh àésrqttels iU se trouvaient placés, par des caractères tout exception-
tfélâ et telléïïient àeMblables à ceux des vases péruviens que renfermait en-
coî^éf à cette épô4ûe lé musée américain du Louvre, que cette ressemblance
— firi pourrait presque dire cette identité de forme et d'aspect — frappa
dêi ië preinièi* abord les moins expérimentés en pareille matière. Il est donc
impossible que la même remarque n'ait pas été fait»î par ceux dont les lu-
mlérèS) fbnt foi dans la science ; et leurs souvenirs doivent être très-précis à
cet ^^rd. »
Sfâlhetd'éuàement le musée Américain n'existe plus et la collection Cam-
pana a été dispersée un peu partout par décision impériale. Aussi nous a-t-il été
iiàpdisrsitoé de retrouver dans les galeries du musée National, malgré tout le
soHf ^e notrà àVÔfts mis à les explorer, aucun de ces vases de provenance
ïtÈ^ëttiiè, autrefois si remarqués pour leur type amiérîcain. Mais le fait n'en
stfMfsté p^às moiriâ ; et inalgré là disparition regrettable des objets mêmes sur
lesquels reposent très-certainement les premiers indices d'une véritable
énigme archéologique, le nombre de ceux qui les ont vus et appréciés est
* DM CàtTBLNÂU, loe. cit. page 252.
* WiLKiifsoN, Mannerê ana costumes ofaneient SgyptUm. Tom. I, page 3(^» fig. t7.
* Voir les travaux de la Commission du Mexique. — Planches photographiées.
Voir : FRAVCiL'LEiLiEU, Illustrated NefvspapeTf New- York, Mars 21 1868, Squikr.
' BiusiBUR DB BouRBOUBO, Swploration, Introduction au Popol Vuh^ pag. L en noie.
-43 -
encore aussfiz grand pour attest^^ Jeur trap cpurte préa^npe papwj )^; cnf jfi-
sités les plus intéressantes de la riche collection qui vepait alprs d'être ftpqfHl^
tout récemment par la France.
M. de JiOngpérier, dans son Catalogué des antiquités américaines 4u hQV^'-
vre, a fi^it ressortir avec la finesse habituelle de son esprit» la §imilitu^q
frappante des vases péruviens du musée du Louvre aypc Ips produits 4^
la Céramique dans d'autres contrées du globe et particulièrement en Italie.
N** 676. Provenance l'ruxillo Pérou.
€ Ce vase ressemble considérablement pour le style et la terre dont il est
fait 4UX ifopabreux vaisseaux étrusques d^couvpf ts à phii^sj. Bag. 82.»
No Q78 i. Style des vases étrusques de Çhiusj. Pag. 83.»
N" 6^0 f Système d'ornementation, analogue à celj^i des y§so3 iurrhéry)'
QfSsyHenSy trouvés dans TArchipel et en Italie. Pag. 83.»
N<> 683 f Un y^se trouvé à Santorin précepte ^u§si sur s^ p^se îjne f ^ngf^
(|e grues. P. 84.»
N® 689 « Dans }'île de Java, on trouve des vases qui pflfropt compoie pplt^i-pi
4eu^ goulots tabulaires inclinés eu sens opposé, iBt reljég par x\iç^q ^n^P*
Pag. 85. »
N® 703 « Provenance Quilca, Pérou.»
€ On trouve fréquemment (}ans la Qaule des vases de terre a^ez gfqssiè]?e,
qui ressemblent pour la forme, à celui qui vient d*étre déçr^j;. Pag. 88.îç
N^ 710 « Un vase trouvé à Milo et conservé au musée céraiïfffjps ^p Sèyrp^
ressemble beaucoup, sauf la couleur, à celui-ci. Pag. 89.»
N** 719 « Style des vases de Chiusi. Pag. 91.»
N® 870 « Ce vase pourrait être facileipent confondu avec ceux quQ l'on
trouve à Corneto et dans quelques autres localités au jjprd de Rfitffg.
Pag. 111.»
N°« 873 et 874 < Ces vases ont un aspect tellement cla§sjgup ÇUg }*ftP
pourrait les croire trouvés dans une des îles de TArcbipel grep, §i rpïj n'éÇjjt
pas instruit de leur origine américaine. Pag. 112*.»
D'après les dessins de M. Waldeck, dans son pijvrage à travers le You-
catan, jl nous donne une figure, reproduite dap3 le§ c[uatre nic})s§ jlg Ja
façade méridionale de la maison des Nonnes, à Uxmal. M. StepUen^ ^ans
son Yoitcaian, et Catherwood dans ses Vues de^ moniimen^ qnciens de
V Amérique centrale, ne laissent subsister aucun dpute sur Texistence de
cette « petite figure accroupie >,
A|. d'Eichthal ne fait non-seulement Ressortir )a ressemblance de c^tte
figure avec les autres représentations de Bouddha, mais il donne les dessins
de Bouddha à Java, lesquels se rapprochent de celui gue M. Wa\dpck a yul-
' Tous ces vases font parti dn fond péruvien du p^evant musée aufténçain dii i'^HYd i^iji f #^
donné, à de très-rares exceptions près, par M. L. Angrand.
— 44 ~
garisé. La pose du bras droit, la pose des jambes, la coiffure, tout coïncide
d'une iaçon frappante. Tel'peuple, tels dieux.
M. H. Husson, le savant auteur d'un article très-remarquable sur les
mythes de l'Asie, a fait ressortir avec toute l'autorité d'une grande érudition,
les ressemblances qui existent entre la légende du dieu Bes chez les Egyp-
tiens et le QuETZALCOHUATL des peuples Mexicains ^ .
VIII. — Ressemblanees de certaines eonUiines des Égyptiens,
et des Qqnlehnas.
Résumons en dernier lieu les preuves à l'appui de l'origine asiatique des
Américains, produites par l'éminent érudit M. de Castelnau. En les compa-
rant aux Thébains, il dit : Les cheveux sont coupés de la môme manière, les
armes sont les mêmes, les flèches se composent de roseaux et sont terminées
soit par une pointe de bois dur, soit par un silex. Les couteaux sont formés
de part et d'autre de cette dernière matière. Le costume est semblable et se
compose de la robe flottante, que l'on portait à Thèbes et dans l'empire des
Incas. On la retrouve encore chez les indiens de Moxos, et de la Pampa del
Sacramento (la Tipoï).
Leurs instruments de musique étaient les mêmes : la harpe, la double
flûte et la guitare. Nous avons trouvé ce dernier instrument chez les sauvages
Guatos. La manière assez curieuse de tenir l'arc avec la jambe était absolu-
ment semblable. Les peuples de l'antiquité portaient au poignet des bracelets
semblables à ceux des Curacas, et également destinés à amortir le coup qui
résulte souvent du jet de la corde de l'arc. Sur la tombe de Ramsès HI, à
Thèbes, il y a des figures d'embarcations dont les voiles sont exactement
suspendues comme celles des bâtiments sur le lac de Titicaca.
La principale des divinités égyptiennes, Amoun-Ba, est toujours repré-
sentée avec le casque royal sur la tête, et cette coiffure est surmontée de
deux longues et brillantes plumes, disposées en tout comme celle des Incas *.
Nous pourrions multiplier les citations d'auteurs anciens, qui ont émis des
théories conformes à la nôtre. Mais, pensant, qu'ils sont connus de tous
ceux qui s'occupent de Thistoire de l'homme, nous avons préféré nous ap-
puyer sur des autorités plus modernes. Ces érudits se sont prévalus, d'un
côté sur les travaux de leurs prédécesseurs, et de l'autre côté sur des décou-
vertes récentes, qui donnent à ces ouvrages une valeur incontestable.
'X. — Conelnslons sur l'origine asiatique des Amérlealns. — Importance de
eetie origine ponr notre thèse.
M. de Castelnau croit que les Américains appartiennent à la race rouge,
* HuMON, Mythes et monuments comparfs, — le Dieu Bes, la Déesse Aihor et leurs siimlaires ;
voir Betme de l'architecture et des travaujf publics, Tom. XXV, 1867.
" Ibid. p. 253.
— 45 —
dont les Pelasges, les Thraces, les Phéniciens, les Carthaginois, les Egyp-
tiens, etc., semblent avoir fait partie.
Le grand cataclysme» dit-il, qui a fait disparaître FAtlantide, a isolé les
Américains avant que les races blanches eussent commencé à prévaloir
sur les rouges . De là, les analogies entre les peuples de TAmérique, leurs
usages, leur religion, leur architecture, et les races rouges de l'ancien con-
tinent.
En Amérique, aucune trace n'indique un mélange quelconque avec la race
blanche, qui n*a pénétré dans l'hémisphère occidental qu'accidentellement,
et en petit nombre (si toutefois elle y a pénétré) — après l'isolement par le
déluge du Coxcox.
Les grands événements, relatés par les auteur^ anciens, et par J'ancien
testament, ont laissé évidemment des traces profondes dans les souvenirs des
Américains, mais on n'y trouve rien des époques qui ont précédé (1500 ans)
et suivi immédiatement la naissance de Jésus-Christ.
En résumé, nous pouvons affirmer, que ce qui du temps de M. deHumboldt
était une simple conjecture, devient certitude dans l'état actuel de la science.
Tant il est vrai que M. de Humboldt était, pour ainsi dire, doué d'une seconde
vue.
Nous nous réservons pour un travail spécial, de rechercher les origines des
habitants de chaque grande région américaine ; dans le présent travail nous
constatons seulement :
1* Que l'Amérique n'a jamais été pendant une longue série de siècles pri-
vée de communications avec le vieux monde ;
2^ Que les habitants de l'Amérique descendent directement des races
asiatiques, Indienne, Indo-Chinoise et Mongole ;
3«> Que, issus du même tronc que les peuples de l'ancien continent, l'ori-
gine des Américains ne saurait servir d'excuse à la demi-civilisation qu'ils
n'ont pu franchir *.
^ Nous aurons soin dans le conrant de notre travail d'indiquer certaines réminiscences asia-
tiques, qui nous ont particulièrement frappé.
CHAPITRE III
(Lu plat^^Q d^ Gqzcp.
I . — 011 développ^ent naturel des 3 grandes époques royales : ^
r Lès Pirhuas,''roi8 pontifes ;
ft Les Afnaij^s, ponfifes-rois ;
3* Les Incas, fils du soleil^ délégués pour gouverner le genre humain.
II. — La chronologie des 12 règnes Incasiques*
III. — L'origine Incasique dans la personne légendaire de Manco-Capac. — Histoire desincas depuis
£^nc|ii*Boca,^Inca, juisqu'à Hua J^a*(!apt6^ f Sf èl dernier Inc» «Ktot l'înv^sioB fipagiiole.
jy. — Gonm^ppl expliquer \^ Îb\^ q^e qfie)suGfl §yeiiti^n^09PftgI!'O^,^tiya ofSjtH^^iiMir )« pl^u(e
^u très-puissant empire des Incas.
I. — Dn déYeloppenevI naCnrel des Crpis «nuides éf»qq|iM rojralM t
i<> Celle des Plriiiiss, rois Pontifes.
fto Celle des Jimaatas, pomiltês-rols.
$P Celle des lacss, flls dn Soleil, délègnés pnnr goévemer le genre
humain.
Lj^ ¥^nt^))l^ juiti^teur de tqute ciTiU§(atipa, c^ui qui fondci réeUeaoïit un
pouvoir nouveau, est rhomme qui, surgissant d^nn miliçu troublé, ae trou-
vant en face des germes et des éléments constitutifs de toute société, s'em-
pare du fait, et s'en sert comme d'une force. Dne s'agit pas pour lui de créer,
mais seulement de mettre en œuvre ce qui existe ^ T^tat plus ou moiqs
latent. — Il c^do à l'instinct du progrès, et trouve naturellemwt la forme de
gouvernement la plus pratique et la plus en harmonie avec le milieu où il a
pris naissance.
Ge n'est point l'effet d'un système préconçu, mais l'œuvre d'une volonté
puissante pour le bien, et çjui sait organiser le hasard. Dès lors, si un
gouvernement, issu d'un pareil ensemble de faits, arrive à subsister pendant
un laps de temps assez prolongé, sa marche progressive le conduit fatale-
ment, à un moment donné, en présence d'un écueil où il doit périr ou se
transformer.
De deux choses l'une : ou il est assez fort pour rester le maître absolu, et
— 47 —
alors la âooiëté s*engoardit et perd sa vitalité, ou les aspirations, que lai-
môme â inoculées aux masses, cherchent leur voie en face des résistances
d'en haut. La fermentation fait déborder les éléments séculaires de trouble.
La circulation normale s'arrête, et cet état morbide est suivi de bien près, de
la dissolution du corps social.
tîë deftilèr caâ est le plus ff^ëqiient; et dans l'histoire de chaque région du
gltAe, noua ai^âlstonà à dëà changements forcés de gouvernement. Change-
ments qui se produisent, dès que les gouvernements ne sont plus l'expres-
siôîi entière de refi^eitiilte dès idées, dëà cdnviètiôiïà et des aé|)irdtiolis du
pây*.
Le Perdu est pour faoïi^ ûti ëieliiple [frappant de là Justesse dès oi)séf vâ-
tions *[ttl prëfcèaent; il nous offre âvàilt.rinti'oduction de réléiiieiit êàpagnblf
âand l'ëléméflt qe[Wchtiâ, th)is grande* époqttèô royales, âudcessitea, ^ùi î?è Aeh-
sfnèlit àusM hettemeUt 4ue lé pehnettènt lés brouillards du passé, dé Toublt
et de la poésie.
Nous àvôfts t^buië dàtii tiri|ftanuScrit que Tautétii^ à bien totlltt ifôtf^
comtattniqùer, itri pôWage, qttl te r «apporté eiacteme«t à ilotfèf sltjèt, et qtiè' .
rtoiié noxïÈ tiermettôlis de reproWuîrë*.
« A dëftilt de docurtents écrits,» dit liotf^ atttèruf ; lëfe inéûïbiià HcMÎitè^
sur place, ûëileÉ pt^mlér* jours flë la conqiiôtë, par des hoittniës ételàlï^* è<
dignes dé Ibl "; soni lës sétfls ëlënlènt* dèf iohTfcè Indfgètiëj q(til ndus ftiàrfèrit
connaître les commencements de la civilisation de Tahclëil Përdti;
» L'historien ne peut s'appuyer sur aucun document bieji pi^ëcfrf/lofsQtfil
traite de ces époques indéteirmîhées, msôÈ certainement fcfrt flfidenAês. A
peine cannafssons-nous de noms ces peiÉpled primitifs, qui n'drit latssë pottf
trace de leur existence que les ruines imposantes de Jeurs temples étdè'tètif^
sépultures anonymes.
» Cependant, croyant à l'efficacité historique des moyens d'investi gattoir^
tirés de l'étude des monuments, même à défaut de renseignements dirëk^
pour reconstruire le passé politique des nations; nous ne nous sentirons plus
aussi dépourvus de tout jalon conducteur dans nos recherches, et notw
reconnaîtrons tout d'abord, que l'histoire primitive du Pérou, peut être divi-
sée en trois grandes époques distinctes et bien caractérisées.
» La première dynastie, désignée généralement sous le nom de Pirhua^
* ■ • -
représente l'âge héroïque du Pérou, âge de formation et de lutte, enveloppé
pour nous de toutes les obscurités de la légende. Cet âge est suivi d'une
période moins troublée, plus stationnaire, et présentant le caractère d'une
vie plus réglée ; époque d'apaisement, où le pouvoir, tombé aux mains des
Amdutàs ou Prophètes y prend un caractère essentiellement sacerdotal.
* Deseriftion d$s ruines de Tiahuanaeo dans le Maut-Pérou on Bolivie.
lilontâlinos; Balboa, Ciéca de Léon, Zarate, Melendet, Galancha, etc.
— 48 —
» Une ère de décadence et de confusion, sépare cette deuxième époque de
la dernière, connue sous le nom de renaissance Incasique, époque de re-
constitution sociale et de développement matériel déterminé par l'action
d'un législateur absolu d'origine étrangère. »
Le glaive est, quoi qu'en dise Tidéologie doctrinaire du siècle, l'instrument
par excellence pour jeter le fondement de cet édifice merveilleux, de cette
unité si complexe, qu'on nomme I'état.
Mais presque toujours, pour ajouter le code détaillé aux lois fondamen-
tales, écrites avec le sang du vaincu, une époque de gloire civile, suit la pé-
riode de gloire militaire. On a vaincu, ayant conflancedans sa force. Mais
avec l'apothéose de ceux qui ont accompli l'œuvre imposante, commence
une époque nouvelle, dans laquelle, au lieu d'imiter les aïeux, on les adore ;
pour les adorer il faut des temples, pour bâtir les temples il faut des bras .
Pas de culte sans prêtres, ni sans adorateurs. Ici commence le rôle inconnu
jusqu*alors des masses : elles croient et se prosternent. Un ordre d*idées
nouveau domine les esprits, et trace une ligne de conduite^ qui s'écarte à
jamais de la voie parcourue. On ne croit plus à son bras, à sa force; on
croit à l'invisible, à ceux qui ne sont plus, à ce qui n'est pas encore. Le
courage primesautier, ce torrent que n'arrête aucune digue, est dompté par
la crainte vague, par un respect si profond, que bientôt il se transforme en
épouvante superstitieuse.
On ne dit plus : je veux, sans se demander, ai-je droit de vouloir. On hé-
site, on ne marche plus, on ne porte plus le front haut, mais on demande à
genoux, au ciel, ce qu'on conquérait jadis, avec la rapidité de l'homme, qui
ne doute de rien.
La seconde époque, celle des Amautas, répond en effet à notre déduction^
Les rois Pirhuas avaient conquis par la force, ils avaient créé le prêtre, pour
légitimer leur œuvre. Mais bientôt ils s'étaient endormis sur leurs victoires ;
Le prêtre, qui tout d'abord, rie fut que l'instrument de l'envahisseur, deve-
nait bientôt l'artisan d'une époque nouvelle. -^ La prépondérance sacerdo-
tale s'accentue.
S'établissant sur les ruines des premières dynasties Pirhuas, son pouvoir
purement théocratique, stationnaire par excellence, proclame l'observance
minutieuse d'une tradition sacrée, et arrête le progrès dans un cercle bril-
lant tout d'abord, mais stérile.
La vie publique s'absorbe dans des mouvements calculés d'avance, or-
donnés par une loi, qui exclut toute spontanéité. Bientôt, au milieu de cette
existence sociale, devenue presque monastique, les liens de la vie publique
se relâchent, et l'œuvre des premiers civilisateurs, tombe en désuétude.
Bientôt, à la place du grand corps social, fondé par l'initiative des conqué-
rants, il ne se trouve plus que des parties détachées du grand tout. Et ces
— 49 —
parties ne tardent pas à tomber dans un état social négatif, voisin de la
barbarie.
Ce fait, si contraire au premier abord, aux idées absolues de morale poli-
tique, repose sur Taxiome fondamental du système théocratique, qui se ré-
sumait en deux mots : Diviser pour régner. A force d'empêcher Tassocia-
tion, pour n'avoir plus à faire qu'à l'individu, la nation fut morcelée, et ne
présenta désormais qu'une multitude désagrégée.
Le pays faisait place à la province ; la province s'effaçait devant le village,
la moindre petite commune, et son élément premier : la famille. La civilisa-
tion rétrogradait à pas de géant vers son origine . Le faisceau était dénoué.
Les peuples, affaiblis par le fractionnement et l'abus d'une indépendance sans
but pratique, n'étaient plus qu'une proie, facile à saisir, par le premier am-
bitieux, qui, se sentant la force de vouloir, pouvait prétendre créer une puis-
sance nouvelle .
€ Il est assez difficile, dit notre auteur, d'apprécier aujourd'hui bien exac-
tement, ce que peut avoir été le travail de dissolution, qui se manifesta
graduellement, et sans commotion violente, au sein du Gouvernement théo-
cratique des Amautas. L'ordre de choses, que ce régime représentait, s'étei-
gnit et s'affaissa sur lui-môme, bien plus qu'il ne succomba .sous l'effort de
causes extérieures ; mais' rien ne peut donner la mesure exacte de la durée
certainement considérable, de cette phase de dissolution politique et intel-
lectuelle, qui précéda la restaurati(în du pouvoir royal au profit de la race
Qquichua. Ce peuple diffère, par son origine, aussi bien que par les formes
de sa civilisation, des races qui avaient dominé jusque4à sur les plateaux du
Pérou.
€ Depuis de longues années (des siècles peut-être) confiné dans les hautes
vallées de la chaîne occidentale des Andes, il n'avait pris aucune part au
mouvement général, pendant le temps qu'avait duré l'agonie de la puissance
des Amautas. Il avait donc pu conserver intactes jses mœurs et ses croyances
tFaditionnelles, et ne sortit de ses retraites inaccessibles, qu'au moment, où,
•ne devant plus trouver devant lui de résistance possible, il put descendre pai-
siblement dans ces plaines, dont il avait convoité de tout temps la posses-
sion. »
Aussi l'invasion Qquichua dans les régions où elle devait fonder un Empire
guerrier et conquérant, fut-elle tout d'abord le fait d'une colonisation paci-
fique, plutôt que Tœuvre delà conquête. Ce qui parait certain, c'est que
l'anéantissement, en quelque sorte spontané, de l'empire des Pirhuas, tombé
aux mains des Amautas, fut complet, et que l'état de barbarie qui »'en suivit,
s'empara profondément des populations. Elles avaient même pefrdu la mé"
moire de cette civilisation, dont il ne resta bientôt plus parmi elles que les
traces matérielles et muettes, les monuments.
La désolation était complète, les populations décimées par la misère, re-
7
^_ 50 —
totrmaient à grands pas vers l'état sauvage, et la terre abandonnée à elle-
même, dans ces régions, où la vie est toujours sévère, reprenait ses droits
de marâtre.
C'est alors que Manco-Capac surgit de ce milieu humain. Le premier Inca
se montra donc aux tribus errantes et misérables, comme un bienfaiteur, en-
voyé du ciel, et faisant appel aux instincts naturels de Thomme, les seuls qui
fussent encore susceptibles de vibrer chez ces êtres dégradés. Il les groupa
ftHtotir de lui, et les retint par Tattrait inhérent à la satisfaction des besoins
matériels .
Dès lors fut fondé cet ordre de cliose étrange, d'où sortit le royaume d»
€<iKco; et c'est ainsi que l'œuvre du fondateur de la nouvelle dynastie Péru-
vtenne, ftit en réalité le résultat d'un Tait isolé et nécessaire. Cependant,
AiMe btearrel ce fait était purement individuel, sans attaches tangibles, si
lointaines qu'elles fussent, avec le passé, et sans autre avenir que celui où
te poussait «ne volonté absolue et sans contrôle.
C'était une reconstruction de l'édifice social par le nombre ; la restaura-
tion matérielle d'un foyer d'action humaine, bien plus, que la régénération
^rvaiment civilisatrice d'une nation.
Aussi la conquête fut- elle dorénavant la loi, l'agrandissement matériel de
l*Btat la manifestation constante, la tranquillité à l'intérieur. Tordre à tout
prix et par Ums les mou^^y le seul but de cette puissance.
Tel était le »Péroa au moment, où l'iirvasion européenne est venue inter-
rompre le cours normal des événements. — Mais on peut affirmer sans
crainte d'être démenti, que dès lors la forme de son gouvernement était dé-
finitivement fixée»; et nous démontrerons plus loin que ce régime ne pou-
vait plus marcher dans une autre voie, que celle qui lui avait été imposée
par le fait même de son origine.
L'empire des Incas devait donc, tout en continuant à étendre sa puissance,
en vertu de cette loi d'expansion, commune à toutes les races encore jeunes,
rester, comme organisation intérieure, ce qu'il était dès le premier joui»,
avec ses principes arrêtés et toutes leurs conséquences ;
Ou bien, il devait périr un jour à l'improviste, sans plus de causes appa-
rentes qu'il n'en avait fall u pour amener son épanouissement, par la seute
désagrégation toujours imminente, des éléments hétérogènes, dont il s'était
composé, sans pouvoir leur donner une véritable unité, en se les assimilant
pour les relier entre eux.
Ainsi, tel nous voyons le Pérou des Incas à l'arrivée des Espagnols, tel
nous savons qu'ileût été Jusqu'au jour, où abandonné à lui-même, il auraU
fatalement cessé d'exister comme société, quelle que fût d'ailleurs la cause
déterminante de sa disparition, à titre d'Etat indépendant.
C'est pour cela que nous avons choisi comme point de départ de notre
argumentation, cette partie de l'histoire Américaine, dont le caractère nous
— 51 —
offrait un type entier et vraiment original d'organisation unitaire et absolue,
dans un milieu déjà parvenu à un degré de civilisation relativement trèer-
avancé.
L'époque incasique est donc la seule dont nous ayons à nous occuper dans
cette étude, et nous sommes lîeureux d'avoir pu trouver cet exemple d*une
société ancienne, et certainement exempte de toute attache avec nos civili-
sations modernes, qui nous offre indépendamment de toute idée préconçue, xtn
argument aus^ concluant en faveur de la thèse que nous voulons soutenir.
Du reste, personne avant M. Lopez, le savant auteur de l'ouvrage intitulé :
« Les races Arymnes au Pérou, > n'avait mieux compris, au point de vue
philosophique, l'enseignement qui ressort de l'histoire des dynasties Péru-
viennes. Il est le premier, qui ait compris la succession probable de ces pou-
voirs, qui ont donné naissance à la civilisation incasique. Il a selon nous,
très-habilement interprété, sinon reconstitué, l'histoire politique des pre-
miers âges du Pérou. Il ressort de Fensemble lucide de son raisonnement,
que tout pouvoir, quelque fort, quelque bien établi qu'il soit, prononce sa
déchéance dès qu'il n'est pas progressif, même dans son despotisme. Voilà
ce que nous avons tâché de démontrer au commencement de ce chapitrer,
voilà la cause des révolutions, ou du moins la conséquence du développe-
ment social, aux prises avec l'idée de majesté station:«aire. La force ré-
gnante, qui se repose parce qu'elle est incontestée, s*endort et s'engourdît,
laissant les masses jusque-là soamwes, suivre )e»îr marche et prendre les
devants. L'agitation, sourde d'abord, la lutte entre le maître et le vassa), de-
vient inévitable.
Les barres de fer d'une prison servent à tuer les geôKen^, mais malheu •
reusement les vainqueurs sont toujours des tyrans, que ce soient le» anciens
maîtres qui gardent le pouvoir, ou les esclaves affranchis qui s'en emparent.
Pour peindre cet état de choses par une iigure, tirée des faits matériels, c'est
alors que la digue, vaincue par le flot, devient un écueil poar les pilotes à vemr.
U. — Chronologie des doaze règnes inrasiqaes.
Tr,veC toi xpéa imkVi xapësoexat àv6p(6iceix. ,
Plutarqus. Vie de Déatottkème, 6ha^ xo.
Appuyons notre raisonnement par des faits historiques, c'est-à-dire par le
résumé succinct du règne des douze souverains de race incasique anté-
rieures à l'arrivée des Européens.
Montésinos, Garcilaso, Balboa, OHva et tant d'autres, qui ont rapporté les
listes d'Incas, ne sont point d'accord, ni sur le nombre, ni sur les noms de
ces princes. Qu'on ne s'étonne pourtant pas de trouver dans Montésinos,
plus de cent noms de rois, en commençant par Manco-Capac. — Capac n'est
— 52 —
qu'un titre ; quant à Manco, nous y voyons la première racine indienne Man^
Mann *, qui veut dire homme. Sa sœur et femme Mama-Oello, nous pré-
sente les deux syllabes^ qui, bégayées par la race primitive, comme par l'en-
fant de toutes les nations, exprime Tidée première de € mère ». — Manco-
Capac est donc plutôt le représentant du genre humain, et sa manifestation
spontanée : la volonté et l'action ; il est plutôt TAdam, le Prométhée de l'Amé-
rique méridionale, qu'un Inca proprement dit. La légende Ta placé instincti-
vement au commencement des deux grandes époques, gravées dans la mé-
moire du peuple, par la fécondité des résultats de leur civilisation. Le Manco-
Capac de Montésinos est donc le premier chef Pirhua, celui des autres his-
toriens le premier Inca.
Balboa nous donne pour la durée des règnes des Incas un tableau chrono-
logique de son invention.
Le seul contrôle sérieux, qui aurait pu nous mettre au courant des dates,
les Quipos *, avaient été détruits; dès l'arrivée des Espagnols, par les Es-
pagnols mômes. Nous verrons que l'écriture figurative, que ces peuples
avaient rapportée de l'Asie, ayant été négligée, et plus tard supprimée, abo-
lie par les Incas, les Quipos, de petites cordes, avec des nœuds et des ra-
mifications, étaient le seul moyen de transmettre les faits et de tenir la
comptabilité de l'empire '.
Garcilaso nous parait sous tous les rapports le plus digne de confiance
surtout lorsqu'il s'agit de la succession incasique, c'est-à-dire de l'histoire
de sa race, de sa famille.
Un descendant d'aïeux tellement illustres, un homme d'un caractère che--
valeresque, un brave qui s'est fait tuer en défendant la foi qu'il a embrassée
^ Mani, croire* manco, croyance, apôtre, prêtre.
* Voir M. Ferdinand I)bni8, Magasin pittoresque^ t. XXV, page 238-240, Paris, 1857.
Garcilaso, Commentarios realeSt liv. VI, Ghap. 6, pag. 179, Cbap. 7, pag. 180, Chap. 8,pag. 181.
RiTEBO ET TscHUDi, AtUiguedodes Peruanas, Vienne, 18S1, Chap. 5, pag. 103 et suivantes.
AcosTA, Histora natural y moral de las Indias. Madrid, 1792. T. II, lib. VI, Cap. 8, pag. 117;
Cap. 13, pag. 116.
Les Quipos semblent n'être aussi qu'un souvenir asiatique. Chez la race Sémitique on trouve
une chose sinon analogue, au moins basée sur une donnée première semblable, quoique d'une portée
moindre. Aux deux extrémités du manteau, dont les Juifs se couvrent, dès qu Us prient Dieu
(Thalet),se trouvent des cordelettes, avec nœuds et ramifications, d'une valeur symbolique (tsitsaus)
Les Coconucos et les Chibchas se servaient déjà avant la conquête, et se servent encore aujour-
d'hui, des Quipos.
MosQUBRA (Memoria de la Nva Granada) dit que rien n'indique que ces peuplades eussent reçu
les quipos des Péruviens.
BoLLAERT (Antiquities^ Etknological JResearehfs, P. 5 note 3), pense que les Chibchas n'ont
connu les Quipos qu'après la conquête de Quito par les Péruviens, sous Huayna Capac. Il prétend
que la dynastie des Scyris, ou rois de Quito, qui a succédé ù la domination des Chibcas, immé-
diatement avant la conquête par les Péruviens, ne connaissaient pas les Quipos.
HuMBOLDT dit que les Mexicains se servaient de Quipos avant l'introduction des peintres hiéro-
glyphiques. Ce changement aurait eu lieu vers Tan 648 de J.-C, époque à laquelle les toltèques
seraient arrivés du Nord. (94 ans après la chute de la dynastie des Tsin (554 après J.-C.),qui occa-
sionna de grands bouleversements en Chiwj où les Quipos étaient en usage depuis l'antiquité la
plus reculée.
Prsscott doute (?) que les Mexicains aient fait usage de Quipos.
— 53 —
ne saurait, ce nous semble, fausser l'histoire. Nous avons donc tout lieu de
croire qu'il fut convaincu et de bonne foi en composant son grand ouvrage.
S'il a été incomplet en certains endroits, il Ta- été sans intention préconçue ;
car l'exactitude géographique de ses récits, exactitude constatée aujour-
d'hui, doit nous faire conclure en faveur de sa sincérité de rapporteur. Don-
nons, néanmoins, d'après M. Desjardins ', les listes royales des trois auteurs
en y {Coûtant celle du père Oliva, peu connue, mais fort utile à consulter. *
Selon Balboa.
MANCO-CAPAC 1006
SINCHI-ROCA. 1082
LLOQUI-YUPANQUI 1161
MA.TTA-CAPAC 1226
CAPAC-YUPANQUI 1306
INCA-RUCA 1356
TAGUAR-HUACAC 1386
VIRACOCHA 1438
mCA-YUPANQUI 14-71
• TOPA-INCA-PACHACUTI . . 1493
GUATNA-CAPAC 1525
Selon Garcilaso.
MANCO-CAPAC.
SINCHI-ROCA.
LLOQUI-YUPANQUI.
MAYTA-CAPAC.
CAPAC-YUPANQUI.
ROCA.
YAHUAR-HUACAC.
VIRACOCHA.
PACHACUTEC.
YUPANQUI.
TUPAC-INCA-YUPANQÛI.
HUAYNA-CAPAC.
HUASCAR ET ATAHUALPA.
HUASCAR KT ATAHUALPA.
Selon Montésinos.
ROCA.
HOLLOQUE YUPANQUI.
MAYTA CAPAC.
CAPAC-YUPANQUI.
SINCHI-ROCA.
YAHUAR-HUACAC.
HUIRACOCHA.
TOPA-YUPANQUI.
HUAYNA CAPAC.
HUASCAR ET ATAHUALPA.
Selon Oliva.
BIANCO-CAPAC.
SINCHI-ROCA.
YUPANQUI.
MAYTA-CAPAC.
CAPAC-YUPANQUI.
QUISPI-YUPANQUI.
YAHUAR-HUACAC.
TOPA INCA-VIRAGOCHa..
PACHACUTI (peut-être un autre
surnom de Yiracocha).
TOPA-mCA-YUPANQUI.
GUAYNA-CAPAC.
VASCAR ET ATAU-VALPA.
* Desjardins, p. 47.
' L'orthographe des mêmes noms présente de l^res différences, suivant les autturs; mais
cette irrégularité est sans importance, vu qu^elle provient seulement de Papplication arbitraire des
lettres de l'alphabet européen aux sons de la langue Qquichua.
— 54 ~
tolve 4» Immm 4q^is 8laeki R4>«i, 4e«:»ièBie In^a, Jwi%«'i^ JUaiiyiip» Cap«r,
— d^ozlèoie et derale* Inea aviuH rinvavloA «siiagnole.
MANCO-CAPAC *.
Balboa ' croit que la famille des Incas est sortie d'une autre race
ou Dation, que les populations du Cuzco ; selon lui, Manco-Capac, origi-
naire da Haut-Pérou, aurait commencé à fonder Tempire à Matagua, où il est
sensé avoir résidé pendant vingl ans, avant de s'emparer du Cuzco. Cette fon-
dation ' remonterait k 949. L'usurpation du pouvoir se fit paisiblement.
Manco, ses trois frères et ses quatre sœurs, se montrant subitement et dans
utt accoutrement fort brillant aux populations indigènes, rassemblées, pour
tenir une espèce de marché à cinq lieues du Cuzco, déclarèrent qu'Us
étaient descendus du ciel, d'où leur père, le soleil, les avait envoyés pour
apporter le bonheur aux hommes. Ds avaient été vus tout d'abord à Pagari
Tambo [Maison du matin) ou à Tambo-Toco (fenêtre de. la maisoi^ *.
Cette assertion paraît singulièrement appuyée par la remarque d'A-
costa '\ qui prétend que Manco-Capac ait appartenu à une tribu, nommée
TAUBOf^, la plus ancieime de celles qu'avaient fondées les hommes échappés
au déluge dans la grotte de Pacaritambo ,
Ceffe race des Incas est divisée elle-même en Hanan-cuzco, ' et en UWfi-
cuzco '. Inca Hoca appartient à la première de ces deux branches ou
castes, celle de Hanan-cuzco. 11 devint le chef et le fondateur de la dynastie
souveraine des Incas •.
Garcia •, rapportant la môme légende, voit dans Pacari-Tambo un nom
générique qui veut dire maison de production.
Oliva *• rapporte une version assez digne de foi sur l'origine de. Manco-*
' Garcilaso, I.k>c eit, lib. I, Chap. fS «t suivants, pag. 4-17-22, passim.
• Balboa. Hist, del P^t-u, trad. deTern. Comp. Chap., 1, pag. 12.
' Le Cuzco fignifie nombril; le mot Carthage avait un sens sen^blable.
Nous reirottvons cette mdme idée chez It plupart des nations. L'homme est ainsi fait, d'itrt
toujours au centre de Thorizon, qui s'étend autour de lui. L'horizon se déplace à meeme qu'il
marche.
^ Lot. cit.f pag. 11.
^ Balboa. Ch. % pag. 19, Ck. 2, pag. 144.
^ Acosta, Historia nat. de las Indias,, Madrid 1792. Tom L Lib I, Cap. 25, pag. 74.
^ Garcilaso, Lib. I. Chap. 16, pag. 19 et suivantes, dit que le Cuzco était fondé sur la col-
line de Huana-cauti. Comparer le nom de la race tirée probablement du pays où ils régnaient.
Hamn vettt dir» haut — Hurin f ignifie bas.
** AcosTA, loc. cU., TomI, Lib. I, C. 23, pag. 74, Tom II, Lib. VI, C 20, pag. 129.
• Ori^en de las Indias, Lib. V, Cap. 7 et 8.
'* HuUu^ du P€ro», par le ^. Auello (Miva de 1093, tfadott par Temaux Compaai, p«g. SS et
'uivauiétf
— 55 —
Capac. Le doctetir Bartfaélemj-Ceryantes Tarait éeriie d'après les récHa et
Catari, Quipo-camapu des derniers Incas .
Hanco, diaprés ce récit, aurait été âls de Atan S fils de Gtianajai et de
Cignar, roi d'tme petite île sur les côtes de la Colombie. Ce dernier, ayant ap-
pris par Thome, fils fugitif de Quitumbe, cacique de Quito, que la terre
ferme n'était guère loin, et qu'elle était vaste et fleurie, engagea sur le lit -de
mort son fils Manco d'y conduire sa tribu, à peine nourrie par le soi peu
productif de la petite île .
Ce Manco était, selon le Quipocamayu, un homme prédestiné à un grand
avenir *. Au moment, où sa mère fut saisie des premières douleurs, il
éclata une tempête effroyable, qui ne cessa que lorsqu'il eut vu la lumière.
Un aigle plana au-dessus de sa tète, etc.
Montésinos ^ dit simplement que Manco-Capac succéda à son père Firhua-
Manco *, Les quatre nations, qui le reconnaissaient pour souverain, lui
prêtèrent serment. Son pouvoir et l'éclat de sa nomination, inspirèrent delà
jalousie aux peuples voisins qui commencèrent à rechercher quels étaient la
véritable origine et les titres de Manco-Gapac. — On envoie cependant '^ une
ambassade au maître du'Cuzco, laquelle doit négocier les bases d'une allianice
soli(le. Le mot d'ordre devient alors : nube 'nec gbaâio. MftncQ->Gapac |urasi4
pour femmes et « racines des rejetons de sa postérité » toutes les filles des
chefs voisins. Ce moyen civilisateur et colonisateur, par la reproduction de
Tespèce rappelle le rapt des Sabines, mais d'une façon moins brutale. On y
mettait les formes et on n'eut qu'à se louer de cet échange de bons procédés.
Manco-Capac déclara qu'il était le protecteur -du faible contre le fort • et
comme il y a toujours plus de faibles que de forts, il était adoré par la masse
du peuple, qui, peut-être, le surnomma « Capac », c'est-à-flh^ : grand, le
grand. Selon Oliva, oh l'appela encore Huàccha-Cuyag, le bienibiteur -ôes
pauvres, et Intip-Churi \ fils du soleîl.
n
SINCHI ROC A •.
SiNCHi RocA, 2« înca^ fils aîné du précédent, adopta, selon Balboa, rfaisigtie
* Atau de At ou Hat, haut, et yau, maître.
* Cliva, pag. 34.
' MONTKSINOS, pag. 12.
^ Garcilaso aussi traite les fables que nous yenonf de citer avec un méprit très-mcrqaé, b« ▼(ta»
lant pas les admettre.
* LoPEZ, 258.
* Cliva, pag. 39.
' Plus correctement Intighuri.
^ Cliva, pag. 41, prétend que Sinchi-Roca fut tumommé Yupanqui.
Oarcilabo, Liy . I, Chap. 25, pag. tt et 39 ; Lir. II, Chap. 16, pag. 53 et 85.
— 56 —
de la dignité princière le masca-paycha S un bandeau à aigrette et le capac-
tmcu % le manteau royal. Il épousa sa sœur Mama-CXurâ. Les lois^ qui sous
son père n'avaient guère eu d'efficacité, furent, à partir de son règne, appli-
quées avec rigueur. Il fait recenser la population, et ayant constaté qu'il y
avait 2 millions d'hommes valides dans ses domaines ', il fait ouvrir des routes,
dessécher des marais, construire des ponts et un canal d'écoulement pour
le lac Titicaca. Le tribut est, à ces yeux, un dogme d'état, afin que chaque
individu se rappelle l'existence d'une loi suprême, personnifiée par l'autorité.
Il divise le pays en quatre provinces qui répondent aux quatre points cardi-
naux : l'orient Anti-Stiyu, l'occident Cunti-Suyu, le sud Colla^Suyii (le Chili,
non soumis à cette époque, quoiqu'en dise Oliva et d'autres), le nord Chin-
c7^-iSi^2/ze (Quito, ayant alors son autonomie complète). Montésinos se trompe
évidemment, en attribuant à SinchirBoca un caractère belliqueux, que ce
prince ne pouvait guère avoir, sans compromettre l'œuvre de son père au
lieu de l'affermir. Ce Numa Pompilius du Cuzco est de môme que celui de
Rome, la déduction logique, le complément nécessaire de son prédécesseur.
Il est plus probable que, frappé d'étonnement à l'aspect de ruines impo-
santes, dont il ne connaissait point les auteurs, Sinchi-Roca ait manifesté
l'intention de faire reconstruire les monuments de (Tia) guanaco (?).
m
LLOQQVÉ YUPAlNQUn
m
Lloqqué Tupanqui, 3" inca, était fils du précédent. — ZAoqqué signifie
gaucher, et Yupanqui est la seconde personne du futur du verbe raconter ;
proprement : tu raconteras (tes exploits). Ce surnom lui fut donné pour
perpétuer le souvenir de ses hauts faits .
n commença à rebâtir, ou selon d'autres, à embellir le Cuzco •. Puis il sou-
mit de nombreuses provinces parla force du par la ruse. L'esprit chevaleres-
que n'excluait donc pas la politique dans cet empire, dit primitif. Ce Tullus
Hostilius Yupanqui % après s'être rendu compte de ses forces par ce que nous
appelerions aujourd'hui volontiers, un recensement S réunit une armée de
6 à 7,000 hommes, et fit trois grandes campagnes.
Masca, signe, devise; Ppayelta* vêtement, ornement, (L. Angrand.)
Uncu, chemise courte en iMage chex les Indiens, (L. A.)
OuvA, pag. 41.
Garcilaso, Liv. II, Chup. V, pag. 55, Chtp. 18 et 20, pag. 66 à «0.
Dbsjardxns, pag. 51.
Oliva, pag. 44.
Le surnom du roi romain natu fait deviner lors même que nous ne connaîtrions point son his-
toire un caractère et un rôle «iMk>gtie à celui de Lloqqué.
* Garcilaso relate ce fait et on mt conduit i se demander si ce centus n'était pas périodique,
•n dehors des relevés mesifmels des naissances et des décès.
— 57 —
Le peuple vaincu ne devait pas seulement reconnaître la suprématie de
rinca, prouvée par le fait même, mais il devait voir en lui le fils du soleil.
A côté du caractère militaire de ces exploits, il faut donc ne pas mécon-
naître le caractère religieux et prosély tique *.
Ce prince fut mécontent de ne pas avoir d'héritier. Les Amautas * préten-
dent que le soleil, s'incarnant, lui apparut et lui promit un fils.
Il se maria avec Mama-Caura et en eut un fils Mayta-Capac.
Ce rejeton causa beaucoup de chagrins à ses parents, car en se divertis-
sant i\ blessa, si cruellement ses ievines amis, que les pères de ces derniers
en conçurent une haine violente contre llnca. Une conspiration sur la vie
de Mayta fut déjouée, et le roi, quoique fâché contre son fils, le chargea de la
campagne contre les Villcas, suite de cet incident '. Herrera * raconte qu'une
cruche, cassée par Mayta, fut le prétexte de la guerre, qui se termina par la
conquête du pays des Villcas.
Garcilaso ne mentionne pas cette guerre, et Montesinos la place à tort
sous le règne de Roca.
IV
MAYTA-CAPAC.
Mayta-Capac, 4* inca *, épousa Mamacuri-Yupai-Coya* ; mrfis ayant les
femmes en horreur, il n'eut probablement jamais de fils. Catari prétend que
CapaC'Yiipanqui son successeur a été son neveu. Oliva contredit à ce propos
Garcilaso avec une grande assurance. Selon les difiérents auteurs, ce prince
est tantôt un très-vaillant guerrier, tantôt un inca pacifique^ sage et fondateur
d'excellentes institutions. Garcilaso dit qu'il fut le premier qui fit construire
un pont de baljas, espèce de radeau formé de joncs rassemblés en faisceaux,
attachés les uns aux autres, de manière à former un plancher flottant. Ces
sortes de ponts sont toujours en usage au Pérou \ Oliva prétend que Mayta
le Mécène d'YLLA, qui avait imaginé les quipos, est l'inventeur du bouclier.
Il fit établir la grande chaussée de Contisuyo, la première qui fut construite
au Pérou •. Il y travailla lui-même pour donner l'exemple •. Le même auteur
^ Herrera, Calancha. et Gomara.
' Amauta, sage, prudent, réservé. En sanskrit, tuaiimat a le môme sens. £. D.
* Balboa, pag. 21 27.
* Decad, v. t. III. c. 8.
^ Garcilaso, lor. cit, Liv. III^ Chap. i, pag. 73 à 83.
^ Selon Oliva — selon Montesinos la femme de Mayta-Capac s'appela Mama-Taucariacha, (>elon
d'autres Mama-Caura.
^ Desjardiks, pag. 54.
* Cliva, pag. 45.
* Ne pourrait-on pas voir dans ce travail manuel du prince, un autre souvenir asiatique de la
race mongole ou tartare. Chez les Chinois cet usage a été conservé à travers les siècles, et il est fort
connu que l'empereur lui-mdme, en présence des grands de sa couroxui*, trace annuellemeni ua
siUon.
I
^^
— 58 —
rapporte aussi les exploits dô ce prince, qui réduisit les tribus indépendantes
d'Hatun-pacama et de Caqmarari à reconnaître sa suprématie. Mallama,
Caquicura et Gnariyia suivirent Texemple des autres tribus. Gafcilaso ra-
conte que Mayta soumit la province de Tyahuanaco et les contrées limitro-
phes du lac Titicaca. Il s'empara de plusieurs villes importantes, et s'avança
jusqu'à Arequipa. Balboa prétend, que ce prince s'occupa beaucoup des
sciences augurales. Catari n'indique, ni la durée de son l'ègne, ni le lieu de sa
mort. Selon Garcilaso il expira au Cuzco.
CAPAC-rUPANQUI K
•
Capac-Yupanqui, 5« inca, épousa, selon Balboa*, Curi-Illpay, jeune QUe 4u
Cu^GO. Garcilaso aâlrme au contraire, que leslncas épousaient toi^ours l^yr
sœur aînée. Il fut couronné avec une pompe extraordinaire, et,chose ^ssf^c
curieuse, il reçut des mains de ses parents, vassaux bien entendu, les insignes
de la royauté, ce qui rappelle des habitudes européennes, plutôt que des cou-
tumes incasiques. Aux insignes qu'avait inventé Sinchi Roca il faut ajouter ici
les ojotas 'ou sandales et le tupayauri^on sceptre. — Capac-Youpanqui inau-
gura son règne en donimnt de riches cadeaux à ses amis, et en réprimant
d'une main ferme les troubles, qui avaient menacé d'éclater lors de son avd-'
nement. Il fit même, selon Catari, jeter du haut d*un rocher un cacique de
Quito * qui avait désobéi à ses ordres •. Il rassembla une forte armée, et soumît
les Aymaras et les Qquichuas, la langue desquels fut adoptée par lea vaiUr
queurs, et imposée comme langue générale à toutes les tribus soumises aux
Incas. La pïovince de Paria jusqu'à Chffqiàsaca fut conquise par le roi lui
même, à la tête d'une armée, qui transporta les Indiens de la côte dans la
Cordillère, pour peupler l'intérieur de l'empire ^ Garcilaso dit qu'on donna à
ces colons le nom générique de MitMnars,
Catari prétend que Capac-Yupanqui succomba au poison, lors d'un vc^ag6
dans les provinces de Clumchos et de Mojos •.
Oliva donne i ce prince pour tils et pour successeur Quispi-Yupamqui * .
Garcilaso et les autres historiens domient à Roca le titre de 6« inca.
• Garcilaso, Liv. III, Cbap. X à XIX, pag. 84 à 97.
• Balboa, Chap. III, pag. 32.
' M. Angrand fait remarquer que le mot était uàjuta ou usuta corrompu par les Espagnols.
• Balboa, pag. 32, explique ce terme. Tupa ou tupac, royal, etajri^ hache. Tupajrfuri plutôt
qu« Topayauri voulait donc dire hache royale.
• Oliva, pag. 46.
• D'après la plupart des récits le Quito m'aurait <5té conquis que par Guayna-Captc !«• Inca,
et dès lors il faudrait voir dans ce cacique ou plutôt Ciiraca de Quito le chef de quelque tribu^
hahitint dans les régions du Nord du Pérou^ mais eucorç au Sud du royaume de Quito.
' Ûabgilaso, uhi supra.
• OLnrÂ, 4«.
• Ce Quisgi Yupauqui est u oo wrte de rarçiimWe^&iperJi. AyamtTwnvolté la fiancée à'AtaM-roca, wi
.»<
— 59 —
VI
INCA'ROCA *.
Înca-Roca, 6«- inca épousa Mama-Micay, visita, comme presque tous lès
încas son royaume, pour se rendre un compte exact des forces, dont il pouvait
disposer, puis il se mit en campagne. Anta-Huaylla habité par les Chancas,
adorateur^s des Ifons * fut soumis au sceptre de Flnca, et le fils de ce prince,
chargé d'une expédition dans VAnti-Suyii, y découvrit la coca, qui devait jouer
un rôle si important dans Talimentation indienne. Les habitants d'Auti-Suyii
étaient des adorateurs de serpents ou, du moins, des couleuvres, qu'ils appe-
laient a;>?a;'«^ ^ Pénétrant jusqu'à Chiquisaca, Tlnca soumit les Charcas, mé-
langés de dilTérentes tribus, ayant toutes leur langue propre, de sorte que,
selon Oliva, dans le moindre petit village, tous les habitants ne s'entendaient
pas entre eux. Ce prince fut un grand législateur, rétablit la discipline,
réforma les mœurs et fit de nouveaux règlements, concernant la vie des
prêtres et des vierges du soleil *.
VII
YAHUAR'HUACAC \
TAHUAft-HuACAC, 7* Inca, épousa (selon Balboa) Mama-Cfiicuya; il continua
Tœuvre de son père et déplaça les populations, afin de rendre les complots
Impossibles ". Il régna, selon Oliva, fort paisiblement et fit construire là for-
teresse ail Cuzco, à Guttypa-Marca, et à Pinaomarca,
Le déplacement des populations, dans un but anti-révolutionnaire, nous
de ses frères, il sut éloigner le père, fit enlever la fille et en abusa. — Chimpo-Thomb, pour venger
sa malheureuse fiUe, suscita une révolte et s'empara, sans coup férir du palais impérial, Qoispi
ayant fui à son approche. Cependant Quispi rassembla une armée, et battit Ghimpo-Thome, qui
disparut à jamais du pays des Incas.
La défense absolue d'avoir des armes chez soi daterait de ce moment. Cette loi fut observée
jusqu'à l'époque des guerres civiles, qui eurent lieu entre les fils (?) d'Atahualpa. Oliva, 50.
• Garcilaso, Liv. III, Chap. XVII, pag. 95 à 96, Chap. XVIII-XXV, pag. 96-105 sa mort,
Liv. IV, Chap. XVIIl, pag. 12i,
' Ce culte a persiste^ chez leurs descendants, même après l'époque où ils avaient embrassé la foi
chrétienne, plus apparente que réelle. Ap. Desjardins. L. A.
* Cet amaru se trouve dans le blason des Inca depuis May ta-Capac qui en avait tué un formidable.
** Les vierges du soleil, semblables aux vestales, étaient chargées d'entretenir le feu sacré. Elles
étaient choisies dans tout le royaume parmi les filles nobles et les plus belles, et c'était parmi elles
que rinca choisissait ses concubines, qui tant qu'elles fiaient jeunes, servaient de suivantes à la
Reine.
Il y avait aussi un ordre de Vierges libres qui étaient punies de mort dès qu'elles manquaient à
la chasteté. Garcilaso, Liv. IV. Chap. I ù IX, pag. 106-1.13.
* Garcilaso, Liv. IV, Chap 16-24, pag. 12L-13d.
Yahuar Huacac veut dire Pleure-Sang ; et Garcilaso (Liv. IV, c. 16) rapporte qu'on Vk^fH/i /u
pendant sa jeunesse verser des larmes do sang. Balboa est fort explicite i ce sujet.
• Oliva, p. 51.
~ 60 ~
fait croire que le règne était moins paisible qu*01iva, d'après Catarl, veut bien
prétendre. Aussi inclinons-nous plutôt au récit qui. place sous ce règne la
grande révolte des provinces de Cliincha-Suyu. 4,000 hommes marchaient
en bon ordre sur la capitale ; Tlnca pris au dépourvu s'enfuit dans la vallée
de Mayfui' Le fils de l'Inca, banni de la cour, et relégué dans une vallée
déserte, vint combattre Tennemi avec les bergers, au milieu'desquels il vivait.
Il organisa une défense vigoureuse, défit les ennemis, et dut garder le pouvoir,
car son père était mort dans Tintervalle ; cette victoire était non-seulement
due à la valeur du jeune prince, mais à la haine des Qquichuas contre les
ChancdSy haine religieuse et nationale. C'est donc grâce aux Qquichuas, que
le soleil avait triomphé. Sous Yahuar, peut-être, surTinsligationdeViracocha,
son emblème, un disque en or'pur, fut placé dans le temple du Cuzco *.
VIII
VIRACOCHA •.
ViRACOCHA, 8« Inca ainsi surnommé, parce que, dans une hallucination, il
avait cru voir le fils du soleil, frère de Manco-Capac, de nom Viracocha, qui
lui avait prédit le soulèvement des provinces du Chincha-Suyu, — Il devint su-
perstitieux pour le reste de sa vie, et inculqua aux Qquichuas une croyance
mystique pour les pierres, qu'il prétendit avoir vues, transformées en hommes
blancs et barbus * pendant le combat, et redevenues pierres après la victoire*.
11 avait épousé Mama-Runtu-Coya ^ ou Mama-Runta^. Reconnu par les
HancO'Vallos et plus tard par les Sot^as et les LvcanaSy qui avaient d'abord
refusé de lui obéir, il prit les forteresî?es de Challco-Marca et de Sora-Marca.
Son frère vainquit et subjugua les Auca-Racs, les ChocorM^; les Giiancas,
les YanyoSy les TarmaSy len Aia- Villas, les Guay- Villas, les Guayincos, les
Conchucos '' et d'autres nations rebelles. Puis Viracocha résolu de faire la
conquête du Chili, renforça son armée par les Chikas, les Copiapœs,'le^
Apotomas et d'autres, traversa le désert d'Atacama et soumit le Chili
jusqu'à la vallée d'Arauco. Chilhiie fut également vaincu, mais voulant
réduire à l'état de Mitimaes les peuplades vaincues, une révolte géné-
* OlIVA, p. 50. ;
' Garcilaso, Liv IV, Chap. 20 à 39, pag. 123'à 17U.
Balboa, loc. rit. CLap. 4. 5, 7. pag. 39 et suivantes.
* La barbe est remarquable ; vu que les Indiens étaient généralement imberbes.
^ Ce mysUdsme devait être funeste à l'empire des Incas car comme il résulte des lettres de
Cortez I § 21 et 29 les indigènes voyaient • leurs chefs naturels • les fils de leur Dieu dans les nou-
veaux Arrivés venus en effet du côté « où se lève le soleil. «
^ BaLBOA, p. 41. MONTBSINOS, p. 212.
^ Olxva, p. 52.
Qarcilaso «iit que œ nom qui signiGe la mère œuf avait été'donné a cette princesse parce qu^ellë
était plus blanche que la plupart des Indiennes et qu'on Pavait comparée pour son éclat à celui de
l'œuf. Loe, cit. Chap. XXVIII, pag. 168.
' Gargilaho, m supra.
— 61 ~
rale éclata, et il se vit forcé de revenir au'Cuzco, où il mourut, d'après Catari
et le compilateur Oliva, au milieu de ses préparatifs pour une nouvelle expé-
dition.
M. Desjardins fait remarquer judicieusement, que Montesinos place sous
le règne [de 'Sinchi-Roca des événements qui présentent quelque conformité
avec ceux que Garcilaso comprend sous le règne de Viracocha, et il attribue
à ce dernier roi des conquêtes, qui n'auraient été accomplies que sous ses
deux successeurs Pachacuti et Yupanqui .
Oliva dit à ce propos , que quelques auteurs , entre autres Gatari, préten-
dent, que Pachacuti n'est qu'un autre nom de Viracocha.
Il est fort difficile de se reconnaître dans cette agglomération de faits et de
noms, et nous croyons devoir nous ranger à l'opinion de M. Desjardins, qui
explique les erreurs des historiens par la similitude des noms. Viracocha,
étant parfois surnommé Yupayiqui, Montesinos aura réuni les événements
des deux règnes en un seul.
Balboa déplace aussi tous les faits du règne de Viracocha, ampuA il donna
Yupanqui pour successeur en passant PaçhaciUy , sous silence. Ce qui nous
importe surtout, c'est de constater le fait de grands exploits et l'agrandis-
sement notable de l'Empire, sans insister autrement sur l'époque précise, où
les limites furent reculées par les hauts faits des princes du Cuzco. — Nous
ne saurions passer sous silence la curieuse prédiction de Viracocha qui,
sur son lit de mort, fidèle à son caractère mystique, prédit l'arrivée d'hom-
mes barbus, qui s'empareraient du Pérou. — Il nous paraît peu probable, que
ce récit soit basé sur une pure invention.
Les coïncidences les plus étonnantes, qui ont favorisé les superstitions
nationales, se sont produites assez souvent, pour qu'on puisse croire à am»
œuvre du hasard. Souvent on a remanié après coup ces contes , ces fantas-
magories incohérentes , en leur donnant intentionnellement ce caractère
frappant de vérité , qui rend Tesprit du peuple plus disposé à la soumission
et à la crédulité. Peut-être avons-nous encore affaire à un souvenir asiatique,
à quelque défaite qu'une tribu blanche a fait subir aux Qquichuas en migra-
tion, et qui a laissé dans leurs légendes une trace profonde, comme celle
que la tribu d'Amalek a laissé dans le cœur des Juifs.
IX
PACHACUTEC.
Pàchagutec, 9« Inca ' du nom de Titu tfANCO-CAPAC. Pachacutt^c veut
* Garcilaso, Liv. V, Chap. 28, pag. 1fi7, •! Ut. VI, Chap. 10 à 19.
— 62 —
dire, selon Oarcilaso, qui change le monde. Ce prince épousa Mama-Anahuar-
QUE, termina la conqujôte du Chili, et fit, selon Oliva, d'autres conquêtes,
que l'auteur ne spécifie pas géographiquement.
' D'après M. Desjardins, on ne peut citer sous son règne, que les faits d'ar-
mes de son frère Yupanqui , qui s'empara de Sausa (Xauja) habitée par les
Huancas de Piscopàmpa et de Conchucu, de Casaraarca, de Chumcha et du
pays des Yuncas,adorateurs de Pachacamac.
Le fils de l'inca, nommr^ Yupanqui, comme son oncle, soumit le pays où
Pizarre fonda plus tard Truxillo.
t
X
YUPANQUI K
Yupanqui, Id*^ Inca, t'épousa sa sœur aînëe comme ses prédéces^tirà, à
quelques exceptions près. Oliva confond cet inca avec son Successeur.
Son histoire se mêle, comme 11 résulte du paragraphe pl^écédent, à i'hifl-
toîre de son père, dont il a commandé les armées *.
Lés historiens. Espagnols ont souvent commis cette erreur, parce ^e le
lO* souverain avait comme le 9®, le surnom Pachacûtêk.
Yupanqui entreprit une campagne contre Ctmchu, et pénétra dtes le ittjr&
de ifussu, qui fut colonisé par les soldats de l'armée tlctoHeuse,
tes peuplades nomades et bohèmes de Chihuana ne purent être sou-
mises. — Une campagne glorieuse dans le midi du Chili, sMmlt léé vallées
de Coquimbo, la vallée oii se trouvé aujourd'hui Santiago, jusqu'à là rtvlère
de Maull, qui marquait lai limite entre les domaines des Incas et des Afau-
caniens.
XI
TUPAC'TUPANQUI \
Tupac-Yupanqui, U* Inca, épousa Mama-Oello.
Balboa place certains faits guerriers de^e prince sous le règne du précé-
dent. Il paraît certain qu'il soumit les tribus de Huacrachucu \ adorateurs
dos couleuvres. Tupac-Yupanqui s'empara de Quito jusqu'à la province de
Quillacencas ^
La province de Caranqui fut la dernière conquête des Péruviens, dans la
* Gakcilaso, Liv. VII, Chap. XIII et suivant, pag. 239 et suivantes .
* Voir pour cette partie les chapitres signalés dans le paragraphe précédent.
* Q^BtiLACd,; Lî^ VUF» Çhap» !• et suivantes . jfeg. 2«3 et suivanies.
^ Hl'acra forme; chucu bonnet, tout ce qui se rnet sur la tête. L. A. ap. È. t)è8jàrdini5.
Quilla, cenras, nez de métal, ou peut-être nez percé. Desjardins.
QuiUa, lune et cicatrice et touts 'Sorte de blessure : cenca, nez.
— 63 —
Chincha-Suyu *. Il termina la forteresse du Cuzco et la route merveillease,
qui conduit de cette capitale au Chili. Il laissa le trône à Tainé de ses 150 fils,
XII
HUAYNACAPAC*
HuAYNA Capag, 2« inca. Selon Catari, Huayna Capac n'avait que seiae a}($
lorsqu'il succéda à son père. Il eut pour femme légitime Pillcu Huaco, sa
sœur, dont il n'eut pas d'enfant. Il épousa en secondes noces Rava-OeUp,
mère de Vascar, et sa cousine Mama Runtu. La belle Vayara, fille du syri ^Q
Quito, mère de Atau-Valpa, était une maîtresse légitimée.
Le Chili, toujours eu fermentation» fut enfin complètement soumis^ u{)^
autre expédition au sud de Tumbez, dont parle Balboa, fut longue et tiill|ci|p,
et une expédition dirigée contre les régions sur les versants occidentaux de^
Andes, citée par Catari, échoua complôtemeut ^ il fit décimer les Hu^^c^l-
Villcas révoltés et arracher 4 dents à ceux que le sort avait épargné. Jii^ns
une giierre contre les habitants de l'ile de Punaf ses guerriers périrenlt eft
grand nombre. Huayna Capac remit en vigueur la loi de ses ancêtre», ^u^'^nt
celle qui ordonnî^ que le Qquichua fût parlé comme langue populi^ire et uft}.-?
Yôpselle.
Les prophéties connues, l'aigle couvert de lèpre et poursuivi d'ép^rvier^, le^
tramblements de terre, les signes de fvmeste augure au ciel^ fi^r^t ^^i^rr
mément décla^^és être les précurseurs 4e I4 c)iute de TËmpire des In^£($(. Qn
vQulait avoir vu des hommes Wancs naviguer sur le Papifiqua en 15^5, qe
qui est fort singulier. Avant la grande expédition de '1534, Pizarre est bi^fl
venu sur les côtes péruviennes, mais en 1534 seulement, ç'est-à-dirp n^jtf
ans après la date indiquée par Garcilaso ♦.
IV. ^ llemavqaei sur la chute d'an poissant empif e, occaaiottnée par l'arrivée
*« ««f49«^ i>venti^riç|s e^p(||oj|^.
A. CuRTiï RuFi. liv. Vn^ cap. 7.
Nous voyons que, grâce à l'esprit guerrier, qui «^Unissait d^une façon mer-
veilleuse au génie administratif des chefs de ce peuple, les rois du Cuzco
* La langue de ces peuples, différente du Qquichua et de rAjymftiai rappelle «]^lftllt aux suffixes
le chinois.
* Garcilaso, Liv. VIII. Chap. VIII, pag. 275.
' Olivi, pag. 57.
* Xeres, Relation de la conquête du P^,'Ou; p. 2, et HsRiiBEiAj IdC. cit. doûneatk même date.
Cieya de Léon place cette expédition en 1&25.
Nous devons rappeler ici l'observation que nous avons faite ^Çtg» B3, au «uj«i de TorthograpUe
— 64 -.
étaient devenus maîtres â*un empire immense. Lors de la conquête espagnole
il était parfaitement organisé, couvert de villes régulières, bâties en pierre
et en briques ; il était traversé dans toute sa longueur par des routes su-
perbes. Enrichi par les métaux et par Tagriculture, possédant une armée
considérable et aguerrie, fidèle à la loi et à des croyances religieuses d'une
grande douceur, il mesurait, d'après Oliva, plus de onze cents lieues de long
sur trois cents de large. — Comment un petit nombre d'aventuriers a-t-il pu
vaincre cet immense empire, dont l'existence n'était compromise ni par la
mollesse des chefs, ni par l'insubordination des fonctionnaires ?
Rongé par aucun vice social» atteint d'aucun mal physique, cet empire,
semblait si solidement établi. — La cause de sa chute semble vouloir échapper
à l'observateur. Aussi se contente-t-on ordinairement de constater sommai-
rement < qu'un peuple barbare ne saurait résister à une nation civilisée I »
Nous ne pouvoQs nous contenter de phrases aussi sonores et aussi creuses ;
car si la civilisation péruvienne était différente de la nôtre ; s'il est bien
difficile d'établir un parallèle satisfaisant entre ces deux données si diverses ;
on commet une grave erreur, et cela résulte du chapitre sur les Incas et
des notes sur la législature incasique, en qualifiant de peuples rustiques^
barbares ou sauvages des tribus aussi scrupuleusement administrées, aussi
avancées sous le rapport des connaissances et des métiers utiles.
L*armée de Pizarre était la lie de la société européenne, infectée de tous
les vices, abjecte sous tous les rapports. Il nous parait évident, lorsque
nous lisons l'histoire de la conquête du Pérou, que ce n'étaient pas les Euro-
péens qui défendaient la civilisation; et pourtant ils sont restés vainqueurs.
La raison de ce fait, unique dans les annales de l'histoirei trouvera son
explication dans la coniAitution sodale qui paralysait les efforts de l'homme
dans l'âme duquel elle avait éteint le rayon qui nous éclaire dans les ténè-
bres de l'adversité.
des noms de personnes et de liens. Outre Pinoertitude qui règne en général à ce si^et, Tobliga-
tion de prendre chez différehts anteun espagnols, italiens et français les renseignements qu'ils
avaient pu recueillir, chacun de leurcdté, sur les nombreux dialectes parlés dans le Pérou et la
BDMni l'orthographe, mais encore la constitution philoloi-
Bolivie, rendent très-variables non-sealaiiMiii Torthographc
gique des noms.
1*
CHAPITRE IV
Données principales du Gode Qquichua, reconstitué
sur la foi du R. P. Blas Valera et de Garcilaso >.
Les lois, leur but et leurs conséquences.
I. — De l'origine des lois ; — des lois fondamentales.
II. — Divisions de l'empire, vice-royautés et vice-rois — provinces, provinces soumises ; —
Curacas. •
III. — De la surveillance générale de l'empire; — des fonctionnaires : Décurioms, commandants
d'une demi -centurie, centurions, lieutenants, capitaines; — Juges; — police secrète.
IV. — Des biens fonds.
V. — De la corvée nationale, exigée par la loi commune.
VI. — Nourriture et vêtements donnés par l'Etat.
VII. — Du service militaire, delà discipline et des insignes; ^ de la noblesse.
VUI. — De la Religion ; — du sacerdoce.
IX. — De l'Instruction.
X. — Des mœurs.
XI. — Résumé des dispositions fondamentales du Code iDcasique. Le but et Its conséquences
des lois.
S0PBOGLS9 Pkiloe$èfêt ▼. 749.
I. — De l'origlae des loto. — Des lois fondansenudes.
§ I Les lois faitespar l'Inca et son conseil, sont considérées comme divines.
§ II La loi est inviolable, et la constitution inaltérable.
§ m La môme loi punit Tbomme du peuple et Tlnca.
Le môme droit pour tous.
§ IV La contravention n'est jamais punie de mort.
Les mineurs sont punis moins sévèrement que les migeurs.
§ V Le délit et le crime sont toujours punis de mort.
Il n'y a pas de circonstances atténuantes.
Les hommes aiment naturellement la vie. Ils apprennent à ôtre sages
de peur de la perdre.
S VI La loi règle la conduite :
1® Des individus, entre eux,
2* Des individus, considérés comme faisant partie de la munici-
palité.
Z^ Des individus, considérés comme faisant partie de la nation.
' Toutes les lois dont nous faisons mention sont exprimées ou ressortent de Tenscmble deg ren-
seignements, fournis par Garcilaso dans son Histoire des Incas, citée en détail dan^ le chapitre
précédent.
9
— 66 —
§ VII D'après la loi fondamentale exprimée par le § 6, le code se divise en trois
parties distinctes :
i^ La loi fraternelle, qui enjoint à tous les individus une mutuelle
assistance;
2» La loi municipale, qui traite des intérêts particuliers de chaque
ville ou de chaque peuple, dàn&s&^ropre juridiction ;
Z^ La loi commune, (fui obligé tout individu à contribuer pour sa
part au bien commun, soit par le travail, soit par le résultat de son
travail.
% ynï La loi mu^aldjfite' pQul varier de province à province. Elle est absolu-*
mçnt ii;idépençl^ante de la loi commune, mais ne doit lui porter
aucune atteinte.
II* — Division de l'empire. — Vice-royautés et ▼ice-rois» — Proviaieëfli. — - Pro-
vinces soumises. — Cnmcns.
i I L'empire est divisé en quaUre parties principales :
IP. L'Est.
SP Le Sud,
30 L'Ouest,
4» Le Nord. ...
§ U Trois sortes.de Conseils siègent dans chacune des quatre parties de TBtat.
Un pour la Justice ordinaire ;
Le 2' pour l'Administration des biens fonciers ;
Le 3* pour la milice,
t. IIlLe&.3. conseils dépendent d\m vice^roi.. .. . ^ ,
§ iV Les vice-rois, instruits par les conseils, forment le conseil intime de llncfi.
8 y Chaque vice-royauté se compose d*un nombre non limité de tribus.
§ YI Chaque ti^îïJù'esV Soumise à un Curaca.
§ yu 7q\i4i Indien. lui doit une obéissance aveugle.
§ Vni Le Curaca siège dans les conseils de la Justice ordinaire, de TAdministra-
tion des biens fonciers et de la milice.
§ IX La dignité de Curaca est héréditaire.
i X La révplto 4'm^. Curaca contre l'Inca est punie ^49. pprt.
§ XI Le fils aîné du* Curaca exécuté peut seul revendiquer là dignité et les
biens de son père.
§ xn Ëh cas dé dégradation d'un Curaca. les insignes nobiliaires liassent de
droit à ses enfants.
§ XIII Chaque nation est confinée dans les limites de sa province.
§ XIV Chaque nation a sa coupe de cheveux propre et ses vêtements particuliers,
§ XY Dès qu'une nouvelle province est soumide à là suite d'imé ^en^ ou d'un
tuaité qùelbonqùe, lés élèves de l'école du Gu2co I^explorent pour
constater :
1» L'Etendue des terres propres à la cultute du mais ou du quinoa ;
2^ I^our établir imbiéd^atement une canalisation suffisante pour l'irri-
gation.
N. B. Elle se soumettra à la loi commune et gardera sa loi municipale.
III. — Des fonctionnaires 1 Décnrions, commandants d'une deml-centuric.
j- . ■ : . t ■
Centurions, lieutenants, capitaines, Jnges, police secrète.
il I Tout fonctionnaire doit parler la langue Oquichua.
N. B. Les fonctionnaires sont nourris; —ils ne sont pas payés.
s
§
— 67 —
9 n Dans les villes, villages et hameaux, les habitauts sont enrôlés dans les
rostres publics (Quipos) par Décuriês.
}U Cliaq[ùe D^çiirie se compose de neur' individus, et ^e Décurion comman-
dant.
IV Cinq Décûries sont commandés par un chef de demi-Ç^nturie.
V Deux demi-Centuries sont sous les ordres d'un Cen'lurion.
§ VI Cinq Centuries son,t réunies en bataillon de cinq cents boniJ^e^ sous les
ordres d'un lieu tenant.
§ yil Deux bataillons réunis sont commandés par un capitaine.
§ Vlll il est défendu de réunir plus de mille hommes sous le commandement
d'un seul.
§ IX Les Récurions et autres fonctionnaires jusqu'au capijtaine, commandant
mille hommes, le Curaca et le Vice-ifoi sont obligés :
10 lié rapporter de mois en mois à leur supérieur (afin que les chiffres
soient connus du grand conseil de l'Inca) le nombre des naissances
et des décès — en spécifiant le séx.è \
2* Pe demander pour eux au Gouvernement en cas de )i>esoin :
a Des vivres,
b Des graines à semer,
c De la laine, du coton ou du cuir pour &'ha)^iUer et se chausser,
d D^s matières premières pour re|)âtir les maisons détruites ou
dégradées; *
3® De se porter accusateur de toute contravention, ,<J|éUt ou (^pixaid
commis par un de ses hommes *. ..... .^
§ X Tout fonctionnaire est puni s'il enfreint ces trois règles.
N. B. S'il accuse à faux un de ses hommes il est puni doublemei^t :
1® Pour n'jftvoir pas bien fait son devoir,
2® Pour supporter la peine qu'il voulait faire infliger à celui
qu'il dénonçait. ' "* '** ^
g Xf. Toute contravention^ délit ou crime est portée devant le juge de la ville,
du village ou du hameau où il a été commis.
Le juge doit statuer :
1® Impartialement ;^
2® En appliquant, et non en interprétant la loi;
3® Dans le moindre laps de temps possible.
N. B. Il y a plusieurs grades pour les juges. D faut recourir à l*un ou
à Tautre, selon l'importance des faits.
S xn Les procès intentés par une province à une autre, pour jie bornage des
champs ou le droit de pâturage, sont jugés par un commissaire
spécial de llnca.
S XIII Tout jugement est mis à exécution dans les 5 jours à partir du moment
où il est prononcé.
8 XIY La police secrète se compose d'un nombre déterminé d'agents, qui voya-
gent et surveillent:
1* La conduite des hommes du peuple;
S® La conduite des fonctionnaires.
30 La façon, dont les juges appliquent la loi.
I¥. -» Des biens fonds*
. "■
% I Les terrains sont divisés en quatre parties :
* Selon GarcUaso, les individus coupables se dénonçaient souvent eux-mêmes, poussés par une
crainte superstitieuse. Ces dénonciations ont donné lieu aux fables relatives à la confession chez les
Qquichuas.
— 68 — •
1« Les terrains du soleil, dont le rapport est destiné à remplir le
grenier d'abondance ;
2* Les terrains des infirmes, des veuves et des orphelins.
3® Les terrains de Tlnca, destinés à pourrir Tlnca, et sa famille les
fonctionnaires qui, par la nature de leurs fonctions, sont empêchés
de labourer la terre.
4<^ Les terrains des ménages.
S n La loi accorde à chaque ménage un terrain suffisant pour le nourrir.
§ III Tout individu est tenu de cultiver ce terrain.
N. B. 1® Les graines pour la semence sont distribuées par les fonc-
tionnaires publics en temps opportun.
2® Dans des années de sécheresse ou dans des contrées souffrant
du manque d'eau, Teau est distribuée aux ménages en portions
égales. Les champs seront arrosés à Theure indiquée, sous la
surveillance des fonctionnaires publics. Les individus ne se
soumettant pas à ce travail en temps opportun, seront fouettés
publiquement.
S IV A la naissance de chaque enfant, mâle ou femelle, le terrain accordé par
la loi est augmenté d'une parcelle déterminée.
N. B. L'enfant femelle n'a droit qu'à la moitié du terrain, accordé à
l'enfant mâle.
8 V Ces parcelles sont destinées aux enfants à l'époque de leur mariage.
S VI Les terrains accordés par la loi sont inaliénables.
§ VII La confiscation des biens, ou la suspension temporaire de leur jouis-
• sance est interdite.
§ vni L'individu doit se considérer comme usufruitier à vie des terrains que
lui accorde la loi.
»
V. — De la eorvée iiatloiuile exigée par la lof eommime.
Itaqm ultimum mors est ad quam nonpigre ire saiis $*t
A, CurtiiRufif lib. v, ap. lO.
§ I Les individus, les familles, les habil|mts d'une ville^ les habitants d'une
province, sont requis à tour de rôle pour les travaux d'utilité pu-
blique, tels que la construction ou l'entretien des routes, des bâti-
ments publics, etc.
N. B. Les ponts, les chemins, les chaussées et les bâtiments d'utilité
publique, tels que greniers d'abondance, greniers dliôtelleries,
temples, etc., sont à la charge des provinces.
§ Il On se relaie par portions aux travaux publics, pour ne jamais entraver
les travaux domestiques.
§ m Toute récolte est partagée en trois parties égales :
1* Un tiers est versé aux greuierfe d'abondance ;
2» Un tiers est afiecté au service de Tlnca et des fonctionnaires ;
3» Un tiers appartient à la commune.
N. B. Lorsque la récolte est mauvaise, on donne d'abord à chaque
individu la quantité nécessaire pour vivre. Le reste seulement est
versé dans les greniers de l'iuca et dans les greniers d'abondance.
j IV Tout individu est obligé de cultiver :
1* Les terres affectées au soleil (greniers d'abondance);
2® Les terres des orphelins, des veuves, des infirmes et dea malades.
N. B. .Les commissaires des villes annoncent ce travail de la
façon suivante : C'est aujourd'hui que Ton laboure la terre des
impotents.
3® Les terres qui les nourrissent, evja et leurs familles;
i** Les terres du Roy.
— 6» —
§ V Pour la récolte des terres, mentionnées sous le n^ 3 du paragraphe IV,
il existe le règlement suivant :
1<^ La récolte affectée à la nourriture de chaque communauté, est mise
en commun;
2^ Chaque individu reçoit de cette récolte commune, ce qu'il lui faut
pour ses hesoins.
§ VI Les adultes ne se doivent à la corvée publique, qu'à partir de l'âge de
25 ans ; jusqu'à ce moment, ils sont obligés de servir leurs père et
mère.
§ vn II résulte des paragraphes I et IV du 5<» chapitre que tout individu valide
est contribuable.
§ VIII Pour affinner l'égalité de tous devant un tribut quelconque, les infirmes
donnent comme tribut un cornet de poux,
g IX Sont temporairement exempts de tout impôt :
1* Les aveugles, les estropiés, les blessés et les malades en général
jusqu'à entière guérison ;
2* Les hommes au-dessous de 25 ans ;
30 Les fonctionnaires et les soldats en activité de service.
VI. — IVoiuprltare et vêtements donnés par l'Étst*
§ I II y a deux sortes de greniers d'abondance :
1® Les greniers d'abondance de l'Inca;
2^ Les greniers d'abondance publics.
§ II Les greniers d'abondance de 1 Inca, remplis par les contributions de toutes
les provinces, servent à combattre :
1® Les effets funestes de la stérilité de certaines provinces ;
2* Les effets funestes des mauvaises récoltes.
I m II y a trois sortes de greniers d'abondance publics dans chaque province :
40 Les greniers pour combattre la famine et pour nourrir les vieil-
lards;
2^ Les greniers pour recevoir temporairement les contributions ;
3* Les greniers échelonnés sur les chaussées pour les Incas, les
fonctionnaires et l'armée en marche ou en voyage.
§ IV Les animaux nuisibles seront exterminés par les chasses générales.
S V Le bétail, qui se trouve sur les terres incasiques e^t propriété publique.
n est nouni et soigné aux frais communs.
S VI De deux en deux ans une distribution de laine et de cuir est faite à tous
les habitants du pays.
N. B. Dans les contrées chaudes une distribution de coton a lieu aux
mêmes époques.
§ VU Chaque famille est obligée de faire des habillements et des souliers pour
tous ses membres ; le cuir, le coton ou la laine qui leur ont été dis-
tribués servent à cet usage.
S VIII Les fonctionnaires publics surveillent ce travail et châUent les noncha-
lants.
IX Les restes de cuir, de laine et de coton sont emmagasinés dans les mai-
sons de TEtat pour servir à la distribution suivante.
VII. — Dn aerviee militaire, de la discipline, des titrés et des Insignes ; —
de la noblesse.
$ I Le service militaire est obligatoire pour tous.
8 II La durée du service cc^t limitée au temps de guerre.
— 70 — *
S III Toute désertion est punie de mort.
IV Tout acte d'insubordination est puni de mort.
V Le éoldat est nourri aux frais de TÈtat, — il n*est pas payé.
VI Le soldat ne touchera, ni en pays ami, ni en pays ennèini, à la propriété
d'autrui: ''
p VII Le sac et le pillage sont absolument défendus ; toute infraction à cette
loi est punie de mort. ' '
§ VIlI Tout homme étant soldat, chaque famille doit livrer des habillements,
des souliers^ des armes et munitions à Tusage de rarmée,Iesq[uels
armes et munitions seront einmagàsfai'és dansle^s mal&ons aeTEtai,
et dont distribution sera faite en tenips opportun. '''
N. B. Les contrées où se trouvent des joncs, livretont des .arcs et des
flèches; d'autres livreront les' lances, les javelots, les haches
d'armes, les frondes, les rondaches, eta
g Ix Llnca ennoblit les sujets pourbraVoure eictraordinalre dans la guerre.
§ X L'Inca ennoblit le guerrier, en lui donnant son')18m'pïo|Jre.
§ XI L'Inca peut décorer les individus pour les niôùiés riàiëûns!
S XII La décoration se porte à la tête. H'y a trois Insigilés'siavbir :
1® Une tresse de cheveux noirs;
2» Une façon particulière de se couper les cheveux ;
Z^ Porter les oreilles percées d'une façon particulière.
VIII. — De la reUgloB. — Du tMcerdoee.
S I Tout individu demeurant sur les domaines incasiques appartient à la
religion incasique.
S II Toute nation, soumise par la force des armes ou à la suite d*un traité
quelconque, doit aussitôtembrasser la foi incasique.
8 III II y a des prêtres mâles et femelles.
8 IV Le pontifex maximus est de sang royal .
S V L'habillement des prêtres ne diffère en rien de celui des laïques.
S VI Le^ prêtres du Guzco sont professeurs à Técole du Cuzco.
S Vn II y a trois sortes de religieuses :
i® Les vierges libres;
2^ Les vierges des provinces, destinées à partager temporairement la
couche de Tlnca, demeurant dans les couvents ;
%" Les vierges du Cuzco, vulgairement appelées, les vierges du soleil,
ne se mariant jamais, et demeurant dans le couvent du Cuzco.
S VIII La violation delà virginité d'une religieuse est punie de mort, si la cou-
pable appartient à Tordre des vierges libres.
8 IX La violation- de la virginité est punie par la mort du séducteur et de la
coupable, si elle appartient aux vierges de provinces. '
S X La violation de la virginité est punie par la mort des deux coupables,
de la famille du séducteur et de la femme séduite, lorsque la s^uo-
tion a été exercée sur une vierge du Cuzco.
IX. — De rinslraetioB.
FaùknU ittteUigindo ut nihil mtelUgani.
Terbntii Andria. Prohffug, y. 17.
S I L'écriture est défendue.
S II L'Btat se charge^ par l'intermédiaire du père, de donner aux individ.us
rinstruction qu'il jugé nécessaire.
— 71 —
N.,B., ^s père9 aont jusUeiables des coniraveniions, délits et crimes,
commiç ppr leurs âls mineurs. ....
Il y a des cas où les pères sont justiciables de leurs enfants majeurs.
S m Chaque individu doit savoir :
i<> Cultiver Ja terre ; .4,. . , .,
2° Pourvoir aux commodités du ménage; , . ,
30 Fabriquer : a) des souliers, b) des armes, c) des instruments ile
i^ . labour, d) des instruments d'usage don^stique.
8 IV Chaque fen^me doit savoir :
1<> Tisser;
2" Faire la cuisine ;
3<>,Gultiver les champs. »,, -.
S V L'homme du peuple.ne sera instruit en aucune science proprement dite.
§ VI Les écoles de science sont au Cuzco.
S Vit Les fils des Incas et l'es décoréS'^entilshomfkeé y seront admis comme
élèves.
§ VUI Les ^winautaa y., enseignent : , ,, ^
1^ tes mathématiques et l'astronomie;
â» La théologie, THistoire Incasicpie et. le Droit ;
a® La politique et la tactique ;
4^ La poésie et la musique.
X. «— Dmi BMDlirS.
S I Les bonnes mœurs sont le fondement d'un Etat.
^ n t'ànimbsiié et la passion ne saliraient être tolérées.
9 m La politesse ^t . un devoir de l'individu.. . 1 ! 1 . .
IV Le,respect est djX.è rhouif(&tptéjdes fep^})eÉV,§| dps^jÇ,!^^,
V L'individu ne peut se marier qu avec une seule femme.
§ VI L'adultère et l'inceste sont punis de mort.
9 Vn La confusion des lignées. doit être évitée ; l'homme et la femme doivent
, êtrcd'.une même famille. . 1 .
S VIII Là limite d'âgé est de âl4 ans pour lés hommes, de 18^ ans pour' les femmes.
S IX Tout mariage fait en dehors de la volonté du père et dii Guitca est oon-
. ^. iid^r4.cowiiQ:Q!^)^ -n 1^^ enfants sont bâtards.
4 i' ÇA.QiAn({ue ^Isi sobriété est châtié publiquement.
8 â Les festins et les libations pârticiilières sont dëfëndùs. --
5 XII Les habitants de chaque ville, village ou hameau assistent aux trois
t;fe^U^pubUçs, donnés et présidés .par le Curaca. . ., ^ v .i ,<.
N. B. Les infirmes, les vieillards, etc., assistent à ces trois festins.
S XIU II est défendu de fermer les portes des maisons. — Des éloges publicii'
... sont adressés aux ménages les mieux tenus. .
S XIV Jamais, sous aucune coudition, ni sous aucun prétexte, Tindividu n'a 1&
çlroit de quitter sa province.
^ XV Quitter sa province, c'est être vagabond. — Le vagabondage est puni dé
mort,
S XVI La pein^ de la pendaison est égalemeat applicable au meutrier, à l'incen-
diaire, au voleur et au juge partial.
f
■ 4.1
XI. — Aésuné des disposItloiiB. ffondasMiiteles dm Gode tacasiqae 1 leur b«t et
leurs eonaéqiienees Immédiates.
Il résulte de la lecture attentive des lois mentionnées :
— 72 —
P Que, relativement au nombre total des habitants du Pérou, le nombre
des privilèges et des privilégiés est presque réduit à néant ;
2** Que tous, privilégiés ou non, sont ^aux devant la loi ;
3^ Que la presque totalité de la nation jouit de Tégalité absolue des biens,
des conditions et des droits.
L'égalité, principe absolu, est donc rigoureusement appliquée. Pour em-
pêcher le développement de l'ambition on n*attache aucun bénéfice, mais une
lourde responsabilité aux charges publiques.
Pour étouffer la richesse mobilière, on laisse ignorer le numéraire, on
empêche tout échange et par suite tout commerce.
Pour supprimer la richesse immobilière, la loi prononce l'inaliénabilitédes
biens, et transforme la propriété en bail à vie.
Il résulte de cette disposition du Code, que, tout individu étant doté par
l'État et non par ses parents, le principe de l'hérédité se trouve aboli .
L'abolition de cette loi fondamentale des codes anciens et modernes est la
base de cette législation égalitaire. Le riche ayant plus de ressources que le
pauvre, il serait inique, dit le législateur incasique, d'admettre, que tel
individu, fils d'un père laborieux, ait dès sa naissance plus de chances de
succès, que tel autre, enfant d'un père paresseux ou malheureux. — La loi
égalitaire n'accorde donc pas au travailleur le droit de disposer librement,
pendant la durée de la vie ou après sa mort du bien acquis par ses efforts.
Or, Texercice de ce droit seul donne au commun des mortels l'amour du
travail.
Le résultat des travaux forcés ne saurait être comparé à celui des travaux
accomplis sous Taiguillon des sentiments vraiment humains, qu*on appelle
Tamour de la patrie, l'amour paternel, l'ambition*
En qualifiant du terme judiciaire, de travaux forcés^ la tâche des
Qquichuas, nous restons dans les limites delà stricte vérité. La place, l'heure,
la durée et la nature du travail sont assignées à chaque individu.
Travailler avec indolence est un crime, s'éloigner de la place indiquée est
un crime capital.
Le travail est sans doute l'essence même de l'existence humaine. L'intelli"
gence avec laquelle nous guidons nos travaux dore nos peines, en nous
accordant la satisfaction personnelle — le bonheur. Mais la satisfaction —
mais le bonheur sont le but véritable du travail et de la vie.
Si l'homme doit appliqua l'intelligence au travail, il faut qu'il puisse con-
duire librement des entreprises librement choisies .
Or, le Code incasique est la négation du libre arbitre, et il crée par suite
des existences parfaitement définies, mais sans but appréciable.
a« m
CHAPITBE Y
«
De la religion incasique, des mœurs et coutumes
Qquichuas.
I. — Genèse Qquichua.
II. — De Tinfluence manifeste de la religion sur les mœurs, et de Tinfluenoe lourde des
sur les cultes religieux.
III. — Le calendrier et les fôtes religieuses.
IV. — Déformation des crftnes chez les Américains. Son but et ses consé^encet.
V. — Coutumes qquichuas ; fttt^ officielles de famille. — Caractère de cette existence.
YI. — Effets des lois et coutumes surTensemble de la société et sur Tindividu.
I« -^ Crétttloii de re«pèe0 lnunalBe, par le dlev •«prême» d'après les tégesdea
•mérlealBes.
Plutjlrqub. Vie di Dimoêihène, clu zx.
Déjà dans notre chapitre des migrations, nous avons établi la différence
capitale entre les adorateurs du soleil et de la lune. Nous voudrions voir
réduit à ses justes proportions, c*est-à-dire à la suprématie du principe
mâle ou du principe femelle, l'origine de ce schisme. Donc si ravènement
du premier Inca nous a fait deviner (s'il ne l'exprime pas d'une façon absa-
lue), que la religion primitive est une sorte de monothéisme solaire, il ne
faut pas en conclure que le soleil était Dieu.
Montésinos * dit que le nombre des dieux qu'adoraient les gens du Pérou,
s'était extrêmement multiplié parla suite des temps*. De nouveaux ilfes
introduits par les nations étrangères avaient fait oublier les traditions de
l'ancienne religion. Lig nouveau roi (?) se proposa de rétablir la lot de ses
aïeux, après avoir consulté les Amautas, il décida qu'on adorerait désor--
mais le grand dieu Pirhua, de préférence à tous les autres , et comme le
mot Pirhua avait changé de sens •, on appellerait dorénavant le dieU' : Ticci
huiracocha, qui signifie l'Eclat, l'abîme et le fondement de toutes clioses.
* Mont. loe. cit., pag. 93.
* Lopxz dit que huacae stLCté, fui pris plus tard pour toutes sortes d'ideles. Garcilaso *(^
Acoleta sont du même avis. Le P. Blas Valeras a été le premier à faire valoir ce puissant ar-
gument.
^ Nous croyons pouvoir aflQrmer que hua est le pronom possessif. Pur-hua (plus tard Pirhu^C
signifiait donc : possédant VOrient^ ou, maîtres de lOrient.
10
- 74 —
Croyant (pie tout embrouillées que sont les légendes à'propos de l'apparition
de Huiracocha (ce nom, s'il n'est pas Indien, est à coup sur baptisé dans
un idiome aryen), il me semble bon de citer les auteurs mômes qui ont relaté
cette divine apparition ; car nous pourrons ainsi nous rendre compte de la
légende religieuse après avoir établi le fond même des croyances.
Garcilaso t parle de l'arrivée des quatre frères qu'il nomme Manco-Capac
Ayar Cacha, Ayar Vitu et Ayar Sauca.Il traite cette légende de fable ridicule
Manoe'Oipac et sa sœur sont originaires des tles du lac Titicaca. Un dieu
sort du lac donnant Tempire du monde à goatr^ hommes qu'il envoie vers
les quatre points cardinaux. — Ces quatre hommes seraient Manco-Capac,
Colla, Tocay et Pinahma.
Avendano* réfute une théorie d'après laquelle il était tombé d\\ ciel trois
œufs, en or, en argent et en cuivre ; du premier seraient sortis les Curacas,
du second les npbles» du troisième le peuple \
Garcia* rapporte d'après Betanços qu'avant la création du soleil, le monde
était déjà habité. Tout d'un coup il sortit du lac un seigneur nommé Contici
Viracocha, qui créa le soleil et lui ordonna de faire le tour du monde. Il
créa ensuite la lune, les étoiles, et anima (autre Ûeuoalion) des statues
de pierre. Il ordonna à ces statues de réunir les Indiens, et marchant vers
Cuzco, il en donna le gouvernement ^ AUca Vica, de qui les Incas sont des-
cendus.
Gtomara » en parlant de la création de l'espèce humaine, dit que Con, fils
du soleil, n'avait pas d'os ; très-rapide à la marche, il levait et abaissait les
vallées p^ sa volonté.
Pachacama (au rebours de Darwin) changea les premiers hommes en
singes et en créa de nouveaux.
CpUi Pachacamac, Viracocha et Bochicha ne font probablement qu'un*.
Quant à Cpn, il était, bizarrerie étrange ! adoré sous la forme d'une croix,
et au Yucatan on lui sacrifiait des colombes à l'exclusion de toutes autres
victimes .
Si l'on juge d'une façon absolument impartiale les faits que nous venons
de mentionner, il est impossible de ne pas voir le souvenir asiatique à tra-
vers 169 développements multiples d'une même idée.
* Commêniarios rtalet, liv I, ch. 18.
■ Atindano, 1649, «erm. ix, p. 100.
' Une légende norae, relative à la création du monde dans laquelle les «miii jouent un rôle prin-
cipal, a été mentionnée par M. Eichhoff dans ses cours préparatoires à Tagrégation des langues
vivantes. Paris, décembre 187Î.
* Garcia, liv. v ch. 7.
• GoMAaA, de la ConquUtade Nuova Sspagna, édit. d'Anvers, 1S54, ch. 22, fol. 159, R®.
A ce propos nous mentionnons avec M. de Humboldt une preuve nouvelle de Torigine asiatique
dee Indiens d'Amérique : Ce Bochica est surtout curieux par Tanalogie de gouvernement que
Bogota présente avec les gouvernements du Japon et du Thibet. — Humboldt lii supra, tom. II,
pag. » '.
• QOXARA. vol, II, ch. 15, p. 305*
— 75 —
Malgré les différences entre les traditions que nous venons de rapporter,
il n'est guère difficile d'en retrouver le lien commun. Un si grand nombre
de régions et de races influençant une môme donnée l'ont transformée à plu-
sieurs reprises. Du reste, beaucoup de tribus ont été converties, par voie
administrative, à la croyance incasique.Les auteurs qui ont rectteillt, souvent
sans bien connaître la langue, toutes les légendes citées plus haut, ont mé-
langé involontairement la superstition locale avec le culte reconnu.
II* — De rinflaence manifeste de la religion sur les mœurs, et de l'tnflaence
des mœars, sur le eulte religieux.
Quelque distinction que les philosophes veuillent établir entre là religion
et les mœurs d'un peuple, on ne peut s'empêcher de reconnaître ^'ellës sont
dans une dépendance réciproque, dépendance si étroite et si indissoluble,
Iju'âu point de vue du résultat social, il est presque permis de dire que la
religion et les mœurs ne font qu'un. La religion influe incontestablement éur
les mœurs ; mais elle en est modifiée à son tour ; elle se lie aux habitudes
nationales, elle les pénètre impérieusement ; elle peut retarder leur mouve-
ment ; mais son pouvoir immense va rarement jusqu'à les immobiliser tout à
fait ; et la philosophie n'a peut-être pas tort d'afllrmer que la meilleure reli-
gion est celle qui réunit le plus grand nombre d'éléments utiles et pratiqués,
capables de favoriser le développement moral du peuple.
Lorsque les conditions matérielles changent par suite d'un déplacement
ou d'un développement expérimental ou routinier, le culte, à son tour, se
modifie instinctivement et tend à s'équilibrer avec les besoins des fidèles.
Un culte intelligemment dirigé ne se mettra jamais en contradiction avec
les habitudes nationales, il risquerait fort de perdre sa puissance, de glacéi»
ses adhérents, d'éteindre l'enthousiasme et de passer à l'état de légende.
• Voilà ce qu'il en est de la religion officielle, du culte reconnu; il est indis-
pensable, pour rappeler au peuple, à des époques données, ses propres im-
pressions et ses sentiments de reconnaissance suprême envers la cause pre-
mière de son existence.
Mais sans l'intervention d'une main ferme et d'une intelligence supérieure,
les masses inclinent à l'idolâtrie ; et d'un autre côté l'élite du peuple tourne à
cet athéisme commode des indifférents ou, le plus souvent, au scepticisme
stérile des cerveaux surexcités par une série infinie de questions sans solu-
tion possible.
Il nous paraît (et l'histoire le démontre) qu'un peuple sans foi religieuse
porte en lui le germe de la décadence ; le matérialisme est le cancer qui le
ronge et le fait pourrir lentement. — Quelques écrivains de nos jours s'ef-
forcent d'obscurcir la vérité de ce fait, prouvé par l'expérience de 5,000
•
I
— 76 —
Nous n'avons pas la prétention de discuter ici la valeur morale des reli-
gions : mais Futilité pratique, mais la nécessité de la croyance pour Thomme
de toute nation, est à nos yeux plus contestée que contestable.
La route que nous parcourons est bordée d'abîmes qu'on appelle vices.
Eternellement nos appétits nous portent vers ces jouissances dont l'abus en-
gendre la décrépitude précoce, la vieillesse et la mort prématurée.
L'homme au premier échelon de la culture intellectuelle est retenu par cet
accord merveilleux et complexe de sentiments délicats et de volonté forte
qu'on appelle : la vertu.
Rien ne saurait retenir l'homme sur le dernier échelon, si ce n'est la
crainte : — C'est donc un sentiment utile, quand même il serait inspiré par
la superstition.
U est vrai que la superstition est une maladie morale ; mais mieux vaut
cette faiblesse qu'une corruption de corps et d'âme par le relâchement in^
sensible ou violent des mœurs. La croyance primitive est basée tantôt sur
l'admiration, tantôt sur la reconnaissance, le plus souvent sur la crainte.
Voilà pourquoi les chefs des peuples primitifs prétendent toujours des-
cendre de Dieu, ou au moins tenir leur mandat du Maître suprême. Voilà
pourquoi dans la première époque de l'existence d'une nation l'idée de sou-
veraineté si intimement liée à celle de la divinité qu elle se confond souvent
avec elle.
La croyance, est innée; la pensée s'acquiert et se développe. Entre ces deux
états, il y a un abîme que la civilisatioa franchit sur maints ponts, mais
qu'elle ne saurait combler.
La race des Qquichuas n'a pas fait d'efforts pour découvrir Tétroit sentier
qui doit conduire de la certitude a priori, à la certitude q posteriori. Telle
est la base de leur existence intellectuelle : Ils sont dans une impasse, le dos
tourné avec conviction vers l'unique issue : C'est un peuple qui se laissait
vivre au lieu de vivre par lui-même. L'état nourrissait tout le monde aux
dépens de tout le monde, sans rencontrer l'idée même d'une résistance.
III. — Le ealendrler et les fêtes religieuses.
Sous cette indolence des individus, un souvenir obscur et probablement
asiatique survivait au fond de la religion Qquichua. Ce peuple n'était pas
idolâtre quoi qu'en aient dit les prêtres espagnols, qui avaient besoin d'un
prétexte pour faire tolérer leurs persécutions incessantes.
Le but chrétien, qui a fourni ce prétexte, pouvait être chez quelques-uns
de ces prêtres un effet naturel du fanatisme ; mais chez la plupart d'entre
eux, il servait de masque au désir immodéré des richesses.
L'ensemble de toute rehgion se résume en un dogme fondamental, en une
légende sur lai^uçile le dogme s'appuie et en une sériç dç fêtes périodiques
— 77 —
^i consacrent les épisodes de la légende et qui servent à rappeler le dogme.
Pour fixer les périodes qui séparent une fête de l'autre, il faut une sorte
de calendrier. Le plus souvent, surtout au Pérou, les jours de réjouissances
matérielles, de joie instinctive, correspondaient dans le calendrier à des
phénomènes périodiques tels que la moisson, le retour de]^la pluie, la renais-
sance de la nature au printemps, etc., et ils devenaient bientôt une cause
excitative de reconnaissance envers l'être inconnu qui prodiguait ses dons
d'une façon si généreuse. Les gambades joyeuses et les cris d'allégresse se
transformèrent en danse religieuse et en cantiques d'actions de grâce.
Lors d'une mauvaise récolte, au lieu de joie et de reconnaissance, les
jours fériés étaient des jours de tristesse et de macération. La supplica-
tion remplaçait l'action de grâce.
L'ordre de ces prières, la gradation de l'espoir et de la crainte étaient na-
turellement réglés par le courant de Tannée. Chaque mois ramenait les phé-
nomènes de bon ou de mauvais augure.
En reconnaissant dans ces pratiques un fond de superstition inné au
commun des hommes, il devient évident qu'on tâchait de prévenir telle épo-
que dangereuse ou d'assurer telle époque féconde par la supplication et la
prière, la soumission à la volonté suprême.
Si nous considérons la série des fêtes qui se trouvent consignées dans le
calendrier Qquichua, nous verrons que les fêtes religieuses tirent bien leur
origine d'un raisonnement inconscient, mais fort analogue à celui que nous
venons d'établir.
Dans le mois hucchuy pticuy* (janvier), on accomplissait de nombreux
sacrifices. Les cendres des victimes étaient jetées dans les ruisseaux qui en-
traînaient ainsi dans leur cours tous les péchés de la nation'. C'est une cé^
rémonie aussi naturelle et plus saisissante que celle des Hébreux, qui char*
geaientles péchés du peuple entier sur la tête du bouc émissaire. C'est des
deux parts la même idée, que le christianisme a élevé jusqu'au sublime,
quand il a révélé le Fils de Dieu rachetant tous les péchés, non d'une année,
mais de tous les siècles jusqu'à leur consommation
Dans le mois Hatun-pucuy (février) \ on sacrifiait une hécatombe de lamas,
ainsi que dans le mois suivant Paucar-huaray (mars) *. Le jour del'équinoxe,
rinca concentrait, au moyen d'un miroir métallique, les premiers rayons du
soleil, et brûlait un peu de coton sacré. Puis il distribuait du pain et de la
Chicha, boisson dont on se serVait pour les libations.
* ffuch huy, petit, pcceoy^ mûrir : ainsi appelé parce que le mate commence à montrer la petite
tête barbue de ses épis, eamay ou MUipucuy^ selon Grai^ilaso.
' Balboa, p. 124 et suivantes.
^ hatun^ grand, haut, pueuy ou poccoy mûrir. Nommé ainsi à cause de la croissance du mais.
Garcilaso nomme ce mois : Inya-lamo^paeha'pucuy,
* Paucar bien fleuri, belle prairie ; huaray, poser des paniers. La terre est couverte pendant ç«
mois comme d'un tapis magnifique, S^lou Qarçîlasp : arifo^i^.
— 78 —
Le mois d'avril correspond, comme tous les mois précédents, à une des
phases du maïs mûrissant. Arihuay signifie, en eflTet : chargé de grains de
diflférentes couleurs . Dans le mois d'Ay mur al (mai) y oh célébrait de nou-
velles fêtes à Toccasion de la récolte du maïs. Ces solennités perdaient alors
leur caractère d'austérité religieuse pour revêtir celui dejoie folâtre, de bouf-
fonnerie, manifestation ordinaire d'Un excès de gaieté innocente et sincère.
On chantait les AyyHuraî, on immolait des lamas, on s'enivrait de CMcha ou
de VAka ; on dansait YArihua, qui ressemblait assez à nos divertissements de
carnaval. La musique et le déguisement ne faisaient pas défaut : on s'aflfu-
blait de têtes de cerf, de croissants d'argent ou Chacrahincas, etc.
Au mois i'Aiccay-cuzqiii (juin) avait lieu la fête du soleil, appelée inti-
raymU Le soleil avait fait son devoir; le maïs remplissait les greniers
du peuple et les greniers d'abondance de l'État. Oh rendait doiic grâce au
feu bienfaisant du ciel qui, le 21 juin (notre solstice d'été, lëtlr solstice d'hi-
ver), avait atteint sa plus grande proiltiilté. On buvait â la bienvenue
î'Inti, le père généreux de llnca, lé bieiifaltedr dtt peuple.
Pendant le mois Ae Anta-dsittui (juillet) *, on Immolait cefat lamas tachetés.
On accompagiiait ces fêtes de nombreuses libalioils, qui ihdiquaieht symbo-
liquement que, les semailles étaht Ùiib&â, là pluie devait tomber afin de les
faire germer.
Pendant le mois Cdpdc-dsUtia (août) *, oiiiîtimoiait cent lamas, et l'tth brû-
• iait mille Cuyes où cochons dinde, pour obtenir d'abondantes récolted.
C'était la fête des A'tndarvalia à Rome, ou des Rogations chë^ les catholi-
ques*.
Dans le mois de UnH^i^âymi (sëptemlire) *, on célébrait entre autres
grandes fêtes celle de Pitua. On &e fihappàît avec des feuilles de maïs enflam-
mées, eh s'écriant : « que le mai s'en aille I » Après ce baptême de feu, sdrte
de purgatoire annuel, on recevait le Mptême d'eau, en se lavant dans un
ruisseau.
Dans le mois Omd'raymi'puscuàyquiz (octobre), on sacrifiait dès lamas
pour implorer la pluie. Si elle ne venait pas, oh garrottait un lama, on]l'exp6-
sait au milieu d'une plaine aride, peut-être dans la croyance naïve que la
miséricorde divine enverrait à la Victime irlnocente, de quoi étancher sa
soif.
Pendant le mois de novembre ayrt-marctM'at^i on perçait les oreilles aux
jeimes gens qui devaient, le mois sluivant, être adfhis dans les rangs des
' Uatuncuzqui aymurai selon Garcilaso. » a, ^ ,- . ^ . , n
* Anta cuivre; asitna, grand bal : pour anta on devrait lire peut-être i»*f, danse sacrée du soleil.
ChMud!^ snarêtiiêt, flelMi C^arcilaso.
* ^I^ puisant; asitua. grande danse. Tapaquit, selon Gardlaso. On semait lé liiiîs, léa pa-
* Desjabdxns, ubi supra, page 115.
^ Coy^fûymi, selon Grarcilaso.
— 79 —
soldats Qquichuas. Ce mois de novembre était considéré comme le dernier
de Tannée et au mois de décembre oapac raymi le premi^ de Tannée suivante
on augmentait la {force armée du pays d'un nombre de jeunes gens, par
Taete soionnel qui les sacrait guerriers, car nous avons déjà fait remarquer
que les guerres des Incas présentaient le caractère d'un pposélytisme armé,
ou plutôt d'une consécration religieuse de la guerre, c'est-à-dire Teïploi-
tation du gentiment religieuK et de la force ignorante au profit d'un système
déplorable.
Pourquoi avaient-ils précisément les mois de novembre et de décembre
pour célébrer ces fôtes î
C'est qu'alors avait lieu pour eux le solstice d'été (netre solstice d'hiver).
Ils célébraient donc l'époque où Tastre allait retourner vers leurs contrées. '
Dans le cercle de ces fêtes nous ne voyons guère trace dUdolâhrîe si ce
n'est la fête du soleil -r- mais faisons là part du pays. — C'était Tastre qui
brillait éternellement au-dessus de ces contrées dent le ciri est à peine voilé
par quelques brouillards pendant deux mois de Tannée. C'était la représen-
tation la plus constante, la plus vivifiante de la puissance invisible du grand
esprit, maître du monde. — rimploFei* ses feux bienfaisants) n^était guère plus
idolâtre qu'une apostrophe de quelque voyageur européen qui craint la
pluie.
Le soleil (hiH), la lune {QMiUa ou Marna <Mlla), les étoiles (CoUèur ou
Coyllvr) et en particulier ¥énus {Chasca), la foudre (YUapo^, l'aro-en-oiel
(Chuychii ou Riiychi), la terre {Hinantin-^Ppacoha ou Marna ppacoba),
étaient, il est vrai, symiK>liaé8 par certaines figures, mais ils n'étaient adorés
que comme attributs, comme l'œuvre d'un Dieu suprême, immatériel, eréê*
teur du monde, régulateur du soleil, dont Texiatenœ connue anciennement
fut de nouveau révélée par Tinca Pachacutec. Son nom seul eat la preuve
suffisante de sa conc^tion aûatique :
-Ticeir— Viracooha — Pachacutec ; IHcoi, fondement, origine; Cocha, lac;
Vira de graisse, dévie ; (M. Ajigrand interprète source de vie). -^ Pacha^
tout; (terre)? Cii/î, multiplication. C'est donc le tout, l'univers multiplié
indéfiniment*.
I^ relation d'un fait absurde et monstrueux nous ùdi souvent douter de la
bonne foi de l'auteur. Les historiens espagnols du XVI* siècle nous disent
^ n faut remarquer Tidentité complète de Vannée égyptienne, teUe qu^elle a été récemment déter-
minée par M. Rodier avec Tannée pirhua, dont les éléments ont été recoaelitués sur la foi dee
Amautas. (Lopbz^ 178).
' Qu'on se rappelle la paraphrase de la Bible pour désigner la naêure (fvaic) par : Le del, la
terre et tout ce qui est entre eux.
— 80 —
que les Américains sauvages avaient des têtes de chiens et de serpents ou
des têtes en pain de sucre — on sourit sans y croire et on répond : Erreur I
Ils ajoutent : Les Américains sauvages ont la tête naturellement semblable
à la nôtre et ils se la déforment à dessein I — On prétend que la malveil-
lance des rapporteurs invente ces contes, ces chimères.
Alors les voyageurs rapportent des crânes, les médecins les étudient, les
anthropologues les mesurent et les appréciations telles que : Erreur, conte
et chimère disparaissent aussitôt devant la réalité. Il est pourtant une parole
que personne ne rétracte. 'Le fait est aussi absurde que ^monstrueux.
Disons tout d'abord un mot sur la pratique de cette coutume singulière.
On attachait à la tête des enfants mâles, âgés de deux à trois mois, deux
planchettes. Tune au sinciput, l'autre à Tocciput. On resserrait par des liens
ces planchettes, de sorte que le front, cédant à la pression, s'aplatissant peu
à peu, donnait à la tête des adultes, le type singulier connu sous le nom de
tête-plate.
Les lobes antérieurs du cerveau étaient arrêtés dans leur développement,
le cervelet au contraire et la partie correspondante du crâne grandissaient
démesurément.
M. Angrand et certains phrénologues croient plutôt à un déplacement
du cerveau ; mais, quoi qu'il en soit, l'angle facial en était tellement modifié,
qu'on pouvait se demander, en exhumant des squelettes de têtes^plates, si
elles provenaient d*êtres humains \
Quant aux tôtes-droites le crâne s'élevait en pain de sucre. Des liens, des
bandelettes enroulés autour de la tête remplaçaient le premier procédé. Le
crâne encore mou cédait à la pression périphérique et prenait l'aspect d'une
tête coiffée d'un bonnet de nuit.
Parfois aussi un pétrissage répété tenait lieu de tout autre procédé.
Il s'agit donc de pénétrer l'origine et le but de cette compression mons-
trueuse ; on avait pu y être conduit empiriquement, en observant une forme
particulière de la tête chez certains personnages doués de dispositions
spéciales et très prononcées. Ainsi l'abaissement ou la retraite du front et le
développement considérable des lobes postérieures du cerveau paraissent
coïncider souvent avec un courage aveugle, au point de faire braver la mort
sans crainte et sans calcul ; avec une astuce consommée et un sentiment
d'amour-propre exagéré, mais capable de développer une grande énergie,
en même temps que les fonctions des sens acquièrent en apparence plus de
finesse et de force. Qu'un individu surgisse avec ces qualités et ces défauts
dans une société vivant de chasse, de guerre ou de rapine, il sera considéré
* Bref du pape Paul lll, donné à Rome le 4® jour des nones de juin, de l'an du Seigneur 1537,
déclarant que les' Indiens de TAmérique étaient des hommes et qu'à ce titre ils ne pouvaient être
réduits en servitude, ni traités comme des aj^imâux sauvages. Ramesal- Bista. de la provineia d4
San Vicentede Chiofay ChMte/nalaf 1620, lib. III, cap. 16, § 4, pag. 140 et 141.
Voir Planche II.
• — 81 —
dans sa peuplade comme un homme capable, éminent et même nécessaire ;
il deviendra le chef des expéditions, le centre de toutes les entreprises, et si
la forme de sa tète est différente de celle des autres, on cherchera instinc-
tivement à imiter ses traits, ou môme à les exagérer en façonnant ainsi la
tête des enfants.
Mais les garçons y seront seuls soumis, puisqu'ils sont seuls destinés à
combattre, et bientôt il se formera une aristocratie de famille, de tribu^ qui
voudra accaparer pour son propre compte la transformation qu'elle considère
comme un privilège avantageux. Aussi les esclaves n'avaient-ils pas le droit
de façonner leur tête. Indépendamment des causes ci-dessus, qui expliquent
la faveur dont jouissaient alors les déformations frontales, il en est une
autre purement physiologique qui mérite d'être signalée. La plupart des
voyageurs, tout en se taisant sur les dangers que devait courir la santé des
enfants, nous représentent les individus adultes, qui avaient été soumis au
traitement crânien et en étaient réchappes, comme remarquables parle dé-
veloppement ou l'énergie de leur système osseux ou musculaire, et surtout
par leur agilité et leur adresse. Or ce résultat qui n'est point en opposition
avec les théories admises, ne pouvait avoir échappé à l'observation, dans
ces temps où la force brutale jouait le principal rôle et était une qualité très-
recherchée .
Parmi les nombreux auteurs ' qui ont traité de cette habitude beaucoup
* D^ Gosse, ubi supra, pag. 124 et 125.
' Pour donner une idée de la multitude des auteurs qui se sont occupés de cette questioiii
Toici une bibliographie relative aux déformations artificielles du crâne :
AoosTA. Eist, Nat, et Moral.
AcuNA. Hel. del Maranon.
Adair. N,-Âmer, Indians,
AouiRRE. Bstiparcion,
Aldendorp. gesch, der Missbildungen^ etc.
Amic. Lettres sur les têtes des Caràihes.
Angrand. Lettre sur Tiaguanaco,
BURCHTOLD.
Barrera Memoria Peruviana»
Babrerb. BsL de la France équinoxiaU,
Bartram. Notes on S. Carolina.
Bbllamy. On Peruvian Monuments,
Bernard. Voyages au Nord.
Blumenbach. Col. cran, div, gent.
Blumenbacb. De voriet. nativa.
Cardan. De rerum varietate.
Castelnau. Vogage dans V Amérique du Sud.
Catlin.
Catalogue des Crânes de Morton,
Chanvalon. Voyages à la Martinique,
Comte H. de Charencay. Mythe Votan.
Charlevoy. Voy. dans l'Amérique septentrionale,
CiEÇA DE Léon. Croniea del Peru .
CoooLLUDQ. Hist, ds Youeatan.
Codex Tilleriano.
Colomb Fbrnand. Histoire de Christophe Colomb.
Combes. Traité dePhrénologie,
Dampibrre..^ new Voy. round the world.
De Bry. Grads et Petits Voyages.
Del Rio. Descriptions of the Ruins,
Denis. Descrip, du Brésil.
D'Orbiony. Voy. dans V Amérique méridionales
D'Orbigny. UHmnme Américain,
DuFLOT DE Mofras. Orcgou.
Du Tertre. Histoire des Antilles françaises.
Edward. West Indies.
Furnari. Voyage médical.
Garcilaso. Comment, reaies.
Garcilaso. Hist, de la Florida.
Gliddon. (Voir Nott and Gliddon).
GoMARA. Historia gen. de las Indias.
Gosse. Déformations des Crânes.
Herrera. Historia gênerai.
Humboldt. Voyage aux Rég. Equinox.
HuMBOLDT. Vue des Cordillères.
KiNGSBOROUGH. Ant. ofMcxicù.
Labat. Voyages aux ilea de l'Amérique.
La Condamine. Mémoires.
Lafitau. Cérémonies des peuples idolâtres^
Lafitau. Moeurs des sauvages.
Laet. Nocus orbis.
I«a£T. Nota ad Dissert. Hug, Orotii.
Il
— 82 —
plus répandue sur le nouveau continent que sur Tancien, quelques-uns en
ont traité comme d'une habitude religieuse, en lui attribuant un caractère
symbolique. D'autres ont voulu voir dans les déformations de la partie la
plus élevée de l'homme un signe distinctif ou du moins administratif, variant
dans chaque province ;elle aurait eu le môme but que le tatouage.
D'autres enfin y ont constaté des modifications psychologiques intention-
nelles, basées sur de grossières notions physiologiques et phrénologiques.
M. Angrand pense que la coutume d'aplatir le front, coutume qui est,
selon lui, le signe le plus caractéristique des Américains, dévots au soleil
générateur, avait pris naissance dans la croyance que leur chef descendait
d'une famille dont l'origine remontait, d'après la tradition, à un serpent. *
' Quelle qu'ait été l'idée première, indigène ou étrangère, le fait est que les
têtes plates de l'Amérique dont nous trouvons le. type le plus complet dans
le Yucatanj se disaient chanes ou serpents.
Ce serait donc pour ressembler à l'animal symbolique, leur aïeul vénéré,
^ue les chefs se seraient déformé le front et que plus tard le peuple tout
entier aurait manifesté sa foi et sa confiance en suivant leur exemple.
Les occidentaux, séparés des tètes plates par le schime, auraient affecté
par rivalité une déformation contraire du crâne pour accuser davantage la
diversité de leurs croyances.
Cette théorie absolument inconnue jusqu'à ce jour,est ingénieusement sou-
tenue par de nombreux arguments de détails.
Landa. Bel. de Toucatan.
Las Casas. Journal du Ftfy. d$ 0, Colomh.
Lawson. Hiêt. of Ctvrolina.
Lbblond. VoffOige aum Antilles,
Lepage de Pratz. Histoire de la Loui^ne.
Lery. Voy. au Brésil*
Lewis anp clarbe Tran» Missouri,
LuND. Mémoire.
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Meybm. Beiseum dis JSrde.
MiTCHELL. (Crâne de la V. de Seiaito).
MoTOLiNiA, Hist. de N^ Ssp*.
Morton. Crania Amsricana.
MoRTON. Some ohêrvaiions*
Morton. Pkysieal type.
MoRTON. niustraUd System,
MoziONO. Bel dsNootka.
MuLLER. Arch, — fur Anatomie und Physio'
logis.
Napean. Lettre — Crânes saçri/ieios.
NoTT AND Gliddon. Typss of Mankind.
OviEDO Y Valdbs. Hist. de Indias,
De Paw. Recherches sur les Américains.
Pentland. Mémoires.
Philipfs. Mémoires sur Part dsmesurer les crânes»
PoEY. Antiquités de Cuba.
PopoL VuH, Trad. du Brasseur dh B^urhonry.
Raimond Breton. 2>. Caraîhe.
Raleioh. Descrip. Guyana.
Raymondi. Déf. du Crâne,
Retzius. Schœdslform der Peruaner,
RivERO et TscHDi. Antiy. Per.
Rochefort. Hist. nat. st mor. Antilles.
RoDRiGUEz. Maranon et Amaton»
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Sahagun. Hist. de N^ Bsp'.
Sghoolcrapt- Indian tribes.
ScouLER. Tribes oftke N. W. Coast.
Skinner. Présent state ofPeru.
Spix und Mabtius. Beise in Brasilien,
Squier AND DAYis. Monumsnts of Mississipi,
Stepheks. Incid. in Central America.
Stephens. Incid. in Tucatan.
Strain. Letter ta J)^ Morton,
Toaquemada. Mon Indiana,
TowNSEND. Colombia Biv.
A. de Ul^uo. J Juan Viage.
Walkbnar. Cosmologie.
Waldies. Journal des Bl.
Witt Clinton. Crâne de Seiotto.
* Ne peut-OB pas voir d«ui ce serpent, à Torigiae d^ toute chose, ua souvamr coaTm de U
BibU?
- 83 —
Cependant nous ne saurions nous ranger de cet avis. Il y avait bien en
Amérique deux types principaux de déformations crâniennes: Les têtes plates
et les têtes droites, mais la gradation daas les malfomiatiom est fort
copipliquée.
J.e docteur Morton signale la présence, en Amérique, de quatre déforma^
tions artificielles :
1^ La tôte cunéiforme (déformation occipito-frontale).
2^ La t^ te symétrique allongée (déformation fronto-sincipito-parétile) .
3^ La Xêit irrégulièrement comprimée et dilatée.
4* La tête quadrangulaire.
Le docteur Gosse en ajoute douze autres :
1® La tête trilobée (déformation occipito-sincipito-frontalo).
2^ La tôte aplatie sur le front [déformation frontale).
3* La tôte avec dépression ou saillie du nez (déformation ntsalâ).
4^ La tôte mongole (déformation naso-pariétale).
5* Lu tête prognathe (déformation paso-frontale).
6^ Lfi tî^tc aplatie sur les côtés (déformation temporo-pariétale).
7^ La tête aplatie sur le côté et sur le fVont (déformation temporo4V«Btâle) .
^ La tôte sphérique (déformation circulaire).
9^ La tôte annulaire (déformation occipito-paricto-sincipitale] .
10^ La Ulte bilobée (déformation sincipitale).
11^ La tête déprimée par derrière (déformation occipitale).
12® La tôte conique tronquée (déformation occipito-pariéto-frontale) *.
On ne saurait nier que le grand noi^bre de déformations n'appuie guère la
théorie de M. Angrand. Seize types distincts ! Ce sont plutôt les défenseui*s
de la seconde hypothèse qui pourraient l'invoquer.
Mais quelque autoritaire que soit un régime, il nous parait difficile d*ad-
mettre qu'il donnera une forme de pain de sucre aux têtes des habitants
d'une province, qu'il aplatira la tête des autres de façon à leur donner un
angle facial de chiens, seulement pour les empêcher de se mêler les uns aux
autres. Les bagues au nez et aux oreilles, les tatouages, le costume, etc.
constituaient, ce nous semble, une facilité administrative très-sufflsante.
Nous croyons devoir ajouter que rien n'indique qu'au Cuzco, la femme ait
été Vesclave du père de ses enfants ; elle joue son rôle de compagne de
l'homme ; elle tient son rang, peu élevé il est vrai, mais relativement naturel.
On est donc induit à se demander pourquoi la femme n'était point assujettie
au régime de la déformation.
Ne serait-ce pas parce que son caractère, naturellement doux, n'avait pas
besoin d'une pression factice, ou parce qu'on sentait instinctivement le besoin
de compter dans la tribu sur quelques cervelles saines, pour décider les
grandes questions avec un peu de bon sens? Cette raison d'état est singuliè-
rement appuyée par le fait que, dans certaines tribus du Nord, les femmes
siégeaient au conseil.
te D^'Amic, aussi, pense que peut-être les chefs ont voulu, en changeant
la forme du front, modifier les facultés intellectuelles.
* D' G088B, uhi supra p. IS.
— 84 —
Cette idée, qui a été fort agitée dans notre siècle, remonte jusqu'à l'anti-
quité classique.
Les Sigins, dit Strabon, en allongeant la tête, n'avaient en vue que de
faire saillir le front a afin de paraître plus propre à V étude et an conseil. »
Une autre remarque vient appuyer cette opinion. On admettra certainement
que, par la nature de leurs occupations, les chefs de ces nations devaient avoir
des facultés intellectuelles plus étendues que leurs vassaux. « Les têtes les
plus distinguées (par leur forme factice), se trouvaient toujours dans les tom-
beaux, dont la construction plus remarquable, annonçait qu'ils apparte-
naient à des chefs * »
Voici un autre argument bien puissant :
La déformation symétrique allongée qui, eH affaiblissant l'intelligence, di-
minuait aussi le courage et l'énergie du caractère par l'aplatissement du
front et la compression simultanée des régions postérieures du crâne ne
s'est rencontrée au Pérou que dans quelques provinces vaincues et appliquée
aux hommes seuls. — D après M. d'Orbigny, elle paraît avoir été portée le
plus loin chez les chefs de la nation Aymara , qui étaient regardés
comme nobles et dont les Incas disposaient comme de mannequins poli-
tiques *.
Nous croyons donc que les raisons alléguées par les nombreux partisans
du but religieux, symbolique ou distinctif s'effacent devant les arguments du
Dr Gosse qui, le premier, a fait ressortir le procédé phrénoîogique comme
principe gouvernemental, comme tentative physiologique appelée à rempla-
cer les méthodes psychologiques d'éducation.
Il nous reste donc à nous demander quelle est Tinlluence de la déforma-
tion du crâne sur la constitution physique de l'individu.
La phrénologie n'étant pas encore reçue dans le cadi*e des sciences, il est
impossible d'être afflrmatif sur ces questions. Nous pouvons seulement ré-
péter ici ce que des savants ont cru trouver après des recherches spéciales.
— Contrairement à Morton, d'Orbigny, Lewis et Clark, Scouler et Tow-
send, le Dr Gosse prétend que certaines déformations artificielles du crâne
ont pu exercer une influence positive sur la santé et sur les fonctions intel-
lectuelles des individus qui y ont été soumis .
Hippocrate (§ 80, 81, 82), fait observer au sujet des têtes allongées de
certains peuples « que cette disproportion n'avait d'abord été chez eux que
l'effet d'une coutume ; mais qu'avec le temps la nature s'y était tellement
pliée qu'elle n'avait plus besoin d'y être forcée par la mode. »
Le docteur Gosse, sans aflirmer d'une façon générale Tiiéréditk des défor-
* J«BN Scouler, Zoological journal, 1829, j». 3(J4.
* D' Gosse , uèi supra, p. 127.
— 85 —
mations, cite à l'appui de cette théorie un grand nombre d'exemples
curieux, puis il fait ressortir les conséquences épouvantables de ce fait en
ajoutant :
Ici ce sont des crânes déformés qui favorisent les maladies cérébrales des
enfants ou qui prédisposent l'âge adulte à l'apoplexie ou à la folie ; là ce sont
des individus à front aplati et à occiput bombé, qui souffrent pendant toute
leur vie, d'une faiblesse d'intelligence, d'un défaut de jugement, ou qui sont
assaillis par des passions brusques et violentes, soustraites fréquemment au
contrôle de la réflexion et de la volonté et ayant parfois pour résultat des
actes déshonorants ou même des crimes odieux •.
Il n'est guère nécessaire d'insister sur l'énormité du fait. Il nous parait
superflu de démontrer qu'avec des principes aussi monstrueux on dévelop-
pait tantôt des brutes capables de combattre sans crainte et sans noble ar-
deur, tantôt des êtres doux, imbéciles, paisibles et idiots marchant ausSi
intelligemment derrière la charrue que les bœuCs pouvaient marcher devant^
Nous revenons à ce propos à l'origine asiatique des Qquichuas en consta
tant que des tribus mongoles émigrées dans l'Ouest pratiquaient aussi la dé'
formation artificielle.
Amédée Thierry • dit : € Le portrait qu'on nous fait d'Attila est plutôt
celui d'un Mongol que d'un Finnois ouralien. Nous savons en outre qu'une
partie des Huns employaient des moyens artificiels pour donner aux enfants
la physionomie mongole, en leur aplatissant le nez avec des bandes de
linge fortement serrées et en leur pétrissant la tète de manière à développer
les pommettes.
Sidoine Apollinaire *. poète gaulois contemporain d'Attila, dépeint la dé-
formation dans le passage suivant :
Gens animis, membrisque minax ; ita vultibus ipsis
Infantum suus horror inest. Consurgit in arctiim
Massa rotunda captd ; geminis sub fronte cavernis
Yisus adest, oculis absentibus : areta cerebri
In cameram vix ad refugos lux pervenit orbes
Non tamen et clausos. Nam fomice non spatioso
Magna vident spatia et majoris luminis usum
Perspicua in putris compensant puncta profundis
Tum ne per malas excrescat fistula, duplex
Obtimdii teneras circunidata fascia yiares
Ut galeis cédant. Sic propter prœlia natos
Maternus déformât amor, quia tensa genarum
Non interjecto fltlatior area naso.
^ D' Gosse, loc. cit., pag. 145.
* Episode de l'histoire du v^ siècle. Attila, les Huns et le monde barbare. Refme dts deum
mondes, notes de la page 526, Paris, 1S41.
* G. Sol. APOLLUfAïus sidonii, ARyERNORUM BPiBCOPi opera 1 vol. in-4* edit« secunda, Parieiie,
1652. Panegyricum Anthemii, carmen ?. V. 245-257.
— 86 —
Le dooteur Oosse tire bien justement deux coMséqnences de cette citation.
Lia première^ c^est que la double déformation pratiquée chez les Huns
blancs d'Attila et de ses successeurs est bien celle que nous désignons sous
le titre de mongole, puisque la position profonde des yeux dans les orbites,
et rétroitesse des paupières, répond à Taplatissement oblique des côtés supé-
rieurs du crâne, à ia saillie du bas du front, et à l-élargissement des pom-
mettes, tandis que les yeux sont au contraire saillants et ouverts lorsqu'il 8*y
joint une dépression frontale, comme dans les déformations ctifiéifi)r9ne
couchée on symétriqice allongée ,
En second lieu, il ressort du passage cité que les enfants mâles étaient
seuls soumis à ce genre de compression \
Le lieutenant Woods (p. 286) dit en parlant de la déformation des crânes
r^ez les Kirghis (que Zwick et Schill rangent parmi les mongoles) * et de
la laideur horrible du visage qui en était la conséquence : Les fenames sont
beaucoup mieux que les hommes ; leur physionomie et leur taille ne man-
quent pas d^élégance, ce qui ferait présumer que le 9exe féminin n*est pas
soumis -aux déformations crâniennes.
La pratique a prouvé que les déformations des crânes n'atteignaient pas
toujours le but psychologique qu'on 3'était proposé. Les Mexicains propre-
ment dits, qui avaient la tête droite ou cunéiforme, jouissaient d'une civilisa-
tion dont rensemble était de beaucoup in^rieur à celui des Mayas du Yueat^
dont le firont était aplati.
Mais peu nous importe te résultat. L'intention révoltante de ceux qui orga-
nisaient cette déformation indigne sufl3t pour les condamner. Ce système
apparaît à nos yeux daas toute sa laideur. On mutilait l'homme né harmo-
niqiiement perfectible. Si Dieu avait voulu donner à ce peuple un hoAime
de génie, le système gouvernemental en aurait empêché le Maitre-suprême.
Par ce système et pour lui, le bien et le be^u s'eflfecent devant Tutije ; lorsque
parfois ces deux gr?in(}s mobilps de l'action humaine sont respectés au Pérou
c'est que dans certains cas ils peuvent être utiles.
L'individu compte en raison de ce qu'il peut fournir; mais sa personne
n'est point respectée. Tous les soins dont nous le verrons entouré dès sa
naissance le détériorent et le dégradent. La sollicitude paternelle ne sera
plus que le soin intéressé qu'on prodiguerait à une bête de somme. On ne
l'instruit pas, on le dresse, on ne développe pas ses facultés, on les étouffe.
Ce n*est point Thomme qu'on cultive dans l'enfant, c'est le rouage de la grande
machine productive qu'on soigne et qu'on garde pour le moment utile.
* Difonnations artificielles du crâne, D*" G0S8E.
• Bluicênbach dans ses Détadè9, donne le dessin d*an de leurs crânes, qui offre un exemple
frappant delà forme mongole.
M. de Cjfalvy de Mezokôvesd, afSrme l'existeiic* des relatrais d« ces races, mais il nie leur
parenté et, ù plus forte raison, leur identité.
— 87 —
▼. ^ ContittlMMl, lêfes de DmiUIid feiMftée* pàw M Ibl.
ndrepoi f,8tov ^(baiv, ôt âp/pme^y ^ oc dip^tf{i«vou
Xenophoi^. JSatretiens, lit. II.
Lorsque, sortant du cercle restreint des grandes fêtes *, nous tâchons d'ét»*
cider Torigmeet le bat des fêtes de famille, réglées par la loi minutieuse du
pays^ il nous parait absolument Impossible d*y démèter les caractères pure^
ment administratif et religieux, parce que le gouTernemen^ se servait de
l'acte religieux comme moyen de consécration de l'acte civil, et parce qu»>
d'autre part, les pontifes, chercliaient uu appui solide pour leur culte dan» M
main ferme du chef politique qui savait courber les têtes lors même ^pie led
cœurs n'y avaieal été pour rien.
Suivons attentivement une de ces existences depuis sa naissance jusqu'au!
moment de son mariage. En connaître une^ c'est les connaître toutes^
Les Penmiams* aiUant le^ grands qite ceux dxt côm^min peuple, este-
tioyent leurs enfants sob^nient; quand Us estoyent nouicettement nés il hès
lauoyeni d*eaii frouie^ comme ai^si tous les iouhs auatU que les emmailr
loiter ; et ne leurs lalssoyent les bras libres auatit le troisième mûi^^ esti-
mans que cela seruoU à leur donner /brce, ils les eoiuehoyent dans de»
berceaux de bois y sur des rets au Heu de Hets. JamiaisUs ne èesportôytsM
entre les bras, ni ne les mettoyent dans leur giro9i, nonpM Tnesm^ente^
allectcmt : mais elles se pewchouent si4r eux ; ce qu'ils faisoyené tsoi» fuis
le jour. Les mères propbës, mbsmes les Romss allekstoybnt lburs EtinFASt»,
si ce n'est qu'elles en fussent enpeschées par maladies ou mtêre d&ffù^àt :
L'individu Qquichua est donc eoitouré d'une sollioitude a^arente dont nous
apprécions trop bien Torigine pour la respecter. Les fôtes qui Tatteiideiit à
ekaqoie nouvelle phase de son existence, sont pourtant nombreuses. Bnftieht,
on perce ses oreilles, c'était la fête du Toeoohiqtxe, Faimée suivante' en
coupe ses cheveux. Nouvelles réjouissances connues sous le nom de Rato^
chiao. Arrivé à l'âge de 15 ans, les garçons mettaient les premier» vête-
ments* ocbàsiim de nouvelles libations. Balboa dit par erreur : lois premiers
caleçons, inusités au Pérou.
* Voir chap. V. III.
* Labt. Deêcription <Us Indes oceûhntal«9. Livre XI, chap. 21, pag. 408 et 409.
^ Sorte de baptdme.
^ Zarate dit fort naïvement à propos de ces yôtements : lies- homme^ portent- oertfed&esëÉpè069 de
chemises fort courtes, qui ne leur descendent que jusqu'au nombiil sans couvrir ce que la pudèrur
voudrait qui le fût. (Zarate, de la Conquête du Pérou, chap. 4, pag. 15). En attribuant l'impu-
deur à la race qquichua, Zarate est assez injuste; car, l'idée européenne de pudeur est purement
conventionnelle et se trouve localisée aux pieds chez les Chinoises, au visage, chez les Ottomanes.
Un ami de M. le v*® Ponton d'Amécourt, consul général à Jérusalem, se promenant à cheval près
de la ville avec plusieurs Français, surprit quelques femmes turques qui se baignaient dans un petit
lac. L'eau assez trouble ne permit de distinguer que les têtes seules. Mais, comprenant la chasteté et
la pudeur à la façon de leur pays, ces femmes sortirent rapidement de l'eau eu se voilant Is
visage.
— 88 —
Nous savons déjà que leur premier armement était l'occasion de grandes
solennités et de joyeuses libations: on était assez fort pour tuer. Arrivé à
rage de 24 ans, (les filles à Tàge de 18) on était assez fort pour reproduire
l'espèce ; alors on était marié, et chose caractéristique, dans ce pays essen-
tiellement religieux, le mariage était une cérémonie civile. Le code nous a
appris que llnca ou le curaca mariait le mâle et la femelle en unissant
leurs mains. Les parents avaient préalablement bâti la maison que ces nou-
veaux conjoints devaient habiter et ils meublaient cette cabane comme celles
des autres habitants ^ ; on y ajoutait nous l'avons déjà vu en arpent de terre
de même grandeur que ceux des autres familles. La reproduction de la race
étant d'utilité publique, la Société Qquichua se chai^eait de pourvoir aux'
besoins de la nouvelle famille.
Si nous voyons la fornication punie du châtiment suprême, nous ne sau-
rions être étonnés ; car dans un état pareil le plus grand crime était évidem-
ment de diminuer le nombre des individus utiles.
L'application de cette loi semble du reste n'avoir pas eu le succès espéré.
Ceci résulte du fait avéré de la prostitution. Laêt dans son curieux ouvrage •
fort bien renseigné sur toutes choses, dit à ce propos :
Les Rois et les gra^ids aiioyent aussi grand esgard à rhofinesteté publi-
que, car ils ne permettoyent qu* aucune femmepublique demeurast entre les
limites des villes ou de bourgades mais par les champs les femmes
honnêtes craignoyent de parler aux Pamayrimas» .
Malgré les solennités religieuses, les festins publics et les fêtes de famille,
malgré le travail quotidien, Texistence de l'individu était vide.
L*ajiplication inintelligente de la règle absolue du même droit pour tous
excluait les différences de métier comme il résulte des dispositions du code
citées dans le chapitre précédent.
Faire ce qu'ont fitit les pères et ce que font tous les frères, c'est resserrer
lliorizon intellectuel aux dimensions d'une périphérie de roue à tambour^
^ Laxt, loc. cit., liv XI, pag. 408 et 400.
* Poor ne laisser subsister aacon doute sur llnégalité des conditions matérielles dans Tancien
Pérou, nous ajouterons à nos arguments une planche autographiée par nous, d'après Tesquisse
qui se trouve dans l'album de voyage inédit de M. L. Angrand. Ces ruines de village, aux mai'
sonnettes absolument pareilles les unes aux autres, disperseront le dernier doute, sur 4es prin-
cipes gouvernementaux des Incas. (Voir Planche V.)
On peut dire des habitations des morts, autant que de celles des vivants. Une promenade dans
nos cimetières, prouve que nous accusons le principe de l'égalité jusqu'au delà du moment suprfime .
Au Pérou, on ne se dément pas non plus ; on est après la mort, ce qu'on a été pendant la vie^
non pas l'égal du prochain , mais la copie du type de l'homme égalitaire.
— S9 —
¥1. — Effet des lois et eonlnmes sur l'eiiseiiilile de la soeiété et sur l'IndiTMa.
SoPBOGLB. PhUœtète, 89$»
Le fait le plus saillant de ce qui précède, le voici : La loi Incasique n'en-
travait pas seulement la marche naturelle de la société, mais elle la rame-
nait insensiblement vers l'état patriarchal, la chaîne de la loi au cou et le
bâton du législateur sur des épaules. Que peut-on espérer d'hommes
obligés d'exercer à la fois tous les métiers? Ils n'atteindront la perfection en
aucun et ils n'auront pas môme l'occasion de se communiquer les décou-
vertes dues au hasard. On ne se connaît guère dans cette société, si l'on peut
appeler société un nombre énorme d'êtres sans relation réciproque, abrutis
par une législation admirablement idiote.
Rappelons enfin la disposition de la loi qquichua qui défendait le mariage
hors de la province et de la famille ' et nous y verrons le couronnement du
système incasique. On voulait atteindre chez les hommes le but tout physio-
logique qu'on poursuit de nos jours pour la race chevaline et d'autres ani-
maux domestiques : On tenait au ^wr 5an^. On y appliquait le système que
dernièrement les savants membres de la société anthropologique de France
ont développé dans leur hypothèse sur la consanguinité.
Nous ne pouvons que sourire en considérant tous les détails étfttmërés
dans ce chapitre et dans le chapitre précédent, quand nous voyons que Laôt
termine naïvement ses observations sur le Pérou par cet éloge pompeux î
C* était une république assez justement et sagement établie et qui pourrait
faire honte à beaucoup de celles de V Europe,
Nous constatons bien une grande stabilité, un ordre parfait qui, dans d'au-
tres conditions, aurait pu être le garant du progrès et du développement
individuel et général; mais la docilité, mais l'obéissance ne provenaient
point de l'intelligente observation de la loi, c Une insensibilité stupide > dit
Paio • « fait le fond du caractère américain. »
C'est donc la docilité inintelligente d'une enfance hébétée, d'un idiotisme
héréditaire et à vie, qui trompe l'observateur au premier instant, mais pour
un instant seulement. C'est la tranquillité de la mort pendant !a vie, obtenue
par l'expiration de la volonté.
Le pays ne comptait pas de citoyens, l'Inca n'avait pas de stijets. Le sys-
tème social de Cuzco avait façonné le moral, réglé le physique sur un moule
unique, si bien que le Qquichua est un problème sans solution satisfaisante.
— 11 est homme de par Dieu, — il est animal de par le système égalitaire,
poussé à un excès tyrannique et abrutissant.
* Qu'on se rappelle à ce propos que les Incas épousaient toujours leur sœur ainée. Garcilaso,
liv. III, chap. 9, p. 113. La mSme coutume était observée en Egyptff.
* Paio. Bechertku sur Ut Âm&icains. Tom. II, p. 195.
12
SYNTHÈSE ET CONCLUSION
Après avoir étudié en détail les nombreux éléments qui constîtaent un
ordre social, tâchons de les résumer en répondant à la question : qu'est-ce
que cet état? Humboldt^ et plus récemment Llôrente, ont parfaitement
compris que rien n'est plus difficile que de comparer des nations qui, dans
leur développement social, ont suivi des routes différentes.
Les Mexicains 'et les Péruviens ne sauraient être jugés d'après des prin-
cipes, puisés dans l'histoire des peuples, que nos études nous rappellent sans
cesse. Cependant, quelque étrange qu'ait été Tordre des choses au Pérou,
nous croyons que, du moment où nous pouvons le concevoir, la langue doit
fournir un nom qui^ dans le cadre restreint de quelques syllabes, semblable
à la perspective infinie d'un tableau, présente un nombre suAsant d'idées
principales et accessoires, bien rangées et bien déterminées. QujbI est donc
ce mot, ce nom curieux, pour un ensemble de bizarreries étrangement
complexe !
Cédons la plume au grand peintre de la nature, et de la nature humaine,
pour avoir en quelques mots un résumé du tableau, que nous avons essayé
de peindre en détail dans les chapitres précédents. L^empire des Incàs, dit
Humboldt^ ressemblait à un grand établissement monastique, dans lequel
était prescrit à chaque membre de la congrégation ce qu'il devait faire pour
le bien commun. Un gouvernement théocratique et guerrier tout en favori-
sant le progrès de l'industrie, les travaux publics et tout ce qui indique, pour
ainsi dire, une civilisation en masse, entravait le développement des facultés
individuelles.
^ c< 11 y avait mne aisance générale et peu de bonheur privé, plus de résigna-
tion aux décrets du souverain que d'amour pour la patrie ; une obéissance
passive sans courage pour les entreprises hardies . Un esprit d'ordre qui
réglait minutieusement les actions les plus indifférentes de la vie, et point
d'étendue dans les idées, point d'élévation dans le caractère.
» Les institutions politiques les plus compliquées, que présente l'histoire de
la société humaine, avaient étouffé le germe de la liberté individuelle ; et le
fondateur de l'empire du Cuzco, en se flattant de pouvoir forcer les hommes
à être heureux, les avait réduits à l'état de simples machines *. »
' HuMBOLDT, uH wpré. Introduction, p. 140.
• HuMBOLDT, ibid.
— 91 —
Quel était le fantdme qu'ayait poursuivi le législateur incasique? Quelle
était l'idole à laquelle il avait immolé l*avenir de sa nation ? A quel idéal
voulait-il atteindre? C'était L'ÉGALITÉ. Le principe, la garantie sublime
du progrès, lorsqu'il est bien compris, n'est si souvent, hélas 1 que le cri de
guerre du déclassé, le vœu suprême de l'impuissance prétentieuse. Ce grand
principe était le mot d'ordre sur la côte ignorée du Pacifique. Au moyen dé
cette organisation minutieuse, que nous avons tâché de retracer dans les
premiers chapitres, les Incas avaient, nous l'avons constaté, établi l'égalité
•
des droits, des biens et des conditions de tous les habitants du Pérou. Le
Fils du Soleil, avait môme prétendu régler, à l'instar du travail journalier
de son pèlpe immortel, Faction, ou du moins le fonctionnement de l'individu.
Mais n'est-ce pas un principe, que la nature désavoue et que la pratique
désapprouve f
Je ne veux pas chercher dans les milieux, où le libre arbitre expire pour
faire place à la loi immuable de TUnivers, dans les règnes animal et végétal,
des exemples de l'inégalité, érigée en principe universel. Môme sans sortir
des limites de l'humanité, je ne crois pas être désavoué par les faits en qua-
lifiant de chimère, de rôve irréalisable l'application absoWe de Tégallté, et
en ajoutant qu'elle est presque incompatible avec les notions modernes de
justice.
Cependant supposons, pour un moment, que l'égalité soit un principe natu-
rel, pouvant se développer spontanément ou pouvant ôtre appliqué d'une
façon absolue et intelligente à une société formée ou en voie de formation.
* Comment appellerons-nous cette constitution ? Ce sera du socialisme égali-
TAiRE, ce sera du communisme.
Qu'on nous permette une digression étymologique qui nous semble avoir
son importance. La terminaison isme paraît donner aux radicaux qui
en sont suivis un sens de système plutôt que de science régulière, — un
ensemble d'opinions qui inspire moins la conviction que la croyance bénévole;
la foi, en un mot, avec son caractère de certitude à priori. Toutes les
sectes religieuses riment en isme : Bouddhisme, Judaïsme y Mahométisme,
Calvinisme j Jansénisme ; Les sciences non-reconnues par la majorité des
savants : le spiritisme, le mesynerisme et tant d'autres ; les écoles entre
lesquelles le débat reste ouvert, le classicisme, le roTnantisme, le rationa-
lisme, le naturaliS7)iey etc.; les systèmes, toujours discutés, où l'autorité
d'un nom respectable est substituée à l'autorité des observations impartiales,
Varistotélisme, \e platonisme , le socratisme, le cartésianisme, lespinosisme,
lejacolisme, etc.
Il serait curieux d'examiner où il faut ranger des mots comme monar-
chisme, répubucanisme, despotisme ou socialisme. — Ces vocables, qu'on
n'a peut-être jamais considérés au point de vue étymologique, et que la
nation a créés avec le tact inconscient, qui caractérise l'œuvre 4e ce ipaitre
— 02 —
souverain du langage, — ces vocables, indiquent-ils par leur terminaison une
idée première de science, c'est-à-dire d'études sincères et continues avec
leur application pratique, où désignent-ils ainsi des convictions qui s'impo-
sent par le fait, qui se discutent après l'adoption du principe, des croyances
politiques, qui tendent à faire triompher leur bannière, et à imposer l'adora-
tion de leurs idoles.
Il y a, au fond de ces termes, les deux nuances, que nous faisons remar-
quer. Le fanatisme qui les met en vigueur et veille au maintien de chacune
d'elles tient de la croyance, de l'adhésion gratuite de l'esprit à un enseigne-
ment autoritaire .
Mais, lorsqu'on pense que t^nt d'hommes, aux inspirations généreuses, aux
larges et fécondes idées, compatissant aux souffrances des déshérités de la
fortune, ont proclamé la nécessité d'une rénovation sociale, nous ne pouvons
que regretter qu'on les ait appelés des socialistes. Ces hommes sont de vrais
physiocrates ; ils sont non-seulement hommes de cœur, mais encore hommes
de science: ils font à l'aide du raisonnement des expériences avec un homme
fictif.
Se plaçant à im point de vue élevé, ils ont formulé cette maxime que toutes
les institutions sociales doivent tendre à l'amélioration de la classe la plus
nombreuse et la plus pauvre ^ .
> Parfois , ils ont arboré, à l'instar d'Auguste Comte, la bannière d'une
philosophie nouvelle. Ils ont prétendu avoir découvert un flambeau, qui
d'une brillante lumière éclaire tout le cercle des connaissances humaines.
Ils ont été convaincus et sincères en déclarant avoir résolu les éternels
problèmes, qui ont agité, agitent et agiteront l'espèce humaine : L'éternité
de la matière, la transformation des types, la génération spontanée, la sépa-
ration du corps et de l'âme, le libre arbitre et la prédestination, la vie future
l'immortalité — Dieu !
» Ils se sont imaginé que le progrès pouvait sortir des méditations et de
l'initiative privée d'un penseur. Loin de croire à l'efficacité de ces efforts, il
nous paraît évident, que de nobles esprits seulement se laissent séduire par
la grandeur de ces problèmes, quand ils consacrent leur existence toute
entière à penser et à réfiéchir pour leurs frères. »
Admirant la force de conception nécessaire, pour fondre et lier ensemble
des aperçus généraux sur toutes ces hautes questions, de manière à créer
un grand cadre, où toute pensée générale apparaisse à son plan, bien
coordonnée et bien harmonisée avec toutes celles qui doivent la précéder ou
la suivre, nous sommes convaincus que le mot de SOCIALISME sera utile-
ment et avantageusement remplacé par SOCIOLOGIE. Car nous sommes en
présence d'une science sérieuse, cultivée par les meilleurs de chaque
— 93 —
nation et dont le but au moins est reconnu par tout le monde. Le plus pra-
tique des sociologlstes sera le meilleur législateur.
Qu'il paraisse singulier qu'une discussion de mots soit engagée à propos
d'un sujet, qui comprend le fond môme de l'existence des hommes : — un
nom, nous l'avons dit dès le début, représente si nettement un ordre d'idées,
qu'on ne saurait assez insister sur l'importance, qu'il y a à ne pas voir con-
fondus souslamômeappellation, les Platon anciens et modernes, dont nous
respectons les intentions et les travaux, avec ces faiseurs de systèmes insensés,
ces fabricants d'utopies de cabaret, qui, usurpant le nom de socialistes, ont
couvert de ridicule, par leurs théories grotesques un mot, cher aux pen-
seurs; ils l'ont môme rendu haïssable, en le prenant pour prétexte de
leurs actes déraisonnables et furieux.
On compte dans l'histoire des peuples anciens, que nos études classiques
nous font connaître, à peine une ou deux traces de communisme.
La loi de Moïse avait fondé une sorte de communisme théocratique, cellt
de Lycurgue un communisme monarchique. Quant au communisme républi-
cain, nous ne constaton3 pas qu'il ait jamais existé, et nous ne pouvons pas
croire à la compatibilité des deux idées de république et de communisme. La
république moderne est l'affirmation du principe suivant : La liberté de
l'individu s'étend jusqu'au point de rencontre avec celle du prochain. Or, le
monde est si grand, les carrières si différentes, que la véritable limite de la
liberté d'action de chacun est celle de sa force et de sa volonté. Le commu-
nisme, au contraire, supprime la volonté et restreint la force. Il est par con-'
séquentla négation de la liberté.
Considérons pourtant les efforts du législateur Asiatico-Africain et ceux du
législateur Européen, et constatons quels ont été les moyens, employés par
eux pour arriver à Y égalité des biens.
Moïse ordonna qu'aucune propriété ne put être vendue que pour un laps
de temps déterminé. La vente de la propriété foncière était donc chimérique,
et ne pouvait être considérée que comme un bail à longue échéance.
Dans toute société, autre qu'une société théocratique, cette loi eût été
difficile à appliquer. Mais, lorsqu'un peuple religieux se trouvait en face
d'une volonté divine, proclamée par un apôtre, qui foudroyait toute résis-
tance, la nation la plus rebelle — et c'étaient bien les Juifs — courbait la
tôte et obéissait. Les Hébreux pouvaient, du reste, adopter une loi donnée à
priori, c'est-à-dire, dont on ne sentait pas les effets immédiats, car, Moïse,
théoricien par excellence, vendait l'ours avant de l'avoir tué. Il distribuait,
au peuple élu, un pays qui était à conquérir. Lorsque les disciples de Moïse
entrèrent dans la terre promise, l'habitude leur avait rendu l'idée assez
familière, pour qu'elle ne soulevât aucune tempête révolutionnaire. On fut
donc gros fermier ou mendiant pour un laps de temps déterminé d'avance.
Quelque sage que fût la loi, ellç n'empêchait ni 1^ richesse ni la pauvreté :
— «4 —
CB9 si l*i9o rendait les tetres, on ne rendait point le profit qu'on en arait tiré.
D'un autre côté, elle redonnait ïÀen le terrain, mais die ne sut donner ni
VijfiBrgie, ni la force qu'il faut pour cultiver les domaines.
La belle loi de Moïse ne pouvant altérer la nature humaine, n'altéra pas
mm plus le caractôre général de la société, qui se composait de riches et de
pauvres, à Fin^r de la nôtre. Mais au moins ie légistateur des Hébreux
papoufisa, pjfitr rinstitatioa du juèiié, la monstrueuse pratiqfue de Tescla-
va^. I^euDgue S moins scrupuleux, réussit mieux à instituer l'égalité des
imns, oUrSi l^oa veut, Tégalîté de ia misère. Au lieu d'enrichir le pauvre et
lie soustraire, à des périodes déterminées, une partie des cajutaux, afin
4*apriv6r à balancer las intérêts et ieii possessions de chacun, il détruisit la
richesse et créa un peuple de déshérités, de nobles gueux, fiers et patriotes ;
4%pnaétas gens, qui pratiquaient le vol comme une vertu nationale, et pour
lesquels le travail producteur, sacrifié à l'exercice pei^uel des armes, était
flétri â« nom de servil, ^ abandonné, ou plutôt imposé par force, aux Uotes.
Jl îpyent^ la monnaie de^ër, et avait calc«dé fort juste en esp^ant qu'à
y^iôB ia m lourd biiion, il érigerait un rempart de for autour des Spar-
^ates. Un peuple sans copimierce, sans industrie, s'isole du monde entier, à
moins q^'il ne cherche A Topprimer.
Sani$ prtftan^re qu'il ne pût y avoir quelque grandeur dans TégoVsme
BfLtional, il nous parait, que la vie isolée, l'existence qui n'admet pas le firot-
tement et flfiôme le contact avec d'autres existences, est contre 'nature.
Les résultats de cette curieuse civilisation appuient le jugement sév/^e
que nous en portons. L'esprit n'y fut pour rien. Le corps, la matière jouaient
le rôle capital. Ainsi la mève Spartiate- ne peut pas concevoir qu'un Aruit
ch^tifde sps entrailles renferme une ^e, ait quelque droit 4 son afléotion, à
sa sollicitude. La mère condamne à mort son enfant 1 a L'amour maternel
est vaincu par le dévouement à la patrie. )> Dans tous les détails si connus
de cet état social, unique en son genrjs, on peut remarquer les efibts ftinestes
de cette barbarie, consacrée par les lois.
Les Spi^rtiate^, qu'ontrils laissé au monde f « 27n grand exemple, » nous
répondra-t-o4f « les Thermopyles. » .
Cette noble et généreuse lutte contre le Perse envahisseur, défendait le
foyer ^e la civilisation ancienne, foyer tellement lumineux, que ses rayons
nous échauffent eocQire aujourd'hui ; (îette lutte défendait Athènes. Si elle
n'avait sauvegardé que Sparte, elle qous laisserait froids, et ne nous inspi-r
rerait gu^re plus d'intérêt et de sympathie que la lutte des loups contre les
chasseurs ; — car les loups aussi ont soif d'indépendance.
X côté de ce (^it héroïque et absoluuient isolé dans leur histoire, fait ra-
* 11 y a 1^ y«rf fort co^u, qui, appliqué aux Spartiates, doniae IvhS'laconipi^mHi leur penu.
qui veut peut JpûUjBr ;
Util tnil a'aur« Au moins It dlroit éè m«a âkm.
— «6 —
conlé aax aièclsB suiTtntEi ytr deos yerâ, cpe le plm stTdtft d'eiiti^ èMt
n'aurait pu mesurer^ je n*ose dire éorirei à cdfë de oe faft uniipier €(iG£*oirt^fie
d'imitable ? Leur moralité peat-éfire, ^u'on fail admirer danâ nos écoles^?
Mais qu'y a->-i il donc de ai beaa dans cette sobriété/ dont noas trouvons pins
d'an exemple chez des peuples montagnards et painres ? Qu'y a-t-^il de beaii
dans le trait caractéristique du vol consacré, dès que le scandale est évité*
Mais c'est précisément ce qn'il y a de profondément thiste^ dane les bàbilelés
du jésuitisme \
Lorsqu'on songe à la richesse intellectuelle de len^ frères de l'Altîqaef,
richesse si grande et si inestimable, que la possession d'nn pauvre débH de
ces trésors, un liard de la poche du millionnaire, rend vingt siècles ]^aa
tard les nations civilisées, flères et lieureuses, ^arte nous laisse "kne îttBt^
pression plus froide et plus pénible, malgré la force robuste et l'orgue»
farouche de chaque Lacédémonien.
Pour admirer Sparte^ pour trouver cet état de choses superbe et paWart, îl
faut revenir du Pérou des Incas, de l'atmosphère étouSanfce de ce comfl^nK
nisme, appuyé d'un système théocratique et mis ei» iftouveiùent par une
machme monarchique.
Nous y voyons quelques millions d'indivifdus, n'ayimt ni la force,- ta le èés^
de vouloir, des êtres, qui dans leur apathie effrayante .dane FouMi coknpiel
de la dignité humaine, présentent un ai^ct morne eisondire. Qftél coi^asAie
avec tout ce que les arts ont de douces fictions,' avec tout- ce q»e le désir tt
d'impérieux,, avec tout ce que le succès a d'enivrant !
Nous l'avons vu, l'égalité péruvienne était uAeréalUé aussi absolue qufa»9
réalité humaine peut l'être. La propriété n'existait pas^ et le soi-disant ^^^
prjétaire<n'était à proprement parler qu'un metteur en œuvre avec lés ap^
rences d'un fermier ; le travail n'avait que le but de l'activité des animatnc^
pourvoir à la nourriture de cette immense fourmilière. Les actes de la >ie:
n'étaient pas spontanés, mais ordonnés par la loi ; le plus austère de teob,
le mariage, n'était qu'un accouplement officiel : on n'engendrait point,^pfl(r
tine douce impulsion naturelle, des enfants qu'on allait chérir et élever, on-
engendrait « par ordre » et à jour - fixe , les futurs citoyens de l'Etat. La
loi avait ainsi fait du mariage, non pas comme en Asie, un acte de sensation*
pure, non pas comme en Europe, la manifestation superbe de l'intellig^noe^
la plus élevée et de la sensibilité la plus exquise, mais une fabrication ani-
male^une espèce de haras national d'utilité, ou du moins de nécessité pu«-
blique. L'amour était donc inconnu à ces pauvres cœurs paralysés. L'isole*
ment systématique des familles fit disparaître un autre sentiment : l'amitié.
Les deux grands stimulants, les mobiles les plus nobles de l'action humaine»
restaient donc inconnus à l'homme de MancoCapac. Quant aux lumières de
l'esprit, jamais elles n'auraient pu traverser les ténèbres incasiques : l'ins-
truction publique^ upus l'avons vu^ comprenait toutes lea ibatièrea qui cens-
— 96 —
tituent rignorance. Le marasme intellectael était on dogme d'Etat et la
compression des crânes en était la pratique légale. L'imbécillité artificielle
du corps s'alliait chez les Péruviens à l'imbécillité factice de Tàme.
Tâchons maintenant de déterminer la cause de ces effets funestes. La
trouverons-nous dans le sol, dans le climat, dans la race, ou dans les insti-
tutions ?
La géographie et la topographie nous ont fait connaître toutes les richesses
d'un sol généreux, qui répond au moindre appel du travail. La climatologie
constate la salubrité de ces régions, sous la chaleur bienfaisante du ciel.
La théorie des migrations ne laisse guère subsister de doute sur l'origine
asiatique des Qquichuas, descendants d'une des races les plus fortes et les
mieux douées, portant en elle le germe d'an avenir aussi brillant que celui
des races sœurs.
Quant à la famille régnante des Incas, elle est honnête, elle observe la loi,
et la fait observer, elle emploie le temps de paix à l'accomplissement d'œuvres
utiles, et honore la nation en terminant victorieusement toutes les campagnes.
C'est donc bien certainement dans la constitution erronée, abusive, mal-
faisante des Péruviens, qu'il faut chercher les causes funestes de la momi-
fication de ce peuple et de l'abâtardissement de l'individu. Rien n*a pu
arracher ces malheureux à une léthargie devenue endémique par la suite des
siècles, léthargie accompagnée et suivie des effets de la transmission des
aptitudes dégradées de père en «fils.
Le mouvement inconscient constitue la vie physique. Arrêtez ce mouve-
ment et vous déterminez la mort. La vie morale aussi a pour condition essen-
tielle le mouvement perpétuel, c'est-à-dire la faculté de céder à l'essor
puissa/it, à l'impulsion impérieuse, qu'on appelle ae tani ae noms différents : ,
la volonté, les mobiles, les motifs, les appétits, etc. Ce mouvement est le
préservatif unique contre la mort morale et intellectuelle.
Darwin insinue que nos ancêtres ont pu être des singes sans queue, les-
quels, par la longue série des siècles, auraient appris à parler. Nous ne
croyons pas trop nous avancer en déclarant que l'application du système
égalitaire incasique pe)urrait bien faire de nous le^ ancêtres de singes. Les
hommes de Manco-Capac ont désappris le langage écrit, ils auraient peut-être
fini par désapprendre le langage parlé.
Les mots répondent aux idées. — Restreignez l'horizon intellectuel, sup-
primez les idées, et le langage s'appauvrira, les mots disparaîtront au fur et i
mesuré. Lorsqu'au 16' siècle une partie du clergé catholique nia, par com-
plicité politique, l'existence de l'âme chez les malheureuses victimes du
communisme séculaire des Incas, ces prêtres se sont déshonorés. Mais en
niant que les Qquichuas eussent conscience de leur existence, ils n'auraient
dit, ce nous semble, que la vérité. Les Qquichuas ne savaient pas vivre et ne
savaient pas ce qu^était la vie.
— 97 —
Un peuple n'est pas une multitude d'individus isolés, dépourvus d'appui
réciproque, mais un ensemble de forces personnelles et intelligentes dont la
résultante s'appelle force nationale. La somme de ces forces, pour me servir
d'un terme usité en mécanique, a dans un autre monde et en trois quarts
de siècle, transformé la société humaine par l'application d'innombrables in-
ventions. Ce résultat n'a été atteint, que par l'élan universel non réprimé.
Chaque force partielle a cherché sa voie à travers ces difficultés entassées
par la routine et Toppression, et s'est fraj é un chemin hors des routes tra-
cées.
Le véritable législateur donne la valeur au nombre en relevant et non en
abaissant l'individu. — Diriger l'homme malgré lui, c'est l'usurpation de
l'orgueil sur le bon sens. — Lorsque la force organisée réduit les masses à
Fmertie, c'est un crime de castration morale d'un peuple, c'est la mort des
âmes sous le manteau de la paix publique .
XéNOPHON. entretient t livre 2.
Die TugoDd liegt i& der Mitte.
Meng-Tsb, trad, de 8eh.
Lorsqu'on rêve une utopie, il est nécessaire d'établir, qu'un état de choses
approchant peut exister. — Rien n'est convaincant comme les exemples. —
Cet exemple est fourni par les chapitres précédents de notre thèse. Le so-
cialisme égalitaire est réalisable.
Le tableau, que nous en avons tracé consciencieusement et avec une bonne
foi parfaite, nous engage-t-il à nous embourber dans un état de choses pareil
ou semblable ? Dans l'introduction, nous avons constaté que le communisme
* Il existe certaines phrases toutes faites el bien sonores contre lesquelles le bon sens se révolte.
Je mettrais celle-ci en tête de la liste : les arts sont un signe de la décadence nationale. Un critique'
intelligent remplirait un volume à faire le parallèle entre la grandeur d'une nation et son expression
immorteUe *. les œuvres d'art. En passant en revue Thistoire des peuples qui, dans le drame sécu-"
laire, depuis Adam jusqu'à nos jours, ont joué les premiers rôles, grands, sympathiques, émouvants,'
U serait appuyé par les monuments des Perses^ des Indiens, des Assyriens, des Egyptiens, des
Grecs, des Romains, dans l'antiquité; des Italiens, des Mexicains, des Chinois, des Japonais, au
moyen ôge, des Anglais, des Hollandais^ des Français et des Espagnols, des Allemands, aprèd le
xv*^ siècle, de toutes les nations dans l'histoire contemporaine. — Il serait arrêté et troublé par
trois lacunes : — Les Juifs qui se sont dits le peuple élu de Dieu ; les Spartiates qui ont brigué'
l'hégémonie du monde d'alors ; les Péruviens, maîtres d'un demi continent. Les premiers n'ont pàcf
laissé de traces — les autres ont fait des monuments dont la nudité est le caractère principal.
Ce n'est pas Fart qui a fait déchoir ces nations qui sont tombées dans le néant. *
13
— g» —
fêMÀb 4Mk lldéal de cataii» doctrinaira d« siède, d'à sonkro assez
coosidëraMe de prétendos aoeialistes et {rfiilaiitliropes. Or, cette égriilé a
exiflé daiw nue société parfaîtement organisée. Sparte n'était q[n*an grn-
naie ; dans la Judée 2 jours d'un équilibre douteux disparaissaient dans m
«ècie, dont les principes économiques ressemblait âceux des aotoes nations.
— Mais an Péron il n y eut ni riches, ni pauvres. Ao-dessos de cette bnnuH
nilé incasiqne, nn fils de Diea ravonne an milieu des simples mortels. Té*
néré et craint de millions d'êtres , ses éganx par natare. Rien ne semble
manquer à cette société dont le traTail est le but et la miséricorde le fonde-
ment. Si le Christ y est inconnu, on adore, colnadence étrange ! la croix,
le Dieftdes larmes fécondantes du ciel. La charité est avec Fégalîté et par
régalité la base de cette étrange législation. Au lieu de j^er une (dK>le à
rinflrme, à Taveu^e, au rieiliard, on le loge, on lui donne des terres, que
des bras robustes cultivent pour lui ; — tout cela parce qu*â est membre
de cette société.
Ce seul sentiment ne devait-il pas remplir d'un juste orgueil tout habitant
de cet heureux pays ? Eh bien non ! Le Qquichua n'a pas cet orgueil qui nous
rend dignes du nom d'hommes. Il ne peut l'avoir, car il ne se doute pas
m^me, qu'il soit himiiliant de recevoir ce qu'on peut gagner par le travaiL
Il ne jouit pas de ce qull reçoit, parce qu'il n'est pas donné à ITiomme de
jouir de ce que reflbrt voloyiUiire n'a pas ennobli à ses yeux. Or, l'homme
qui ne jouit pas de son bien, ne saurait y attacher de valeur. Cette vérité,
la plus accablante pour les Qquichuas, s'est manifestée d'une façon qui
n*admet pas-la controTerse.
La vie, le bien suprême de l'homme qui poursuit un but, la vie même que
leur importait-elle ? La fornication est punie de mort, — et cependant la mo-
ralité, qu'une main de fer avait imposée au peuple*, s^effiiçait devant la
prostitution éhontéé, qu'une pudeur mal placée éloignait des villes, et qui
infectait la campagne.
L'absence de moralité publique est le signe caractéristique d'une potréfac-
tion sociale, comme la pustule est l'indice de la peste.
Toutes ces données nous font conclure que le despotisme lui-même est
plus naturel que le communisme. Si la tyrannie étouflTe parfois l'énergie, ja-
mais elle ne saurait éteindre le sentiment de la dignité humaine. Les révo-
lutions, ces crises intermittentes des gouvernements arbitraires, prouvent,
par leur retour périodique, la vérité de notre parole.
L'essor soudain que prend le peuple après un long abaissement amène l'a-
nart^iîe. Après une sujétion dégradante vainement décorée du beau nom de
civilisation, le peuple semble vouloir retourner à l'état sauvage, pour retrou*
ver son individualité, infime peut-être, mais réelle et absolue.
Le peuple ressemble alors à l'animai renfermé dans la cage ; au moment-
où l\>n le croit; bien dompté> une trappe ouverte, un souffle d'air et de li^
— 99 —
berté, et lanunal renaît, s'élauce daus Tespace, trotg foin terriUe, cajf il
connaît le prix de la liberté après récrasement de Teaclavage.
Cepei;idant, brisez Taile de Toiseau à peine sorti de rœof, et il ne saura p^
quelle joie ressentent ses frères de planer dans les airs. Aveuglez rai^ou,at
il ne connaîtra jamais l'enivrement du soleil.
Voilà des moyens d'empêcUer les aspirations et d'éteindre les fortes volon-
tés. — Voilà un chemiui qui mène au but des Manco-Capac. — Il e(it sûr.,
mais il est infâme. Ne pouvant guérir le boiteux, on estropie le sain afin d'é-
galiser les chances. Ne pouvant donner de Tintelligence à ceux qui en sont
dépourvus, on rogne les esprits élevés.
L'expérience prouve que le niveau moyen est aussi impossible que le ni-
veau élevé, he niveai4 infime seul est réalisable.
Il nous semble que le faisceau réuni de notre argumentation ne laisae
guère subsister de doute sur la valeur du socialisme égalitaire»
Cependant on ne saurait nier que l'extrême pauvreté et Textrôme ri-
chesse ne soient également dangereuses pour l'état sanitaire des Sociétés.
Trouver le moyen ,terme, supprimer l'une ou l'autre, ou l'une par l'autre, —
ce doit être la préoccupation constante de tout législateur.
Nous ne croyons pas à la disparition de la richesse tant que subsistera un
état de choses normal. Aucune loi no saurait empêcher l'agglomération des
biens de quelque nature qu'ils soient.
Aucun gouvernement, quelque arbitraire qu'il puisse être, n'empêchera le
flocon de devenir boule de neige. Aucune force sociale n'empêchera Tavalan-
cbe d'or de combler le vide dans la bourse de l'individu, ou dans celle d'une
classe favorisée par le hasard ou par le mérite .
Quant à la pauvreté, on n'en détruira pas le germe en isolant l'individu,
en l'empreignant de l'idée qu'il est luL C'est en le convainquant qu'il est une
parcelle du grand tout, et qu'il peut grandir aux yeux de ses frères.
Un prince généreux a inscrit sur son blason la parole que la société mo- •
derne semble avoir choisie pour devise : Viribus unitis. Soyons unis. Que
chaque homme s'efforce de devenir aussi fort qu'il pourra, — la force com-
mune en profitera.
En combattant les aspirations d'une partie des hommes qui se disent cham-
pions convaincus du progrès, nous sommes loin de nier le progrès et l'espoir
qu'il peut inspirer.
Mais nous n'oserions affirmer qu'il réalisera tous les rêves philanthro-
piques car nous doutons de son infinie continuité dans chaque milieu so*
cial.
Le progrès est un principe, il est éternel ; mais l'activité sociale a sa crois-
sance naturelle, elle germe, fleurit, porte ses fruits, dépérit et renaît bientôt
à une existence nouvelle.
Depuis quarante siècles la science humaine sait embaumer la matière; il
— 100 —
n'y a pas lieu de croire qu*elle apprenne jamais à vivifier l'être inanimé, ou
à prolonger, au-delà des limites naturelles, l'existence humaine et ses créa-
tions les plus vivaces. Or, la science véritable est basée sur l'observation ;
toute loi, toute formule doit être le résumé de faits accumulés, sous peine de
n'être qu'une supercherie.
Pour trouver la formule du progrès, si formule il y a, il faut la chercher
dans l'histoire de tous les temps et de toutes les régions du globe, mais non
pas dans les élucubrations d'un cerveau surexcité. En fait de civilisation,
on peut faire des découvertes, mais on n'invente rien.
Il est incontestable, que la créature humaine est l'objet et le sujet le plus
constant, le plus pratique, le plus utile et le plus nécessaire de toute expé-
rience. Les expérimentateurs légitimes et obligés sont les parents, les tuteurs
des individus et des peuples, les maîtres et les médecins, les savants et les
indifférents, les amis et les ennemis. Tout homme enfin, de tout âge et de
tout sexe, expérimente pendant toute sa vie, sur toutes ses relations.
La créature humaine, c'est l'expérience éternelle de Dieu et du démon, et
de tout ce qu'il y a entre eux.
Tourmentés ainsi dès le débi;t de notre carrière, jusqu'à sa fin, pourquoi
nous prêter volontairement aux essais du premier venu, qui dans son en-
thousiasme prosélytique, est plutôt préoccupé de l'effet de ses théories, qu'il
n'est sûr de leur succès. La créature humaine est trop élevée, sa valeur est
trop grande pour engager le bonheur des milliers de crédules dans une voie,
dont personne ne connaît exactement l'issue, si ce ne sont les Péruviens.
Le socialisme aux aspirations égalitaires, qui compte de i\os jours des dé-
fenseurs zélés et de beaucoup de talent, qui compte plus d'adeptes que d'en-
nemis, plus de détracteurs épouvantés que d'agresseurs sérieux, prétend,
qu'il fera faire à l'humanité un pas en avant, qu'il peut résoudre le problème
social par excellence, en détruisant la misère, et qu'il fera franchir, à ceux
qui veulent le suivre, l'abîme qui sépare les nations du bonheur.
Nous prétendons, au contraire, quoi qu'en disent les égalitaires, que cet
état social réunit en lui \e^ éléments des deux enfances des races ; les aspi-
rations peu élevées de Tune, la faiblesse de l'autre. Le communisme ramène
le peuple, qui le subit, vers ses débuts. Le patriarchat est le despotisme de la
famille ou dans la famille. Le communisme est le despotisme du peuple,
exercé par lui sur lui-même. Un élément est toujours perdu dans le laps de
temps qui sépare les deux époques : c'est la force, la jeunesse. Le coihmu-
nisme est le fard d'un milieu décrépit, d'une race mourante.
— 101 —
La vérité absolue n'étant pas de notre ressort, tâchons d'atteindre le bon-
heur. Or, le bonheur a autant de formes qu'il y a d'individus de par le
inonde. Assurer le libre développement de l'individu, c'est constituer le
bonheur individuel. Mouler une forme unique d'un bien-être universel, et
rappliquer de par l'autorité de la loi,' à chaque individu, c'est anéantir en
détail le bonheur social, c'est vouloir atteindre à l'état ingâsiqub.
Ex oriente lux, disent les savants I L'Occident aussi renferme d'utiles
leçons !
FIN
EXPLICATION DES PLANCHES.
PLANCHE I.
Coupe du massif des Cordillères. Pérou. Boliviennes montrant U succession et Taltiti^de des
sone8<£maliqaes. — Tiré du manuscrit inécÙt de M. L. Àngrand, intitulé description des liitinès
éfi Ti^hm^ffifi.
PLANCHE IL
Fig. h Crâne d'indifin Ao^mara (plateau BoUvian). Bivaro y Tsbudy, Aaliguedadee AmeNOiiiM.
Cap. 2. P. 26.
iYg. )}. G^^m 4'^^W Vuanf^ Ifétm ceptral). Riy«o y Tshufy. 0nd. C^. %. JP. «7.
Fig. III et III bis. Tête momifiée d'un indien Opa, de la province de Lampo (CoUao ^éj^vwtii]»
Rivero y Tshudy. Ibid. Cap. 2. P. 32 et PI. V«.
N. B. On ne peut considérer cette tête comme un type normal^ mais bien seule-
ment comme une anomalie résultant de maladie ou d'un caprice de la nature.
Fig. IV et V. Têtes d'Indiens de la région Aymara, trouvées dans des sépultures de l'époque in-
casique, d'après une photographie de M. Heisby de Liverpool.
Fig. VI et VI bis. Tête momifiée d'un fœtus de sept mois trouvé dans la même sépulture que le
corps de sa mère . (Nécropole de Huichay à deux lieues de Tarma, département de
Junin. Pérou central). Rivero y Tshudy. Ibid. Cap. 2. P. 32 et PI. VI.
Fig.VII. Crâne d'indien Chanca. (Région maritime du Pérou septentrional). Rivero y Tshudy.
Ibid. Cap. 2. P. 25.
Observation, — Il est impossible d'accepter les attributions de race données par MM. Rivero et
Tshudy comme ayant une valeur réellement ethnographique. Elles ne peuvent être
prises tout au plus que comme des indications de faits modernes, purement histori-
ques, accidentels ou politiques.
Les auteurs des Antiguedades Pervanas n'ont tenu compte (du moins ils ne disent
pas Tavoir fait) ni de Vâge relatifs ni des caractères archéologiques des sépultures.
Par conséquent, les singularités observées par eux, sur différents points du Pérou ,
dans la conformation de la boite osseuse de la tête des Indiens de l'époque incasique,
n'ont d'autre signification que celle que nous prétendons en tirer ; à savoir que la plu-
part des peuples qui obéissaient aux îneoi^ souverains du Cusco, étaient soumis à des
déformations plus ou moins profondes du crâne,
PLANCHE III.
Fig. I. Bas-relief central du fronton de la grande porte monolithe du temple de Tiaguanaoo. —
Figure symbolique tirée de l'article ^ la revue d'Architecture des Travaux publics^
24* vol. Art. sur les antiquités de Tiaguanaco.
Fig. II. Inscription tracée sur un rocher granitique ^ une lieue de Huari, dans le département du
Junîn au Pérou. Rivero et Tschudy, ubi supra, pag. 102.
Fig. III. Inscription tracée sur une roche de porphyre à 8 lieues d'Aréquipa dans le Pérou central.
RivOTO et Tshudy, ubi supra, pag. 103. PI. XLIII.
Fig. IV. Groupe figuratif tracé sur ui^e roche sur la route dlquique à la Noria dans la province
de Tarapsaca (Pérou méridional). Donné par BoUaert. Antiquarian, ethnological and
other researches, p. 159.
Fig* V. Groupe figuratif, tracé sur une roche au Nord de Las Tisatt province de Tarpaca, Bol-
laert., ibidem.
PLANCHE IV.
Fig. r. Groupe de figures historiques accompagnées de caractères phonétiques, tiré de la peinture
hiéroglyphique mexicaine Mapp. n^ 2, intitulée Migration des tribus aztèques, publiée
à Mexico par M. G. F. Ramires. (Ce groupe est le premier de la série historique).
Fig. II. Groupe de figures symboliques accompagné d'une légende en caractères phonétiques.
Extrait du manuscrit Maya, dit Codex Troano. Publié par la Commission scientifi-
que du Mexique. PI. VII (première série).
PLANCHE V.
Vue des ruines d'un village indien de l'époque incasique, situé sur la rqute de Milo à Huancagê,
antre Sicaya et Orcotuna dans la vallée de Xan^ea»
TABLE DES MATIÈHES
Ohapitrei* PAg«a.
Avant-propos 7
Introduction 9
GoAP. I. Géographie, topogrcg[)hie et climatologie du royaume pri-
mitif du Cuzco et deTempire deslncas 14
Ghàp. il Origine asiatique des Indiens d*Amérique 27
i. Considérations générales 27
2. L'Amérique avait-elle été connue des Anciens ; a-Uelle eu
des rapports avec Tancien Continent avant Christophe
Colomb ? 28
3 Légendes américaines sur les migrations des tribus 30
4. La race Chinoise, et par suite Texistence du bouddhisme en
Amérique ^ 33
5. Des castes primitives des Pirhuas, rapprochées de ceUegr de
rinde ; des mythes du Mexique et de leurs ressemblances
avec ceux de la Grèce.. 37
0. Rapports linguistiques de l'idiome Qquichua aveo^ la
souche aryenne — écriture perdue • . . . . 38
7. Ressemblances de Tarchiteclure Qquichua avec Tarchi-
tecture pélasgique, de Tomementation des monuments-mexi-
cains avec celle des édifices étrusques, et de l'analogie
de certaines statues, retrouvées au Youcatan, avec d'autres
existant à Java. . . , 41
8. Ressemblances de certaines coutumes des Thébains et
de&Qquichuas * . . 44
9. Conclusions sur Tôrigine asiatique des Américains. — Impor-
tance de cette origine pour notre thèse 44
Chap. III. Aperçu légendaire et historique sur les maîtres du plateau
du Cuzco 46
1. Du développement naturel des trois grandes époques royides:
i^ Les Pirhuas, rois-pontifes.
29 Les Amautas, pontifes-rois.
30 Les Incas fils du Soleil, délégués pour gouverner le
genre humain 46
2. La chronologie des douze règnes Incasiquas 51
3. L'origine Incasique dans la personne légendaire de Manco-
Capac. — Histoire des Incas depuis Sinchi-Rbca 2»* Inca,
jusqu'à Huayna Capac 12"" et dernier Incà avant l'inva-
sion espagnole 4 54
»
.1
I
(
— 104 —
I Gomment expliquer le fait, que quelques aventuriers espagnols
1
ont pu occasionner la chule du très-puissant empire des
Incas 63
Ghap. IV. Données principales du Gode Qquichua, reconstitué sur la foi
du R. P. Blas Valera, et de Garcilaso. Les lois, leur but el
leurs conséquences 65
4. De Torigine des lois — des lois fondamentales 65
2. Divisions de l'empire, vice-royautés et vice-rois. — Pro-
vinces, provinces soumises. Guracas 66
3. Delà surveillance générale de Tempire; des fonctionnaires;
subdivision du Pouvoir Exécutif. Décurions, commandants
d*unedemi-Genturie. Genturions, lieutenants, capitaines.—
Juges. — pQlice secrète * 66
i. Des biens fonds , • . 67
5. De la corvée nationale, exigée par la loi commune 68
6. Nourriture et vêtements ^onnés par TÉtat i 69
7. Du service militaire — de la discipline, destitres et des insi-
gnes de la noblesse 69
8. De la religion — du sacerdoce 70
9. De rinstruction 70
10. Des mœurs 71
11. Résumé des dispositions fondamentales du Gode Incasi-
que. — Le but et les conséquences des lois. . . • 71
Chap. y. De la religion Inoasique — des mœurs et coutumes Qquichuas. 73
1. Gréation de l'espèce humaine par le Dieu suprême d'après
les légendes américaines 73
2. De rinfluence manifeste de la religion sur les mœurs et de
l'influence sourde des mœurs sur le culte religieux 75
3. Le calendrier et les fêtes religieuses 76
4. Déformation des crânes chez les Américains. — Son but et
ses conséquences • • . . • 79
5. Coutumes Qquichuas — fêtes officielles de famille. Garactère
de cette existence S7
6. Effets des lois et coutumes sur Tensemble de la société et
sur Wndividu , 89
STHTHÈSE,Jtr CONCLUSION 90
Portrait rapide de Tétat Incasiqud. -* Socialisme égalilaire. —
Socialisme et sociologie. — * Traces dé Tégalité des biens dans
l'histoire. —Passé du communisme. —Moïse et une tenta-
tive égalltaire théocratique.
Lycurgue et son communisme monarchique.
La République et le socialisme égalitaire.
Manco-Gapac et son communi:)me appliqué à une monarchie
théocratique.
Avenir du communisme ; ce qu^on en doit attendre 97
TBRSAILLBS.— IHP. CERF ET FIL5» 69» RUE DU PLESSIS.
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